John Carpenter: The Master of Horror

Chers passagers du canapé, c’est aujourd’hui Halloween ! Si, si !
  Pour fêter l’événement, nous avons hésité. Une analyse d’Halloween pour sa sortie en blu ray cette semaine ? Ou alors de The Ward, le dernier film de Carpenter sorti en 2010, et scandaleusement absent des cinémas français ?
Une chose était certaine, on ne pouvait QUE parler de John Carpenter en ce 31 Octobre.
Plutôt que de se limiter à un seul de ses films, ce qui serait pêché, nous vous proposons de vous livrer les clés du royaume de « Big John ».

Halloween, Fog, New York  1997, Christine, L’antre de la folie, The Thing, Vampires,  autant de films incontournables qui sont tous dans notre table de chevet intergalactique. Ajustez vos pantoufles, sortez le pop-corn, on part pour un voyage au pays du maître du fantastique !

Le prince des Ténèbres:

S’il y a bien une constante dans la filmographie de Carpenter, c’est le caractère fantastique de ses oeuvres.
Sur 17 longs métrages, seuls 5 ne sont pas identifiables comme étant ouvertement fantastiques ou d’horreur. Pourtant, même quand il décide de filmer une histoire d’amour (Starman, en 1984), ce sera celle d’une veuve avec un extra-terrestre ayant pris la forme de son défunt mari .
Un thriller policier ? Assaut (1976) présentera un gang qui, même aprés avoir été décimé, se relève et revient à la charge.
Un film d’aventures ? Jack Burton dans les griffes du mandarin (1986) est peuplé de forces occultes.

Starman - Mon extra-terrestre bien aimé

Les aventures d’un desperado sans foi ni loi dans une ville désolée, digne d’un western ? Il créera, avec New York 1997 (1981) et  Los angeles 2013 (1996), deux films d’anticipation sur les dérives securitaires de notre société.
John Carpenter n’est jamais aussi à l’aise pour nous raconter sa vision de la réalité qu’en nous racontant des histoires irréelles.

Attention, l'araignée attaque la maquette de la ville !

Cette passion pour le genre, il la tient de sa jeunesse passée en pleine période de guerre froide, et de peur du nucléaire.
Hors de question pour le cinéma d’évoquer cette peur à l’époque.
C’est l’ère des films de créatures issues d’experiences atomiques, seul moyen d’évoquer la peur de la société de l’époque à ce sujet.
Godzilla, Tarantula, L’attaque de la femme de 50 pieds, La chose d’un autre monde, tous sortis dans les années 50, marquèrent la rétine du petit John. Une époque aux films nihilistes et paranoïaques, à l’image de l’écrasante majorité des films que John Carpenter réalisera.

Paranoïa et pessimisme :
Le pessimisme et la paranoïa sont en effet les principales caractéristiques de la filmographie du maître. Cela passe par une présentation de la société très souvent décrite comme gangrenée par un mal qui la ronge de l’intérieur.
Un commissariat assiégé par un gang qui agit en toute impunité dans une ville soumise (Assaut).
Un tueur en serie qui commence par tuer sa propre soeur (Halloween).
Un corps extraterrestre qui possède tel un virus les membres d’un groupe (The Thing).

Devil inside, devil inside, every single one of us has a devil inside !

Des anciens marins pêcheurs fantômes oubliés par une ville égoïste (Fog).
Des villes si violentes, qu’on isole sur une île les prisonniers (New York 1997, Los Angeles 2013 ).

« vision pessimiste de la société, fins ambiguës, Carpenter a souvent rencontré des échecs critiques et publics »

Un monde capitaliste régit par des extraterrestres hypnotisant les humains par la consommation de masse (Invasion Los Angeles ).
Un village où les enfants sont maléfiques (Le village des Damnés), ou encore un esprit martien démoniaque qui prend possession du corps des colons humains (Ghosts of Mars).
Chez Carpenter, le mal vient de l’homme, de sa société, l’ennemi est en nous. Ou s’il n’y est pas encore, il y entrera.

Sad endings :
Pas plus d’espoir du côté des fins de ses films que de leur contenus.
« Big John » le confesse : « Un de mes grands problème, c’est que la plupart de mes fins sont ambiguës et ne sont pas toujours très gaies. Elles mettent mal à l’aise (…), je suis totalement incapable de flatter les sentiments des gens comme le font Spielberg et Lucas. C’est incroyable ce qu’ils arrivent à faire avec leurs fins. »

Attention-Spoilers-

Michael Myers dans Halloween, alors qu’il est vaincu, disparaît mystérieusement; la base dans The Thing explose, unique moyen de tuer « la chose ».
Idem du côté de Christine, même reduite à l’état de cube, la dernière image nous montre la tôle rouge qui commence à se reformer. A la fin de Jack Burton, le monstre réapparaît à la dernière seconde.
Dans Invasion Los Angeles, le héros parvient à révéler au monde le vrai visage des aliens, mais meurt sous les balles.

