Metropolis – Du film à l’exposition de la cinémathèque

Attention, exclusivité et événement !
Non, je ne vais pas essayer de vous vendre le nouveau salad’chef  turbo 8000, qui coupe les carottes mieux que ma grand-mère.
Je viens vous parler de Metropolis.
Ce 5 octobre est sorti, en DVD et Blu ray, la version définitive du chef d’oeuvre de Fritz Lang sorti en 1927 et le film resort aujourd’hui au cinéma.
Alors, pourquoi est-ce un événement ?

Parce qu’avant cette année 2011, le film n’avait quasiment jamais put être vu dans son intégralité.
Et pourquoi parle-t-on de chef d’œuvre ?
Parce que ce film, par sa puissance et sa modernité, a donné littéralement naissance au cinéma de science fiction moderne.

Sur le canapé intergalactique, on a arrêté les machines, mis l’autopilote, et on s’est prosterné comme il se doit devant le SEUL film de l’Histoire à être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO (excusez du peu !).
Le canapé intergalactique se pose à la cinémathèque française à l’occasion de la resortie en salle du film et de l’expositon qui lui y est consacrée.
Parce qu’il faut respecter ses aînés, et savoir d’où on vient, hommage au film fondateur de la science fiction.


Résumé du film :

2026.
Metropolis est une cité extraordinaire, miracle de technologie.
Pourtant, alors que la jeunesse dorée des castes privilégiées coule des jours heureux dans des jardins suspendus, les ouvriers de la ville basse se relaient jour et nuit dans les profondeurs de la terre pour alimenter « Moloch », la machine qui fait tourner cette technologie.

Un jour, le fils du maître de la ville, Freder Fredersen voulant suivre une jeune femme, Maria, dont il est tombé amoureux, s’aventure dans les souterrains et découvre l’horreur de ce monde parallèle. Maria est en fait la meneuse d’un mouvement de révolte contre cet ordre établit.

Sentant la grogne des ouvriers monter, Joh Fredersen, père de Freder et maître de la ville, ordonne à Rotwang (l’inventeur de cette machinerie souterraine) de donner vie à un robot qui prendrait les traits de Maria, afin qu’il se fasse passer pour elle et qu’il mette fin à cette rébellion.

The Final Cut- Histoire d’une tragédie culturelle :

Metropolis en projection à Berlin- janvier 1927

Nous sommes le 10 Janvier 1927 (pas aujourd’hui hein, c’est une façon de parler !).

Dernier film expressionniste allemand, Metropolis de Fritz Lang (qui avait déjà réalisé le premier film expressionniste avec Le cabinet du Dr Caligari en 1920) vient de sortir au cinéma.

Le réalisateur est alors au sommet de sa gloire, et possède une renommée colossale dans son pays. Pourtant, le film rencontre un échec publique et critique, qu’on impute principalement à sa durée de 153 minutes soit 2h33. En conséquence, il fût retiré des écrans au bout de 3 semaines. Puis une bobine fut envoyée à la Paramount aux États-Unis, la firme ayant acheté le film pour le territoire américain. Coupé, remonté, et ses intertitres changés par un écrivain américain de l’époque afin de rencontrer un plus grand succès, ceci aboutira à une version de 90 minutes.
L’Allemagne fit de même, en s’appuyant grandement sur le travail de « sabotage » américain.

Problème pour les cinéphiles : ce charcutage se fit respectivement sur deux des trois négatifs existants et non sur des copies, amputant à jamais deux des trois copies disponibles de l’œuvre de Lang.

Au final l’œuvre fut complètement dénaturée. Dans l’intrigue originale l’inventeur Rotwang a construit un robot femme dans le but d’y transférer l’image de sa défunte aimée et échouant à le faire à partir du cadavre de celle ci, il se reporte sur Maria à la demande de Joh Fredersen . Dans les versions abrégées, on nous dit qu’il construit ce robot à la demande de Joh Fredersen pour lui donner l’image de Maria et créer un travailler robot qui remplacerait l’homme…

Bobine ayant contenu le négatif de Metropolis

La troisième copie qui n’a pas été ainsi mutilée reste elle introuvable. Adieu donc l’œuvre originale de près de 3 heures.
Entre 1927 et 2001, les versions qui circulent dans le monde seront toutes tirées de ces copies.
Puis, suite à la redécouverte en 2001 des  partitions musicales qui accompagnaient le film et du script original, on put reconstituer près de 30 minutes des scènes manquantes (avec l’aide des photos de tournages de l’époque).

