De Band of Brothers à Terra Nova, retour sur une décennie qui réinventa les séries télé

Sur le canapé intergalactique, ce n’est pas un secret, le cinéma on adore ça.
Le problème c’est qu’un canapé, c’est dur à traîner dans un cinéma. Alors forcément, quand des séries comme Game of Thrones (Le trône de Fer), The Walking dead, ou encore Boardwalk Empire sont arrivées sur les écrans avec leurs thèmes et leurs esthétiques tout droit sortis du grand écran, et souvent avec des réalisateurs de renoms aux manettes (Frank Darabont, Martin Scorsese) on est comme des fous.

Pour vous parler correctement de ce vaste sujet, une petite mise en perspective historique des séries télévisées s’impose, en guise d’introduction.

 

Welcome to the 90’s :

Replaçons-nous dans la décennie 90/2000. Le paysage des séries U.S. couvrait alors largement la comédie romantique : Ally Mc Beal, Friends, Dawson, Spin City, Dingue de toi, Will & Grace, Beverly Hills, Melrose place… Et j’en oublie certainement.
C’était le temps béni de l’insouciance pourrait-on dire. Même Buffy en butant les vampires était marrante. Un peu d’angoisse était palpable du côté de X-Files, mais c’était bien peu dans cet océan de romances humoristiques.



Ally McBeal, ou l’apogée de l’esthétique des séries U.S des 90’s

Le grand David Lynch, entre 1990 et 1991, sera un des premiers à exporter ses visions cauchemardesques et vénéneuses du grand vers le petit écran, avec l’envoûtant Twin Peaks  (mais qui a tué Laura Palmer ?!). Acte visionnaire et précurseur, il restera cependant une exception dans cette décennie aux séries très conventionnelles.

La donne changea radicalement avec l’arrivée du projet Band of Brothers, de Steven Spielberg et Tom Hanks. Produite en 2000/2001, le monde des séries ne s’en est toujours pas remis, malgré les dix années écoulées.

Quand un cinéaste comme Spielberg a dit « Je veux faire une série », les gars des chaînes qui faisaient des séries ont arrêtés de parler et se sont mis à écouter. Quand il a continué en disant « Ce sera produit aussi par Tom Hanks, ce sera le prolongement d’ « Il faut sauver le soldat Ryan », et on va faire seulement 10 épisodes de 50 minutes, avec des moyens de cinéma et non de série » là, ils ont pleurés. Et à juste titre.
Jamais on avait osé faire une série aussi chère, courte, avec de telles ambitions cinématographiques et non simplement télévisuelles.

Là où le Soldat Ryan avait coûté 70 millions de dollars (pour des recettes de plus de 480 M$), la série Band of Brothers elle, demanda la bagatelle de 120 millions de dollars, presque 2 fois plus.

Ce faisant, elle est la série la plus chère ayant jamais été produite.

Depuis sa première diffusion en 2001, les producteurs, et surtout HBO, ne peuvent que constater la réussite du concept, aussi coûteux soit-il , tant le public est au rendez vous.
Le temps était venu pour des séries plus adultes, qu’importe les restrictions d’âges, la liberté de ton n’en est que plus accrue. Et c’est tant mieux.

Et les séries devinrent adultes :
En changeant ainsi radicalement la manière de faire une série, Spielberg a planté sa petite graine dans les cerveaux des producteurs de chaînes câblées.
HBO (Home Box Office) fut celle qui accueillit en 2001 Band of Brothers. Le budget était titanesque et le risque existant, malgré la présence de Spielberg et Hanks, mais des réussites financières telles que Les Sopranos  leur laissaient une marge de manœuvre.
Le succès de Band of  Brothers a encore à ce jour de colossales retombées financières difficilement chiffrables, puisqu’elles n’impliquent pas une vente de tickets de cinéma, mais se mesure à l’audience.
Cependant avec 6 Emmy Awards, une moyenne de 8 millions de téléspectateurs aux États-Unis, et ce par épisode, les produits dérivés, les coffrets DVD, et maintenant blu ray (qui restent au top des ventes), inutile de dire que HBO est rentré dans ses frais.
Face à un tel accueil, HBO se lança alors dans ce qu’ils appellent des « création originales ».
Le concept : de gros moyens de production cinéma pour une série d’environ 12 épisodes de 50 minutes.

Florilèges des plus belles réussites produites par HBO : Deadwood, Rome, Game of Thrones, Boardwalk Empire.

Attentive à cette tendance, une autre chaîne câblée, AMC (American Movie Classics) lança en 2007 Mad Men et toucha le jackpot. 13 Emmy Awards, pour des épisodes d’un coût de 3 millions de $ avec des retombées financières atteignant plusieurs centaines de millions de $ tout supports confondus (télévision,VOD, DVD, Internet).