John Trent ne sortira pas indemne de L'antre de la folie, tandis que Snake Plissken éteint la planète dans Los Angeles 2013.

Dans L’antre de la folie, le personnage principal finit hilare dans un cinéma devant le film de son histoire, nous faisant comprendre qu’il est devenu fou.
Dans Ghosts of Mars, alors que les seuls deux rescapés de l’aventure sont revenus sur terre, le film se clos sur l’arrivée des martiens sur terre.
La plus belle illustration de ce pessimisme est la fin de Los Angeles 2013, où le nihiliste Snake Plissken « éteint » littéralement la planète, annulant tout progrès technologique en un seul clic, avec ses mots « Bienvenue dans la race humaine ».
CLIC -Noir écran- Le spectateur est plongé dans le noir sans un bruit, le cinéma s’est éteint comme le reste du monde du film.
Brillant !

Echecs commerciaux :

Tant de noirceur et de pessimisme font des films de Carpenter des expériences uniques, qui ne caressent pas dans le sens du poil, et nous amènent souvent à réfléchir.
Gros souci pour la carrière du cinéaste, cela implique souvent des échecs au Box Office.
Critiques et spectateurs  préférant entre les années 70 et 2000 le fantastique optimiste d’un Spielberg que l’univers torturé d’un Carpenter.
L’illustration parfaite de ce problème est ce qui se passa lors de la sorti de The Thing en 1982. Arrivant dans les salles le même été qu’ E.T. de Spielberg, le film fût un échec retentissant.
Trop ambigu et sombre, le film de Carpenter sortit en pleine ère Reagan, et comme le dit le réalisateur « plus personnes ne voulait voir les murs recouverts d’affiches avec des monstres horribles ». Cette incompréhension jallonera la carrière de celui que contradictoirement on surnomme « the master of schock » , et l’obligera bien souvent, comme pour son dernier film « The Ward », à tourner avec peu de moyens et à avoir des films peu distribués en salles.

Le plus grand des cinéastes fantastiques de ces dernières décennies est aussi celui dont les films n’ont fait un carton que 10 ans plus tard, en vidéos.

Signé John :
Si l’on y prend garde, on constate que chacun de ses titres de films est précédé de son nom, à la manière d’une marque de fabrique : « John Carpenter’s ».

En sous texte, on y lit la volonté ferme du réalisateur de contrôler ses films du début à la fin, d’assumer entièrement leurs contenus. Il en écrit les musiques, en fait les montages, et les produits.
Cette marque de fabrique « John Carpenter’s » est directement emprunté à son réalisateur préféré : Howard Hawks, icône du western des années 50 .
Or, Carpenter est un fondu de western. Il le dit lui-même « Je suis entré dans ce business pour faire des westerns ».
Regarder du Carpenter sans connaître sa passion pour les westerns, et notamment ceux d’Howard Hawks, c’est un peu comme regarder la saga Star Wars sans connaître la passion de George Lucas pour les courses de voitures…
On se rend bien compte que ce sont de grands films,  mais on passe à côté de beaucoup des subtilités qui ont conduit au résultat qu’on a sous les yeux.

Outre Scarface (1932), que reprit Brian De Palma à la sauce cubaine 80’s,  Howard hawks fût aussi l’auteur de nombreux westerns dont :

La rivière rouge (1948 – le premier choc cinématographique de Carpenter), mais aussi Rio Bravo (1959) et ses deux remakes par Hawks lui-même : El Dorado (1966) et Rio Lobo (1970).

« Fan des Westerns de Howard Hawks et de Sergio Leone, Carpenter en reprend leur utilisation du CinémaScope et leurs figures d’antihéros ».

Réalisé en 1951, là encore par Hawks, The thing from another world  fit l’objet un remake de John Carpenter : The Thing. On y retrouve entre les deux hommes le même goût pour le cinémascope.

Ecran large, l’art du cadrage chez Carpenter :
Le Cinémascope, c’est un procédé de prise de vues et de projection qui consiste à anamorphoser (comprimer) l’image à la prise de vue, pour la désanamorphoser à la projection, de manière à avoir une image très large qui s’adapte parfaitement aux westerns et ses grandes étendues.
Carpenter l’utilisera pour étendre le monde dans lequel évoluent ses personnages, et donc en multiplier les lieux d’où peuvent surgir le danger.
Qu’il s’agissent d’Halloween, et ses vastes rues résidentielles où Michael Myers peut surgir à tout moment, des ruines de Manhattan ou de Los angeles dans lesquels ère Snake Plissken dans New York 1997 et Los Angeles 2013, des couloirs de l’asile dans l’Antre de la folie, des plaines glacées du cercle polaire dans  The Thing, des étendues désertiques de Vampires, ou encore des canyons et galeries hantés de Ghosts of Mars.

