Hobo with a Shotgun – A Grindhouse story

 

Piqûre de Rappel :

Pour les plus initiés d’entre vous, vous le savez, Hobo with a shotgun faisait partie des fausses bandes annonces glissées entre les deux films Grindhouse: Planète Terreur de Robert Rodriguez et Boulevard de la mort de Quentin Tarantino en 2007.
Alors le Grindhouse, c’est quoi? Me demande la petite dame au fond, avec son sac de poireaux sur les genoux. Et bien ma ptite dame, Grindhouse, c’étaient le surnom qu’on donnait aux vieux cinémas délabrés des quartiers americains qui, loin de leurs années de gloires, diffusaient en continue des films fauchés pour continuer à exister, faute de pouvoir acheter les grandes sorties nationales. D’où le terme de cinéma « d’exploitation » associés à ces films.

Souvent programmés par deux (double feature), ces derniers avaient bien souvent pour caractéristiques communes une sexualité débridée, beaucoup d’action, de sang et très peu de morale.
Le terme « Grindhouse » lui, vient de l’anglais« grinding-out » signifiant « ingurgiter, exploiter jusqu’à épuisement ».
Lors de ce double programme qu’est Grindhouse, les compères Tarantino/Rodriguez rendent donc hommage à ces films d’exploitations des années 70.
Petit bonus: ils insèrent entre leur deux films, sur l’idée de Tarantino, de fausses bandes annonces qui auraient pu être projetées dans ces salles.

Retour sur la liste de ces pépites :

Le terme «Grindhouse » vient de l’anglais « grinding-out » signifiant « ingurgiter, exploiter jusqu’à épuisement »

– Machete – réalisé par Rodriguez lui-même cette bande annonce est basée sur un scénario déjà existant de Rodriguez, qu’il avait écrit pour l’immense Danny Trejo.

– Werewolf Women of the SSréalisé par Rob Zombie avec une des meilleures apparitions de Nicolas Cage (dans le rôle de Fu man-chu).

– Don’t réalisé par l’anglais Edgard Wright (qui a aussi réalisé Shaun of the Dead et Hot Fuzz). Cette bande annonce est tournée dans le pur style des bandes annonces de la Hammer des années 70.

– Thanksgiving  – réalisé par Eli Roth (réalisateur de Hostel, et « Ours Juif » dans Inglourious Basterds de Tarantino). Réalisé dans l’esprit des slashers movies, Thanksgiving par son nom fait directement référence à Halloween de Carpenter et met en scène un tueur habillé en père pèlerin… On note la participation de Michael Biehn (Caporal Hicks dans Aliens et père de John Connor dans les Terminator).

Hobo with a shotgun– réalisé par Jason Eisener, fut en fait la bande annonce gagnante du concours de fausses bandes annonces lancé par Robert Rodriguez. Avec le colossal Ruthger Hauer, anciennement chef des réplicants dans Blade Runner.

De la bande annonce au long métrage :
En 2010, trois ans après la sortie des Grindhouse en 2007, Robert Rodriguez offrit enfin à Danny Tréjo le long métrage pour lequel il lui avait écrit un rôle sur mesure.
Machete, c’est la classe de Banderas dans Desperado, le côté animal et antipathique en plus.
Le sang gicle, les filles se déshabillent, rien ne résiste à Machete.
Le grain très prononcé et la dégradation volontaire de l’état de la pellicule sont les mêmes que dans les deux films grindhouse précédemment réalisés, et confèrent au tout une esthétique underground absolument jouissive.

Le résultat final était donc à la hauteur de nos espérances, et allait même au-delà avec des supers méchants incarnés par Robert de Niro et Steven Seagal.

