Welcome 2 my nightmare : Les étranges cauchemars de Mr Alice Cooper

Ce matin, je me lève, bouche pâteuse, visage en sueur, mal dormi.

Une nuit à cauchemars sans doute. J’allume machinalement l’ordinateur pour me faire ma compil mp3 du jour qui m’accompagnera dans les transports.

Et là je percute : c’est aujourd’hui ! Nom d’un Hendrix en short ! 36 ans que le monde du rock attendait ça… Et c’est aujourd’hui ! De quoi je vous parle ? Du retour du cauchemar rock ultime, du retour dans les méandres sinueux de l’esprit malade et génial de Mr Alice Cooper, qui a rejoint cette année le panthéon du rock, le Rock n’ roll hall of fame !

En 1975 sortait « Welcome to my nightmare », superbe album concept, dont la noirceur, l’humour et les riffs de guitares imparables hantent les platines de tout aficionados qui se respectent. Cet album considéré à juste titre comme son meilleur, fait aujourd’hui l’objet d’une suite : « Welcome 2 my nightmare ».

Cet album souffre-t-il du syndrome « Indy-4 » plus connus sous le nom de « la-suite-pourri-dont on-se serait-bien-passé» ?

Et puis d’abord c’est quoi ce 1er album plus vieux que moi ?
Curieux ? Alors welcome to my nightmare, on part pour une nuit de cauchemar !

 1975- Welcome to my nightmare – l’antre de la folie

Vu comme ça on pourrait se dire « merde, un disque satanique qui quand on le passe à l’envers donne en message subliminale la recette de la bouillabaisse moldave » .

Que nenni ! Alice Cooper est tout sauf un sataniste ou autre tordu du bulbe. C’est un acteur, un comédien du rock et un sacrément bon !

Cet album est son 1er album solo et en bon comédien il raconte une histoire à travers toutes les chansons de l’album qui s’enchaînent, tels les chapitres d’un livre (c’est ce qu’on appelle un album concept).  Je vous entends  déjà « Ouiiii moi je comprend pas l’anglais ! Comment je vais faire pour comprendre son histoire à ce mec ! Non mais oh ! »

Bon alors déjà on se calme, hein, pas de ce ton là avec moi ! Également je vous dirais pas de panique : l’album est remarquable en ce sens que la musique de chaque morceau décrit l’état d’esprit du narrateur au fil de l’histoire, et suivre cette histoire est tout aussi prenant juste avec la musique.

Cette histoire elle se divise en 4 grandes parties et donc 4 ambiances différentes :

La 1ère partie installe le climat.

La chanson éponyme de l’album a le mérite d’être claire, on vous accueille dans un cauchemar. Pourtant « Welcome to my nightmare » est bien avenante et sympathique. Elle plante le décor, juste rock et groovy comme il le faut et on se met à fredonner avec lui au son des trombones « welcome to my nightmare wohohooo ».

Viens « Devil’s food », et la voix devient plus menaçante, les guitares plus présentes, le rock un peu plus agressif, une sacré bonne chanson rock.

À peine le temps de sortir de la chanson et surprise, un petit monologue d’un chef de musée des reptiles nous fait part de son amour de la veuve noire, superbe spécimen d’araignée qui selon lui devrait remplacer l’homme sur terre… Soit.

Mais pourquoi cette voix placé a la fin de « Devil’s fool » et juste avant « Black widow » (veuve noire donc) est si familière ? Qui est donc ce tordu  qui a un accent anglais et roule les « r »?… Non ! OH MERDE ! C’est Vincent Price ! LE Vincent Price ! Dracula quoi ! La voix de Thriller, le héros de Tim Burton, le papa de Edward aux mains d’argent dans le film !

Bon là si vous êtes comme moi, vous sortez votre mouchoir pour essuyer vos larmes, et vous regardez autour de vous pour voir si personne ne vous a surpris avec cette expression idiote et béate qu’était la mienne quand j’ai reconnu sa voix.

Et plus il part en délire, plus la musique s’emballe et PAF ! On déboule sur le morceau  « The black widow » : voix sombre, batterie au rythme militaire, et refrain repris par des chœurs d’enfants.  Chanson redoutablement efficace.