The Thing, Ghosts of Mars, Vampires, Christine, Fog. Un cadre large qui permet de construire des images spectaculaires.

Autant de larges espaces où la menace rôde, où les individus sont menacés.
Ne se limitant pas uniquement à créer de large cadres, il sait utiliser avec intelligence la profondeur de champ.
Si John Carpenter aime autant le CinémaScope, c’est aussi parce que, à l’inverse, quand le cadre se resserre sur le personnage, la sensation d’enfermement, et donc l’angoisse, n’en sont que plus palpables. Si vous observez Halloween par exemple, le début du film montre les vastes rues d’Haddonfield et ces lycéennes/baby sitters, puis on pénètre dans les maisons, puis on entre dans les chambres à coucher, pour au final se retrouver dans un placard dans lequel Jamie Lee Curtis est acculée.

Plan large sur les rue de Haddonfield au début de Halloween, pour finir sur la scène finale, enfermée dans le placard. Carpenter sait utiliser l'espace de l'écran comme personne.

La quintessence de ce repli sur soi pour échapper au danger apparaît dans le film somme de Carpenter Ghosts of Mars.
La vaste planète rouge et ses canyons sont maudits, ses colons se sont fait décimer, et les rares survivants sont cloîtrés. Un bel effort mais en vain, dans ce film le mal ne rôde pas autour, il entre en vous ! Mais qu’il est fort ce John !

Action et anti héroïsme :
Autre grand point commun avec Howard Hawks et les westerns : le récit avance grâce à l’action physique des héros.
Carpenter, comme dans les westerns, met en scène des bonhommes, des vrais, des durs, qui se fraient leur chemin à coup de tatanes dans la tronche et de pruneaux dans le buffet.
Snake Plissken, LE cowboy de Carpenter, a un timing à respecter s’il ne veut pas mourir, et la seule manière dont il le respecte, c’est en cognant… Et ça marche !
Idem pour Assaut, Jack Burton dans les griffes du mandarin, Invasion Los AngelesVampires ou Ghosts of Mars.

Rio Bravo de Howard Hawks et son remake urbain par Carpenter: Assaut. Même combat de bonshommes pour se frayer un chemin à travers l'intrigue.

Si les héros de Carpenter ont tous des profils d’anti héros ou de repris de justice, c’est que de l’aveu de Carpenter, dans les westerns, ce qu’ils préféraient c’était le côté bad boys sans foi ni loi des méchants, bien plus intéressants que les héros trop lisses (tout comme sergio Léone avait en son temps encrassé le jeune et lisse Clint Eastwood, issu de la serie western « Rawhide » pour en faire un voyou barbu interessé par l’argent).

Dean Martin dans Rio Bravo, le héros alcoolique, cowboy loser auquel ressemble fort Snake Plissken, et nombres de héros de Carpenter.

La preuve la plus évidente de ce penchant est présente dans ses films les plus récents. dans Vampires, le chasseur incarné par James Woods n’est que bien peu différent de Valek, le big boss des Vampires.

Dans Ghosts of Mars, l’intrigue des martiens qui veulent recupérer leurs terres volées par les colons américains, masque à peine la métaphore du combat des Indiens d’Amérique contre les cowboys des westerns classiques, sous entendant que si on les avait laissé tranquille, rien de tout cela ne serait arrivé.

Le train martien sifflera 3 fois, et les autochtones ne sont pas accueillants !... Toujours en large CinemaScope pour les beaux canyons de Mars.

Faut-il blâmer les colons ou les « sauvages » ?
Distinguer le camp des bons et des mauvais n’est chez Carpenter qu’une question de point de vue. Toujours ce pessimisme sur la nature humaine si cher au réalisateur.

Pour conclure:

John Carpenter vous l’aurez compris est un cinéaste complet.
Technicien, il compose ses cadres avec talent en CinémaScope; cinéphile, il connaît le cinéma de Howard Hawks sur le bout des doigts; compositeur, il compose lui-même toutes ses bandes originales; et visionnaire, au point que ses films subversifs ne sont compris qu’une dizaine d’années après leur sorties. A l’image de son dernier film The Ward, largement critiqué et très peu distribué.
Cela pose un réel problème pour la distribution vidéos de ses films. A cause des petits budgets, et des succès mitigés de ses oeuvres,  les éditeurs vidéos préfèrent attribuer leurs budgets à de gros succès.
Peu d’éditions DVD ou blu ray rendent justice à la maîtrise du cadre de Carpenter.

T’inquiétes pas, John ! Continue à nous faire peur, nous on te connaît bien, et on t’aime comme ça !

Professeur  Wicked

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