Imaginez donc notre bonheur quand s’annonça la sortie (uniquement en vidéo chez nous) du long métrage tiré de la bande annonce Hobo with a Shotgun …

 Itinéraire d’un ado dépassé :
Dès le générique, le spectateur est plongé dans l’ambiance.
L’image est magnifiquement retraitée pour afficher des couleurs saturées à souhait (couleurs poussées au maximum) typiquement 70’s.
D’emblée on est bombardé de référence qu’on adore :
D’abord Il y a la bande son, furieusement 70’s. On pourrait la croire tirée d’un western orchestré par Ennio Morricone, mais il s’agit en fait d’un mix de 2 morceaux de la B.O de La marque du démon, film d’épouvante de 1972, à la musique du western italien.
La référence au western 70’s continue avec l’apparition du cowboy solitaire, le desperado. Fidèle à l’imagerie romantique du héros de western, un étranger arrive en train dans une ville inconnue.

L'étranger à l'harmonica arrive en ville sur de belles couleurs saturées trés 70's

« Un déluge de référence à des films qu’on adore a lieu dès la première scène »

Cet étranger restera sans nom, comme Eastwood dans la trilogie du dollar de Sergio Leone, mâchonnant un harmonica, nous évoquant Charles Bronson dans Il était une fois dans l’Ouest.
Autre clin d’œil, notre bonhomme descend du train et commence à errer avec son paquetage (tel le héros de Invasion Los Angeles de John Carpenter,) pour passer devant le panneau indiquant le nom de la ville : Hope city. Sur ce panneau, « Hope » a été rayé à la main, pour être remplacé par le mot « scum » (ordure), à l’identique du panneau qui indiquait « Bassin city » ,dont le le « Ba » avait été rayé, à l’entrée de Sin City. Clin d’œil évident à Robert Rodriguez, qui avait réalisé Sin City.

Avec ce déluge de référence à nos films chéris, on se dit que ça commence rudement bien !
Malheureusement on déchante rapidement.
On nous présente  une galerie de personnages qui n’est qu’une triste succession de clichés, aussi lourdingues que redondants.
Ainsi, les méchants seront tous surjoués par des acteurs à qui qu’on semble avoir donné
comme seule indication de jeu «  Fais-en des tonnes coco, c’est pour le fun! ».
On commence dans la légèreté, avec la famille de brutes qui règne sur la ville, habillés très subtilement en noir et blanc, dans une voiture aux mêmes couleurs (le bien, le mal…wahoouuu !) .
La cruauté gratuite et la folie du père n’ont d’égales que la débilité congénitale des deux fils, qui hululent et rient à tout va, entre deux écrasement de tête de pauvres citoyens par des auto tamponneuses (je vous l’ai dit c’est subtil).
On enchaîne avec un pédophile forcement habillé en père Noël (l’enfance, le père Noël, ça va, vous avez saisi ?).

La seule indication de jeu donné aux acteurs semble avoir été d’en faire des tonnes car «c’est pour le fun ». »

Vient ensuite un macro, qui interdit évidemment à ses prostituées adolescentes de faire leur devoirs d’école (oui, l’éducation c’est le salut , et donc le mac il est contre bien sûr).
Ce défilé indigent continue avec les flics corrompus et violeurs de prostituées, pour se terminer sur les trafiquants de drogues. Qui, bien sûr, se plongent la tête entière dans leur coke et se redressent hilares tout enfarinés, avec des filles enchaînées et torturées derrière eux (je cite « Aaah avec tout ce fric on va pouvoir s’en payer un paquet de salooooopes ! Ahahahaaaaah ! »).

Nous on est les méchaaants et on est méchaaants ! raaaah !

Bref, si ce réalisateur livré à ses pulsions adolescentes l’avait pu, il est sûr qu’il leur aurait rajouté à tous une pancarte « je suis très méchant, vicieux et fou, yark yark yark ! »

Le tout est servi à grands renforts d’effets gores gratuits, qui n’apportent rien à l’intrigue, et au contraire nous en sortent. Au point qu’on en vient à compter les minutes avant que notre clodo le trouve, son fameux fusil à pompe du titre (30 minutes sans scénario sur 80 minutes de film, c’est long).