Arrivé à ce point, on se dit qu’on est parti pour une descente aux enfers en règle.

Et non ! Comme dans un rêve l’ambiance change d’un coup et hop on se retrouve dans la 2ème partie de l’album.
On tombe surpris sur «  Some folks »  avec des claquements de doigts à la West Side Story et un rythme enjoué soutenu par des solos de guitares dansant. « Baby, baby come and saaaave me », perso j’adore !

Puis on continue le glissement vers quelque chose de plus doux avec « Only women bleed » .
Cette excellente ballade rock placée au milieu de l’album qui parle des femmes battues, c’est bizarre non ?… Et bien comme dans un livre, faut attendre le dernier chapitre pour comprendre !

Arrive la 3éme partie, et là encore comme dans un songe, on change radicalement de cadre.
À peine le temps de se dire « tiens on se détend » que BANG! Le riff de « Department of youth »  déboule, et la voix éraillée à souhait d’Alice vous envahit les oreilles.

Il vocifère, rit, c’est du bonheur. Cette chanson est parfaite, elle a tout : un air entraînant, des solos à foison, des chœurs : une perle du rock tout simplement .
Avec la piste suivante, « Cold ethyl », on est définitivement de retour dans le gros rock’n’roll, et le très bon.
Arrive alors le chapitre 4, l’apogée du cauchemar.
Cette dernière partie est sans aucun doute le climax de l’album, et au niveau de l’ambiance, la plus intéressante quant à ce que peut faire naître comme émotion de la musique.

« Years ago » commence, et d’emblée on se voit transporté dans un monde décoloré, sur un carrousel hanté, perché sur un cheval cassé, avec des poupées au regard inquiétant, avec un rythme d’orgue de barbarie lancinant à la « Cité des enfants perdu ». Là on ne rigole plus, le climat est définitivement vénéneux. 100% macabre, j’adore !

Le perso s’enfonce dans la folie et la chanson se termine sur une voix en écho qui l’appelle : « Steveeeen ? Steveeeen ? »  Hoooo, flippant !
« Steven » c’est justement le titre de la chanson d’après. C’est le nom du personnage principal.

Pour la 1ère fois on l’entend parler, se débattre avec son inconscient.

La musique est tout aussi lancinante, et pourrait sortir du Psychose d’Hitchcock.

Les chœurs venant du fond de sa tête, et l’appelant «  Steveeeeen ! » sans fin, sont proprement géniaux et me foutent des frissons à chaque coup. Appuyés par des cuivres sombres, des violons qui s’ajoutent : l’antre de la folie est là, et c’est un énorme pied musical.
Pour moi c’est LE morceau de cet album. Pas le plus rock, pas le plus « elle balance celle là c’est cool » ! Mais pour se poser dans son canap’ et frissonner : c’est celle là ! Un chef-d’œuvre de prêt de 6 minutes où répondent aux « Steveeeeen ? » les « someone calling me ,.. No ! » du dit Steven sur un solo de guitare monstrueusement bon.

Après cette claque dont on sort étourdit arrive « The awakening ».

Le réveil est proche, la musique dodeline comme un homme qui sort de son songe, alternant moment rock et petits passages au piano. Et là, en lisant les paroles, on se rend compte avec Steven que son cauchemar il le fait éveillé, que le sang qui coule est sur ses mains et que les femmes de « Only women bleed » (vous vous rappelez ?) sont en fait la sienne, qu’il a tué dans un accès de folie.

Et quand on comprend ça on se dit « Bon ben le Steven il est mal barré là ! »

Que dalle ! Alice a la malice de nous réserver la chute dans la dernière chanson : « Escape » , légère, bien rock, entraînante, où Steven s’échappe, tout simplement !

C’est pas futé ça ? Un scénar de ouf, des chansons qui déboîtent, une atmosphère tantôt sombre, tantôt douce, des rebondissements. Ajouté à ça Vincent Price, et vous comprendrez aisément pourquoi cet album est absolument indispensable.

