Insidious de James Wan – Critique film et DVD/ Blu-ray

Un film d’épouvante qui sort en Blu ray/DVD la semaine d’Halloween, vous pensez bien, sur le canapé intergalactique, on n’a pas laissé passer l’occasion! Grand bien nous en a pris, parce qu’Insidious nous a bien mis les chocottes, et ça on adore !

Synopsis :
Josh, son épouse et leurs trois enfants viennent d’emménager dans une nouvelle maison. Un matin, Dalton, l’aîné, ne se réveille pas. Les médecins sont perplexes: il ne s’agit ni d’un coma, ni d’aucune autre maladie connue. Étrangement, une succession de phénomènes paranormaux débute peu après.
Les portes claquent, le baby phone se met à relayer des voix inquiétantes, et les silhouettes d’étranges créatures maléfiques déambulent dans la battisse.
Leur départ de cette maison n’y fera rien, et ce pour une simple et bonne raison : ce n’est pas la maison qui est hantée, c’est Dalton lui-même.

Jeux d’enfants :

Insidious s’inscrit dans la lignée d’un genre très précis de l’horreur, celui des enfants  maléfiques. Ce genre prit naissance en 1960 avec Le Village des damnés de Wolf Rilla .
Basé sur le même principe qui fit l’efficacité de la scène de la douche dans Psychose, la peur naît de la présence d’une menace dans un lieu normalement rassurant. Et quoi de plus rassurant et inoffensif qu’un enfant ?

« Placer le mal à l’intérieur d’un enfant, symbole d’innocence, renforce l’angoisse de ces films ».

Dans ce film fondateur, tout un village perd connaissance quelques instants en même temps (qui a dit « Flashforward » ?!). Neuf mois plus tard, toutes les femmes fécondes donnent naissance à des enfants blonds platines, et à la croissance étrangement rapide, dont un simple regard vous plie à leur volonté (non, Dave n’en faisait pas parti).
Une petite pépite qui poussera John Carpenter himself à en faire un très bon remake en 1995

L'invasion des Hollandais albinos... Entre 1960 et 1995, la recette est toujours aussi efficace.

Placer le mal à l’intérieur même du symbole de la pureté et de l’innocence, voilà une excellente idée qui depuis jalonnera l’histoire de l’horreur.
En 1968, Roman Polanski posera une autre pierre fondatrice à l’édifice du genre, avec le glaçant Rosemary’s baby. Le mal n’est plus dans un enfant, mais dans un foetus dont nous suivrons la mère au cours de la grossesse. Persuadée d’avoir été violée par le diable, elle sombre doucement dans la folie.
Avec ce film, Polanski fait basculer le genre dans une thématique religieuse qui perdurera durant toutes les années 70.

Mia farrow dans Rosemary's baby. Future mère d'un démon ou folle en plein délire ?

Pour preuve, le cultissime L’Exorciste de William Friedkin, sorti en 1973, qui met en scène une adolescente dont le corps se fait posséder par un démon. On appelle alors en urgence un exorciste pour sortir la bête de l’enveloppe corporelle de la jeune fille.
Grandement inspiré par la thématique ésotérique de Rosemary’s baby, il est toujours question de bien de mal, de Dieu et du Diable.

Attention docteur, je crois qu'elle vomit vert fluo en ce moment...

 Le très bon La malédiction de Richard Donner creusera ce même sillon, avec une intrigue où l’ambassadeur des États-Unis à Londres réalise que son fils de cinq ans, Damien, n’est autre que la réincarnation de l’antéchrist.

N'est-il pas charmant ?

Deux suites lui seront apportées, en 1978 et 1981. Cependant, le fait que le fils du diable ne soit plus dans un corps d’enfant, mais dans celui d’un adolescent puis d’un jeune adulte rend le tout moins terrifiant.
Preuve s’il en était besoin que c’est bien le renversement de l’image innocente de l’enfant qui créé le malaise et donc l’efficacité de ces films.

Entre réinvention et tradition:

James Wan, à qui l’on doit la réalisation du premier Saw, connaît ses classiques, c’est une évidence. Il choisit cependant de ne pas exploiter la veine religieuse du genre, et nous place plutôt dans l’inconnu que représente le fonctionnement du cerveau.
Assez logique finalement, pour un film d’épouvante réalisé à l’ère où les croyances scientifiques ont supplantés les croyances religieuses. Dalton, l’enfant du film, n’est donc pas possédé à proprement parlé puisqu’il n’est pas actif. Son corps est inerte, allongé sur un lit.