Partition musicale du film

Jusqu’à ce que… En 2008… Le troisième négatif original, celui qu’on pensait perdu à jamais, celui qui n’avait pas été amputé par les Américains et les Allemands, fut retrouvé !
Quasiment tous les plans manquants de Metropolis subsistent désormais, et le film de Lang qui, suite à cette découverte a été restauré, a retrouvé tout son sens originel.

Un monument du cinéma vient de ressusciter, alléluia !

Grandeurs et décadences de la civilisation moderne :

Ce qui frappe dans Metropolis c’est d’abord son gigantisme.
Le projet naquit de la vision qu’eu Fritz Lang de New York, lors d’un voyage trois ans plus tôt. Une énorme cité organisée verticalement, engouffrant ces hommes qui semblent l’avoir dressée vers les cieux, telle une tour de Babel moderne.

Vertiges et disproportions - de New York 1920 à Metropolis

Reproduisant cette vision sur un mode futuriste, la ville de Metropolis présente la même perfection verticale. Des perspectives vertigineuses, où circulent les avions, entre des ponts obliques et interminables suspendus à des centaines de mètres au-dessus du sol.

Parfaite, cette ville ne l’est qu’en apparence uniquement. A Metropolis, l’homme est une fourmi, un simple rouage d’une société à étages. Au sommet les puissants, et dans le ventre de la terre les ouvriers. Avec cette vision radicalement Marxiste et pessimiste, Lang est à des années lumières des voyages naïfs dans la lune des frères Lumières quelques années auparavant.

au sommet la jeunesse dorée, au sous-sol les ouvriers

Dans la plus pure tradition expressionniste, une scène clé déforme la réalité, pour arriver à une image métaphorique : l’énorme machine qui fait fonctionner cette ville et aliène les ouvriers, se mue en monstre qui littéralement les avale.

Quand la machine se fait monstre métaphorique

Outre sa démesure et son pessimisme social, la modernité de cette œuvre réside dans ce qu’elle anticipe du futur cauchemar nazi : race supérieure contre un pan de la population méprisé, culte du gigantisme et de la perfection géométrique. Autant de critères qui, ignorant la moral de l’histoire, firent qu’Hitler proposa à fritz Lang d’être en charge du cinéma de propagande nazi. Lang fuit pour la France le soir même.

Au centre de cette vision social, Lang ajoutera enfin une version non moins moderne de Roméo et Juliette.
Roméo est le fils du chef de la ville, Freder Fredersen. Né avec une cuillère en argent dans la bouche, il tombe éperdument amoureux de Maria, la meneuse de la rébellion ouvrière. Le père de Freder tentera de mettre un terme à leur idylle, ainsi qu’à ce soulèvement populaire, en faisant endosser l’identité de Maria à un robot.
Tout ceci se terminera par la mise au bûcher du robot, duplicata de Maria, pris pour une sorcière.

Tant sur le plan des rapports sociaux qu’amoureux, cette mégalopole gangrène la vie de ses habitants.

 L’influence de Metropolis – Villes fantasmées et cités futuristes :

Cette vision cauchemardesque d’une ville colossale et aliénante s’appuie principalement sur les dessins du décorateur Erich Kettelhut. Il donnera, à la demande de Lang, naissance à une série de dessins préparatoires étourdissants, qui préfigurent l’univers de nombreux futurs films de science fiction.

Les concept art de Kettlehut, toujours aussi moderne après 80 ans.

A l’aide des touts derniers procédés d’effets spéciaux de l’époque, Lang donnera naissance avec fidélité aux visions de Kettlehut.
Les procédés de prise de vue de l’époque, avec miroirs, permettent de composer des images en trompe-l’œil, avec des décors qui semblent gigantesques ; on y anime, image par image, la circulation des voitures et des avions ; on mettra la caméra sur une balançoire, etc.

Autant d’innovations qui firent que dès 1926, visuellement, techniquement et au point de vue du spectaculaire, Metropolis s’affirme comme une œuvre phare pour l’histoire du cinéma, au même titre que Star Wars révolutionna les effets spéciaux dans les années 70.