Difficile de dire quelle chansons sortent du lot face à une histoire et un univers qui se tiens autant mais s’il fallait faire une sélection, il vous faut écouter :

« Welcome to my nightmare »
«  Some folks »
« Department of youth »
« Years ago »
« Steven »

A la sortie de ce voyage une seule envie : remettre la 1 ère piste et y retourner fissa !


2011 – Welcome 2 my nightmare – Le retour du fils de la revanche du cauchemar (numéro 2)

Autant le dire tout de suite, les fans étaient sur les dents… À l’affût.

Le même producteur que pour « Welcome to my nightmare » rejoint Alice Cooper, et ils nous promettent un album au son définitivement 70’s dans la lignée de «  Welcome… » .

Tic tac tic tac, l’heure tourne, mes oreilles vont enfin pouvoir retrouver le cauchemar d’Alice là où il nous avait laissé : le héros du 1er disque, Steven, s’enfuyant au terme d’un disque inoubliable. Houuu mes neurones n’en peuvent plus ! AAAH ! C’est l’heure ! J’appuie sur lecture…

La piste 1 commence, « I am made of you », et oh joie ! La petite ritournelle angoissante au piano qui faisait la beauté du magnifique « Steven » du 1 er album, est de retour.

On s’assoit on savoure, on est un peu surpris par les effets un peu électro sur la voix d’Alice. Mais soit, on écoute et le rythme monte, puis se calme puis remonte. Jusque là c’est bon !

On est entre « Welcome to my nightmare » et ses albums plus trash, plus récents. Mais il y met du cœur et la batterie militaire nous ramène au « Black widow » du 1er album.

Pourtant les effets sur la voix font trop penser à du Nickelback, le son 70’s promis n’est pas sur ce morceau.

On kiffe quand même bien et on arrive sur « Caffeine », le plaisir est immédiat en écoutant l’histoire de ce type sous la douche froide depuis une semaine, bourré de café qui ne veut pas se rendormir car il sait que ça lui sera fatal.

Le rythme est endiablé, et on pense musicalement là encore plus à son album trash « Hey stoopid » de 1991 qu’à « Welcome to my nightmare ».

Qu’importe une chanson qui s’appelle caféine et qui a autant la patate est, à n’en pas douter,  une bonne dose d’adrénaline à s’injecter obligatoirement dans les oreilles les matins de réveil difficile. Du petit lait.

Vient ensuite la chanson qui nous met l’eau à la bouche : « The nightmare returns » petit piano lancinant, rythme lent, l’homme s’endort, les guitares se réveillent, la pression monte ! Et…Eeeeet… Et ben rien justement .

Là où  sur le 1er album il aurait directement enchaîné avec un morceau bien sombre, la pression retombe, fondu sorti en fin de chanson, et pouf rien a voir.

« A runaway train » commence et on se demande où est le rapport sinon que l’histoire est celle du gars qui part en enfer dans un train maudit. Ok pour le sujet, mais le côté country soutenu  de la chanson nous sort carrément de l’ambiance qui commençait à s’installer. Formidable solo guitare cela dit, mais c’est là que j’ai commencé à décrocher.

Viennent le tour de « Last man on earth », très Eliott Smith, Tom Waits dans une ambiance un peu à la kurt weil, genre vieille fête foraine qui est sympa mais pas transcendante non plus. Suivie de « The congregation », tout à fait oubliable.
Près de 3 morceaux se sont écoulés depuis « The nightmare returns », et malgré des paroles qui effectivement évoquent une sorte de délire, la musique est trop formatée pour évoquer un quelconque cauchemar.

Petit rattrapage avec « I’ll bite your face off ». Pas une once de rêverie, ni de sombre coins d’esprit malade, mais on revient encore à un son proche du « Hey stoopid » de 1991 ce qui n’est pas désagréable.

L’ovni de l’album et aussi une de ses plus belles réussite : « Disco Bloodbath Boogie Fever ».

Là, j’avoue que j’ai retrouvé le sourire. En 2 secondes, des zombies décharnés habillés de fringues disco moisies dansant sur une piste disco maudite vous apparaissent en tête.

si vous avez entendu le medley « thriller/heads will roll » de la saison 2 de Glee et que vous avez aimé, celle là vous l’adorerez.

