Braquo, les nerfs à vif

En matière de fiction télévisée, un triste constat s’impose : les états unis mettent une belle déculotté à la France. Confronter une seconde Game of Thrones à Joséphine ange gardien, peut causer de sévères séquelles mentales ! Alors quand on nous dit « une série mafieuse française », on aurait tendance à se prendre la tête dans les mains en sanglotant  de peur du résultat pathétique. Oui mais voila, quand on utilise les méthodes américaines ,bizarrement, ça marche ! Réalisateur ciné, acteurs ciné, budget ciné, « Braquo » écrite et réalisée par Olivier Marchal est LA série française à voir.



Synopsis : Caplan, la cinquantaine est à la tête d’un groupe de 4 flics de la police judiciaire, dont l’un des membres dérape lors d’un interrogatoire. Les choses tournent mal, et pour sortir leur collègue de la panade dans laquelle il s’est fourré, ses quatre collègues glissent lentement vers la ligne jaune qui sépare flic et truand. Le cauchemar commence.

Braquo, c’est la série qu’on attendait pour réconcilier cinéphiles exigeants et fiction policière française, qu’on croyait définitivement foutue après tant de décennies de Navarro et Commissaire Moulin auxquels ce sont ajoutés les pitoyables Cordier juge et flic, Louis la brocante. Ne parlons même pas du pitoyable  R.I.S qui essaye de faire « Les experts Fontainebleau »! Ici, on nous donne enfin de la qualité.
Niveau réalisation , c’est Caméra HD à l’épaule à la Michael Mann (son modèle) que filme Marchal pour une ambiance hyper réaliste. Avec son montage cut ultra nerveux et rapide, Ce n’est pas une série qui se regarde, c’est une série qui se vit. Et pas calmement ! Quand la tension monte, et que le rythme s’accélère, c’est votre cœur qui s’emballe avec, vos doigts qui agrippent le canapé et vos yeux qui scrutent chaque image. On ne s’étais pas laisser stresser comme ça par une série depuis le 1er épisode de 24h chrono.

La différence c’est qu’on est en Europe, et on prend le temps d’être contemplatif. La caméra s’attarde alors sur des gros plans très détaillés des visages de nos flics, usés par leurs vies nocturnes, leur double jeu, las et résignés. Des moments de calmes dans la tempête qui donne aux personnages une vraie dimension dramatique.
Entre ces moments d’actions immersifs et ces moments de flottements, on. a l’impression de faire partie de leur groupe, d’être là, à coté d’eux. Et comme nos gusses se mettent souvent dans les embrouilles, nos nerfs sont souvent mis à rudes épreuves.

« Oh putain, c’est chaud ! « :Expression populaire. Se dit devant chaque épisode de Braquo. Petit Larousse des séries.

Ce qui est très agréable aussi, c’est que Olivier Marchal ne nous prend pas pour des quiches. Il nous sert des flics ébouriffés, joueurs, dépressifs, burinés et mal rasés. Rien à voir avec  le commissariat high tech des Experts Miami, où on se demande « Ca c’est un vrai commissariat ? D’où elles sortent tes baies vitrées fumées oranges ? Et tes néons bleus fashion dans les bureaux  c’est une blague ? Et ton costard Gucci ? Me prends pas pour un con Raymond ! » . Les personnages de Braquo eux, ont  une épaisseur, ils jurent, boivent, fument beaucoup, et font des choix plus que discutables. Le commissariat n’est pas ultra tendance, mais crasseux. Un repère de bonhommes, dont l’ambiance poisseuse et cradingue est à l’image du reste de la série.

Non, dans Braquo, on enléve pas ses lunettes de soleil comme Horacio le rouqemoute

On est heureux aussi de sentir que Marchal ne nous prend par pour des billes en tombant dans le piège de vulgariser le langage des flics. Plutôt que « allez les gars, on l’arrête et on lui met les menottes » on entendra « Z1 à Z2 ,on tape !  Fous lui les pinces bordel ! ». C’est honnête, direct, et on s’y croit d’autant plus. Si on ne comprend pas tout ce n’est pas handicapant.

Outre l’ambiance réaliste et immersive, Ce qu’on aime dans Braquo, ce sont aussi ces interprètes. Jean-Hugues Anglade joue Eddy Caplan, le chef de ce groupe qui est aussi soudé qu’une famille, avec ce que ça comporte de tensions, de désaccords, mais aussi de solidarité ou de trahison. Et là, c’est du très, très lourd. On a beau le connaître le Anglade, on oublie tous ses anciens rôles et on ne l’imagine plus que dans celui là. Visage marqué, barbe de trois jours, autant flic que gangster, air torturé, c’est un bonheur de crédibilité. Ce mec-là, c’est l’inspecteur Harry version « mal dormi, me fait pas chier ».

Dieu que cet acteur est bon !

Nicolas Duvauchelle (Mr « joe-la-belle-gueule-au regard-troublant» du cinéma français) est aussi de la partie. Et Bam ! C’est encore une réussite, tant il est parfait en flic chien fou camé jusqu’aux yeux, qui a du mal à se contrôler dans les situations tendues. Leurs deux acolytes ne sont pas en reste : Karole Rocher (femme flic qui a du mal à encaisser les dérapages de ses collègues, en proie à des cas de conscience répétés) et Joseph Malerba (brute, joueur, mais aussi papa inquiet) sont tout deux aussi impeccables.

En France on a donc des acteurs sous exploités. C’est bon à savoir.

Et puis  toute bonne histoire a un bon méchant. Et Le méchant en l’occurrence c’est Vogel, flic de L’IGS (la police des polices) qui s’est juré de faire tomber Eddy Caplan et son groupe, pour leurs magouilles et bavures soupçonnées. Aussi pugnace et tenace qu’un Eliot Ness aux trousses de Capone, on s’est tellement attaché à nos flics losers magnifiques qu’on se surprend à vouloir qu’il se prenne une bastos dans la cafetière, le Vogel. Rôle très bien écrit, la réussite de ce personnage est grandement dû à sa parfaite interprétation par Geoffroy Thiebaut, que vous allez adorer détester avec ses petits yeux de fouine, sa coupe à la con, ses petits airs supérieurs, sa manière de dire « J’te coincerai Caplan !» Non mais il se prend pour qui là ?!

Cette petite enflure de Vogel ! Vous adorerez le détester !

Pour conclure, Olivier Marchal a l’intelligence de faire de Braquo une mini série. Huit épisodes de quarante minutes, ce qui permet de garder un rythme tendu et une intrigue qu’on n’étire pas jusqu’à la corde, comme dans bien des séries. La saison 2,tout aussi bonne est au même format  et ce sera aussi le cas de la troisième qui  à été confirmée .

En un mot, Braquo, c’est la série française qui vous rend heureux de vous donner tord sur la fiction française. Réalisation nickelle, acteurs au top, immersion garantie, on quitte même chaque épisode  la tête dans les mains, la mâchoire pendante, les yeux écarquillés, en train de se dire « Oh nom de …! Non, c’est pas possible ! ». A l’image de cet épisode, où la main d’un suspect s’ouvre sur une grenade. On entend :« Grenaaaade ! », Noir image et en son off : « BOUM ! » Fin d’épisode…Gorge serrée, mains crispées sur le canap’… « OH NOM DE … ! ».

Braquo, une série de Oliver Marchal avec Jean Hugues Anglade, Josephe Malerba, Karine Rocher, Nicolas Duvauchelle
Braquo, saison 1 et 2 disponible en DVD et Blu-ray

Pr Wicked

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