Cette réussite tant artistique, critique, que financière permit de lancer en 2008 Breaking Bad, petite perle de thriller à l’humour noir, et enfin The Walking Dead en 2010.

Un constat s’impose alors : à travers ces séries, ces chaînes explorent une à une les différents genres cinématographiques.

Le western avec Deadwood, l’heroïc fantasy avec Game of Thrones, le péplum avec Rome, le film de mafia avec Boardwalk Empire, le film de zombies avec The Walking Dead, la fresque sociale avec Mad Men, etc.

L’avantage principal est évident pour les scénaristes et réalisateurs : mettre en place une histoire sur ce format permet bien plus d’intrigues et de niveaux de complexité disponibles dans l’écriture des personnages qu’en un long métrage de 2h30.

Oui mais voilà : là où Band of Brothers était une mini série à proprement parler (seulement une  saison), les chaînes télé, elles,  tablent sur plusieurs années.
Elles ont gardé le concept « peu d’épisodes/ gros budget cinéma / réalisation cinéma / longs épisodes », mais elles renouvellent les saisons, pour donner vie à des séries au sens plus classique du terme.

Étendu sur la durée, le concept présente alors les défauts de ses qualités.

Si l’on table sur plusieurs saisons, on a plus le temps pour exposer les faits et les protagonistes, mais mieux vaut avoir un paquet d’histoires à raconter. Une saison équivaut à un très long métrage, dont chaque épisode est un chapitre.
Pour les scénaristes, il faut que la première saison se termine sur un cliffhanger de fou, et la difficulté sera d’avoir une suite toute aussi intéressante et digne d’être développée sur 600 minutes. Pour la production, cela implique de remettre autant d’argent sur la table une année.
Epineux problème supplémentaire. Grandes ambitions, gros risques. C’est le jeu.
On a vu ainsi cette année s’entre-déchirer dans des conflits artistico-financiers les producteurs de la chaîne AMC et  les scénaristes/réalisateurs de The Walking dead. Privilégiant Mad men par rapport à The Walking Dead, AMC, décide qu’il faut faire des coupes budgétaires franches dans le budget de The Walking Dead pour récupérer des fonds qu’ils auraient attribués à Mad Men. Ce projet incluait moins de zombies à l’écran (coûts du maquillage) et moins de scènes tournées à l’extérieur… En gros, enlever 60% de l’intérêt de la série.
Exemple typique du conflit  entre liberté de sujet de plus en plus vaste (une série sur les zombies avec une esthétique digne des films de Romero, c’est inespéré pour un créatif) et les contraintes budgétaires (la qualité, ça se monnaye).

Résultat des courses sur l’incident pré-cité : la saison deux de The Walking Dead se fera sans l’excellent réalisateur de la première saison, Frank Darabont (réalisateur des « Evadés » et de « La ligne verte ») qui a claqué la porte.

Autant vous dire que sur le canapé intergalactique, on se demande si on frissonnera toujours autant pendant cette deuxième saison.

Les années 2000 ont ainsi radicalement changé la manière dont la fiction était envisagée à la télévision. L’éternelle ennemie du grand écran, cette méprisable lucarne qui fit dire jadis au monde du cinéma qu’elle priverait le cinéma de ses spectateurs, a désormais embrassé l’esthétique et les codes de son grand frère.

Les acteurs, scénaristes, réalisateurs ont tous sautés le pas vers ces séries adultes, traitant de genres cinématographiques très codés et précis, avec une belle réalisation et un gros budget.
Des séries qui font aimer la télévision quand elle se met au service du cinéma.
Dix ans après Band of brothers Steven Spielberg a lancé l’année dernière une nouvelle mini série sur la 2nde guerre, The Pacific.
 


Quant à cette année 2011, elle voit le démarrage d’une autre série produite par Spielberg : Terra Nova, sorte de croisement entre Avatar, Jurassic Park et Stargate (on vous en reparlera).

Dustin Hoffman quant à lui sera la star en 2012 de la série Luck, de Michael Mann (Heat, Collateral, Ali, Public ennemies) aux côtés de Nick Nolte. Le premier Teaser est tombé cette semaine :

La boucle est bouclée, Cinéma et fictions télévisées ont un bel avenir en commun.

Introduction importante s’il en est, car figurez-vous que sur le canapé intergalactique, ces séries là, on les a vus, on les a aimées (ou pas), et on vous parlera de chacune d’elles… Très bientôt.

Professeur Wicked

 

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