La filiation avec le film de George Lucas est plus qu’évidente. Qu’il s’agisse de la première ou de la seconde trilogie, l’influence de Metropolis résonne dans la science fiction encore jusqu’à aujourd’hui.

Qu'il s'agisse des costumes...

...des villes...

...ou des robots, la révolution que fut Star Wars ne put se faire que grâce à Metropolis.

Outre Star wars, la liste des films s’inspirant dans leur esthétique de Metropolis est étourdissante. Comme un bon schéma vaut mieux qu’un long discours jugez plutot par vous même :

De la pure science fiction, au manga, l'influence du film est considérable. On pourrait aussi citer les Batman de Tim Burton et Christopher Nolan, ou encore Sin city, pour leurs ambiances de villes gothiques et corrompues.

 La liste est encore longue, et la cinémathèque consacre une rétrospéctive à tout ces films qui ont une filiation avec le film de Fritz Lang: Voici cette programmation.

Les saintes reliques- Exposition événement à la cinémathèque

Reprenant la structure et plusieurs pièces l’exposition allemande inaugurée en 2008, peu après la redécouverte de la 3éme copie du film, la cinémathèque y a joint ses propres pièces.

Très proches de la cinémathèque française, Fritz Lang lui avait cédé nombres de documents en rapports avec le film et sa conception.

L’exposition vous proposera de traverser ces archives et piéces rares en reprenant la structure du scénario de Metropolis : Tout d’abord la cité des fils, puis la ville ouvrière, pour continuer sur la ville haute, Le laboratoire de l’inventeur Rotwang et enfin rejoindre les catacombes pour conclure sur la cathédrale.

Machine sous terraine et base sous marine d'un James bond ?

Il est assez impressionnant pour le cinéphile de base de se retrouver face aux dessins préparatoires originaux de Erich Kettlehut. Ceux-ci sont tellement modernes qu’on pourrait les croire issus d’une futur production hollywoodienne.

Tout aussi captivant sont les nombreux dessins originaux de costumes et de scénes parfois coupées. Datés de 85 ans, ils ont pourtant gardés toutes leur fraîcheurs.

Une section très intéressante nous présente des documents qui nous rappellent  qu’avant le travail de remontage honteux effectué aux Etats unis puis en Allemagne,, le film fut projeté en France dans sa version intégrale pendant une courte période..

Une autre partie est évidemment consacrée à la restauration de cette 3ème copie qui demanda un travail titanesque, et fait l’objet d’un documentaire de 52 minutes qu’on retrouve également sur le DVD qui vient de sortir.

De la bobine miraculeusement retrouvée et endommagée, à l'édition dvd, un travail de titan.

Cette plongée dans le tournage de Metropolis a pour pièce maîtresse un objet venu droit d’Allemagne.

Maria, mariaaaa !

Le mannequin du robot de Rotwang. L’original avait été détruit mais son concepteur en fit une copie en 1970. C’est cette copie qui est superbement présentée au sein d’un jeu de miroir, et d’un effet vidéo dont je vous laisse la surprise.

Autre pièces exceptionnelles, les figures de la mort et des 7 péchés capitaux qui constituent une scène impressionnante du film. Ces objets nous viennent eux aussi directement d’Allemagne.

On ressort de cette exposition aux anges, avec le sentiment de faire parti des rares élus à avoir pu être en présence des saintes reliques du film fondateur de la science fiction.

Je suis remonté sur mon canapé les yeux enchantés, et mon blu ray sous le bras pour m’en refaire une tartine le plus tôt possible.

L’expositon de la cinémathèque, tout comme le film de Lang, aucun doute possible : il faut les voir.

Professeur Wicked

Metropolis, version intégrale, disponible en blu ray et DVD
Metropolis à la cinémathèque Française : du19/11/2011 au 29/01/2012, programme des projections, visites et conférences ici.

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Une réflexion au sujet de « Metropolis – Du film à l’exposition de la cinémathèque »

  1. Article riche et passionnant!…J’irai à cette expo, pour sûr 😀 oui, c’est pas un com très instructif, ni qui amène le débat, mais j’ai passé un très bon moment en le lisant …

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