Autant dire que c’est un bonheur, mais elle risque de dérouter les fans au début avec ce son disco… Qu’ils attendent la moitié de la chanson, les grosses guitares reviennent à l’assaut de la piste boogie de l’enfer et ça fait mal ! Très mal !

«  La  fièvre boogie du bain de sang disco », rien qu’avec un titre comme ça, c’est du tout bon. On est entraîné par cette fièvre sur la piste suivante « Ghouls gone wild », on pense un peu aux Clash, mais surtout aux Beach boys, on retrouve des « whoohooo » dignes de « Surfin’ usa » et des accords dans la veine de « I  get around ». C’est assez sympa et ça bouge bien.
Voici arriver LA ballade de Mr Cooper. Le bougre aime ça, et il sait s’y prendre:

« Something to remember me by » est un slow, un vrai à l’ancienne. Et dieu que c’est bon ! Ce n’est pas une vue de l’esprit, de nos jours rares sont les vrais slows où on s’imagine en train de danser langoureusement. Ben voila ! Merci Alice !

On est tout ému et là, sorti de nulle part, arrive un duo Alice cooper/ Ke$ha…
On peut saluer l’audace et l’originalité de l’idée, personnellement je pleure sur le résultat.

Ni aussi jubilatoire que « Tik Tok » de Ke$ha, ni aussi rock que ce qu’on attend d’Alice… Je n’ai vraiment pas accroché. Et puis surtout il est où le cauchemar là ? Mon ambiance poisseuse et vénéneuse, mon ami Steven le torturé, ils sont où ?

Sans se démonter, on nous sert « I gotta get outta here », genre « ouhh sortez moi de ce cauchemar ». Perso, moi j’avais oublié que j’étais au royaume des rêves maudits, mais bon.

« The underture », dernier morceau de l’album, est un instrumental qui reprend les grand thèmes des 2 albums : un peu de « Welcome to my nightmare », un peu de « Steven », un peu « Disco boogie bloodbath fever », le tout étant constitué des meilleurs moments musicaux des meilleurs morceaux des 2 albums. C’est un peu comme écouter un medley instru. Pas désagréable mais qui laisse un goût d’inachevé en bouche.

Au final « Welcome 2 my nightmare » n’est pas un mauvais album. C’est même un bon album d’Alice Cooper.

Il n’est juste pas la suite du 1er album, même s’il essaie en vain de nous dire qu’il y a une histoire derrière tout ça.

Les ficelles sont trop grosses, et là où on se laissait embarquer dans son monde avec le 1er album, on reste bel et bien chez nous avec celui ci.

Ne boudons tout de même pas notre plaisir, Alice Cooper est un boss, et même s’il ne parvient pas à nous faire cauchemarder de nouveau, les morceaux que sont :

« I am made of you » 

« Caffeine »

 « Disco Bloodbath Boogie Fever »

« Ghouls gone wild »

vous feront sévèrement  bouger la tête d’avant en arrière

« Something to remember me by », elle, devrait parvenir à vous tirer votre larmichette.

Professeur Wicked

À conseiller du même artiste si vous avez aimé cet album :

 Trash (1989)

Hey stoopid (1991)

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4 réflexions au sujet de « Welcome 2 my nightmare : Les étranges cauchemars de Mr Alice Cooper »

    • Bonjour,
      Oui une version vidéo scenarisé qui porte le nom du premier album qui accompagnait la version live du show à été faite .
      il existe egalement un TV special qui est devenu culte outre atlantique pour les periode d’halloween, où vincent price reprend son role, et où l’histoire est scénarisé.
      les studios Universal quand à eux inaugurent ce mois ci une attraction basé sur ce 1er album culte, à l’occasion de la sortie du second opus: voir ici
      un vrai regal !

  1. Bon, va falloir que je me plonge là-dedans ce week-end. La béotienne que je suis y a trouvé beaucoup de passion et d’intérêt. Quand je lisais Beck, du son naissait des images, à la lecture de cette article, le rock battait derrière les mots, …et en plus, j’ai tout compris 😉

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