Ce choix d’éviter le religieux est accompagné d’une mise au goût du jour des anciennes figures récurrentes de ce type de film.
L’exorciste est ici remplacé par une extralucide (une vieille tout de même, sinon c’est moins crédible). La séance de spiritisme classique prend aussi un sacré coup de jeune. Exit les bougies et la planche « Oui-Ja » avec l’alphabet dessus. Ici, la spécialiste utilise un ersatz de masque à gaz relié à des écouteurs qui véhiculeront ses paroles.

Non, ceci n'est pas le dernier clip des Daft Punk.

Pour autant, Wan ne se contente pas de dépoussiérer l’imagerie du genre. Il en reprend aussi les codes bien établis.

« James Wan actualise avec talent l’imagerie classique du genre ».

La mise en images de l’entre-deux monde contient sa dose de sombre brouillard vert (on pense bien sûr à Fog de Carpenter), de tourne-disque rayé, et autres lampes torches qui éclairent mal. Le démon évoque le seigneur des ténèbres « Darkness » dans Legend (Ridley Scott) avec son visage rouge, ses yeux jaunes aux pupilles félines et ses pattes de satyre. 
Quant à son antre, elle est dotée d’une fournaise rouge feu, évocation à peine masquée de la chaudière incandescente située dans le repère de Freddy Kruger.
On retrouve d’ailleurs dans Insidious la même contamination du réel par les rêves, thème central des Griffes de la nuit de Wes Craven.
Autre clin d’œil cinématographique, les deux savoureux geeks  qui accompagnent la médium.

Imposteur ou vrai expert ? Wan joue avec nos références cinéma pour notre plus grand plaisir

Harnachés à un attirail à mi-chemin entre les phasers de S.O.S Fantômes et  le matériel bidon du faux exorciste de Fantômes contre fantômes (Michael J.Fox) de Peter Jackson, on se demande en les voyant s’ils sont dignes de confiance, tant ils nous évoquent nos charlatans préférés.

Critique image :
Le film a été traité avec des couleurs désaturées, tirant légèrement vers le vert et une luminosité assez basse. Ne réglez pas votre téléviseur, tout va bien.
C’est un choix artistique assumé, que l’on devine avoir été fait pour faire correspondre l’atmosphère du monde réel avec celle sombre et verte pâle de l’entre-deux monde. Une manière de nous signifier dès le début que le réel est déjà contaminé par cet autre monde.

Une réalité aux couleurs et à la luminosité contaminées par celle de l'entre-deux monde.

Le piqué de l’image est parfait, et les nombreuses scènes sombres bénéficient d’une profondeur de noir juste assez prononcée pour nous laisser deviner ce qui se cache au fond du brouillard.
Un beau travail de photographie que l’on vous conseille de voir en H.D, si vous en avez l’occasion.

Pour conclure :
En résumé, Insidious c’est un vrai film qui fait peur, bien loin de ceux qui vous invitent à « oubliez tout ce que vous savez » et autre « la peur à un nouveau visage ».
Alors que la plupart des films d’horreurs actuels misent sur toujours plus de gore et de sang, James Wan ne fait pas dans l’épate. Il réalise un film dont la peur vient de l’ambiance et du rythme, ce qui est une agréable surprise venant de l’auteur du très gore et écoeurant Saw.

Même l'apparition du titre du film est flippante...

Ici,  il prend le temps d’installer son film, pour mieux vous prendre au piège du scénario.
D’excellentes références, un rythme maîtrisé, une pincée d’humour décalé, et une fin aussi bluffante que la scène finale d’Inception, la peur en plus.

Espérons que les studios laisseront ce petit bijou en l’état, et ne céderons pas à la tentation d’en faire une franchise en y apportant une suite, comme c’est trop souvent le cas dans l’horreur.
Laissez vous donc tenter par ce film qui, mine de rien, vous emportera doucement vers la peur.
Insidieusement.

 Professeur Wicked

Insidious de James Wan
Avec Patrick Wilson, Rose Byrne, Ty Simpkins
Sortie en Blu ray/Dvd le 25 Octobre chez Wild Bunch distribution

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