Et pourtant.
Pourtant, on entraperçoit parfois le film que cela aurait put être.
Certains moments sont de vraies bonnes idées, et sont réellement divertissants.
A l’image de cette séquence où, pour passer inaperçu, le clodo se cache dans un caddie recouvert par un cadavre, poussé par une amie.
Les moments où notre clodo bute les pourris de la ville un par un sont également bien réussi et ce, ne nous leurrons pas, grâce au talent intact du légendaire Rutger Hauer.
A lui seul, notre répliquant préféré mérite qu’on s’attarde sur ce film, tant il est la preuve flamboyante de ce que peut apporter un bon acteur à un film très moyen.

« A lui seul,Rutger Hauer prouve ce que peut apporter un grand acteur à un film très moyen »

Rutger Hauer is my god. Ici dans Blade Runner : "Tous ces moments seront perdus dans le temps, comme les larmes dans la pluie."

Autre moment intéressant, celui de l’apparition du  « Fléau »,  binôme de tueurs impitoyable en armures intégrales façon « red is Dead » (adieu Youri!) .
Leur apparition fait basculer le film dans le fantastique par leur nature irréelle (hommes ou démons ?), ainsi que par le changement d’éclairage. Le réalisateur adopte en effet les éclairages bleu/violet/rose que Mario Bava et Dario Argento, maîtres de l’horreur italienne des années 70, avaient fait leurs dans des classiques comme Suspiria ou Ténébres, le tout sur une musique qui évoque Halloween de Carpenter.

« Oh t’es pas fun ! »
J’entends d’ici les « Oui mais t’as rien compris, c’est pour le fun ! Tu te prends la tête pour rien ! ».
A ceux-ci, je répondrai simplement que justement, j’aime m’éclater au cinéma et les films Grindhouse de Tarantino et Rodriguez m’avaient fait prendre un pied énorme en reproduisant ce cinéma cheap des années 70 .
Les films grindhouse des années 70 étaient des caricatures de films à gros budget de époque, et Planète terreur / Boulevard de la mort retraduisaient cela parfaitement.

« rendre hommage à un genre en en reproduisant uniquement les codes visuels ne suffit pas à faire un film. »

Or Hobo with a shotgun est une caricature de ces caricatures, et c’est là qu’il en devient grotesque, avec ses méchants trèèèès méchants et fous, et du gore trèèèès gore parce que c’est pour le fuuuun !
Le cinéma-hommage  est bien plus qu’une affaire de posture. Montrer « qu’on rend hommage » à un genre en en reproduisant ces codes visuels ne suffit pas à faire un film.
La forme n’est pas le fond, et il faut comme toujours une bonne histoire, de bons personnages, et un réalisateur qui sait où il emmène son film.
Tim Burton nous avait comblé avec son hommage aux films d’horreur de la Hammer des années 70 qu’était Sleepy Hollow .
Quentin Tarantino a même fait de ce cinéma la ligne conductrice de sa carrière. Blaxploitation (jackie Brown), Kung-fu, film de vengeance, western (Kill Bill 1 et 2), film de guerre (Inglourious Basterds) et evidemment grindhouse (Boulevarde la mort).

La Hammer , la Blaxploitation, Bruce lee, autant d'hommage qui ne versent pas dans la caricature.

Mais ces maîtres n’ont pas que l’aspect visuel à nous offrir, ils ont chacun une histoire tangible, chose dont manque cruellement Hobo with a Shotgun.
Quand le film se termine on se prend à rêver de ce qu’aurait pu donner le projet dans les mains de Rodriguez  ou de Tarantino, plutôt que celle d’un grand ado qui confond hommage et caricature.
Dommage.

Professeur Wicked

Hobo with a shotgun -sortie blu ray/dvd le 5 octobre dernier.

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Une réflexion au sujet de « Hobo with a Shotgun – A Grindhouse story »

  1. Article super intéressant, culture enrichie une fois de plus, mais je suivrai ton avis et je ferai donc l’impasse…Sur ce, je te laisse, j’ai des poireaux à ranger…;)

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