BREAKING BAD – Requiem pour Tony Montana

« Moi, je veux être Tony Montânaaaaa ! »

No Comment !

C’est ce que disait quelques-uns de mes voisins qui dealaient du shit en bas de l’immeuble. Scarface a été un film fondateur pour bon nombre de « self made man » ; beaucoup n’ont retenu de ce film que l’ascension de son protagoniste, et non sa chute pathétique (Hormis Mozinor dans ce fameux détournement).

Etre un truand, est-ce une affaire de « pose ». M-Pokora est-il un truand parce qu’il a des tatouages ? Florent Pagny est-il un rebelle ? Le président de la République n’est-il pas un pathétique descendant des films scorcesien ? Que de questions insolubles !

Le problème du film de De Palma (et in extenso, de l’original de 1932 de Howard Hawks), c’est qu’il y est question de vraisemblance et non de réalisme. Ce qui n’est absolument pas le cas de Monsieur White, l’anti-héros de Breaking Bad.

Walter White est prof de chimie. C’est un type doué, très intelligent, mais la société se fout totalement de ses dons. Sa femme est enceinte, son fils aîné a un handicap, et, afin de joindre les deux bouts, il cumule un second boulot : laveur de voiture.

A l’annonce d’un cancer du poumon, il se dit qu’il se doit de penser à sa famille. Lors d’un achat dans une grande surface, il remarque une bande de jeunes et, analysant leurs achats, devine qu’ils veulent concocter de la méthamphétamine. Son professionnalisme le pousse à leur donner des conseils et il se rend compte que lui seul est en capacité de fabriquer le meilleur des produits stupéfiants.

L’excuse du cancer permet au spectateur de s’attacher à la nouvelle lubie de Monsieur White. Personne ne lui a jamais donné sa chance, et c’est dans l’illégalité qu’il peut donner toute la mesure de son talent.

A l’instar de Dexter, serial killer adoubé par le spectateur parce qu’il véhicule les bas instincts de vengeance contre le Mal, Monsieur White se pose contre un système qui empêche les citoyens de s’épanouir. Il ne peut donner le meilleur de lui-même qu’en étant hors-la-loi.

Les premiers épisodes sont stupéfiants (sic) de drôlerie, de pathétique et de grotesque : ils sont mêmes – pour beaucoup – légendaires…

Où fabriquer la meth ? Dans quelle tenue ? Comment cache-t-on cela dans la famille alors que son beau-frère fait partie de la brigade des stups ?

Walt sera aidé par l’un de ses anciens élèves, Pinkman (allusion à Reservoir Dogs de Tarantino et ses Mr Pink et Mr White) avec lequel il aura des rapports plus que complexe : fils; partenaire; boulet; adversaire; allié…

Au fil des saisons, l’amateur se professionnalise, pense à se mettre à son compte, côtoie les cartels, devient un incontournable du secteur. C’est une épopée réaliste qui montre une ascension évidente digne des meilleurs polars américains contemporains. Meurtre, trahison, plan foireux et plan brillant: tout cela juste pour avoir une vie meilleure.

Aucune fausse note dans l’édification de l’intrigue, aucun délayage à la Lost de J.J. Abrams, l’histoire se poursuit épisode après épisode, sur le même ton, avec la même rage de vaincre ou de se détruire. Chaque personnage, même le plus lointain, possède une épaisseur, une réalité tangible, incontestable.

La majorité des épisodes débute avec des plans indescriptibles, énigmatiques. Breaking Bad, c’est une atmosphère particulière, lente, hypnotique, toujours fascinante. Le final de chaque épisode répond à son introduction avec de graves résonances.

La quatrième saison vient de se terminer. Monsieur White va au-devant de grands dangers. Peut-on cacher ses activités illégales à sa famille indéfiniment ? Peut-on envisager une véritable carrière ? Que se passe-t-il en cas de rémissions ? Est-il possible de se sortir d’un système hors de tout contrôle ?

L’avant dernier épisode de cette quatrième saison montrait un héros riant de désespoir sur près de deux minutes – fait assez rare en télévision. Un rire glaçant, inoubliable, cauchemardesque. C’est une vision du monde réaliste, mélancolique, violente et grotesque. L’esthétique des frères Cohen n’en est pas éloignée.

Commencer cette série, c’est s’engager dans le plus extraordinaire polar jamais écrit, tout médium confondu.

INDISPENSABLE.

Les trois premières saisons sont disponibles en DVD.
Notre article sur les séries U.S est ici

Nota Bena : Vince Gilligan, le créateur de la série, a été l’un des plus prolifiques auteurs de la série X-Files dès la seconde saison, soit au moment où la série prenait pour axe principal la théorie du complot qui fait aujourd’hui partie des mythes de notre culture audiovisuelle. Alors ? C’est qui l’patron ?

Captain Mac Aaron

P.S.: La cinquième saison de Breaking Bad sera bien la dernière, a affirmé mi-août son créateur, promettant une conclusion satisfaisante à la série. Et ça, c’est une très bonne nouvelle ! D’autant que le dernier épisode de cette quatrième saison est certainement le plus incroyable qu’il m’ait été donné de voir. Une tuerie (sans jeu de mot) !

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3 réflexions au sujet de « BREAKING BAD – Requiem pour Tony Montana »

  1. Vu les 5 premiers épisodes de la saison 1, il y a deux ans grâce au professeur Wicked ;). C’est une des séries que j’ai en tête dans tout ce que je dois rattraper et ton article la fait passer en number one de mes priorités 😀

  2. sacré série en effet! Même la saison 4 m’a parue un peu vide, la fin de saison est absolument dantesque! La fin de Gus est à l’image de sa vie..

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