Saga Alien- Alien 3- David Fincher- 1992

Synopsis :

La navette de Ripley s’échoue sur une planète pénitentiaire, qui abrite les criminels les plus violents de l’univers.
Organisé comme une confrérie qui a fait vœu de chasteté, l’arrivée de Ripley va semer le trouble dans ce monde aux rituels bien définis. Mais Ripley n’arrive pas seule. Elle devra de nouveau affronter la créature, cette fois-ci sans armes, ni technologie, interdites sur cette planète.

 

Genèse – l’enfer c’est les autre :

Après le succès planétaire de la suite de Aliens, le retour sorti en 1986, la tâche de la Fox ne fut pas aisée. Ce fut inespéré d’arriver à égaler le premier film, qui était considéré comme un chef d’oeuvre, mais apporter au public un troisième opus après deux chefs d’œuvres, relèvait quasiment de la mission impossible.
Or, avoir la pression pour un studio, cela signifie pour les scénaristes et réalisateurs deux fois plus de contraintes.
Narrer le développement du scénario d’Alien3 n’est pas chose plus aisée.

Cela se fit dans le chaos. Au point qu’encore aujourd’hui, alors que le film va avoir 20 ans, David Fincher refuse d’être associé à quelque niveau que ce soit à son film. Pas de commentaire audio, pas d’interview, pas de supervision de la remasterisation pour l’édition blu ray, rien. En résumé, Fincher répudie son film tant le tournage fut un enfer pour lui.

Ce cauchemar nous est néanmoins expliqué en détail dans les bonus du blu-ray par les producteurs et les nombreux scénaristes qui ont travaillés sur le projet. C’est compliqué mais je vais essayer de vous la faire courte.

« La conception du film se fit dans un tel chaos qu’encore aujourd’hui David Fincher refuse d’être associé à son film »

Début 1990, un premier script est commencé par William Gibson, auteur de science fiction reconnu. Le scénario n’inclut que Bishop et Hicks, Sigourney Weaver hésitant encore à rempiler. Ce scénario fut rejeté par la production, qui le trouvait trop proche du premier Alien. L’Auteur Eric Red a été alors embauché, associé a Renny Harlin (58 minutes pour vivre) pour une future réalisation. Mais Harlin n’adhéra pas à l’histoire de Red: exit son scénario.
Ce fut le tour de David Twohy, qui envisageait une planète-prison utilisée pour des expériences biologiques illégales (croisements d’Aliens avec des humains). Manque de chance le réalisateur engagé pour filmer cette version, Vincent Ward, n’aimait pas ce scénario et voulait suivre un autre angle. Son scénario fut celui qui fut le plus développé de cette pré-production.

Il  envisageait que le vaisseau de Ripley s’écrasait sur une planète monastère. Entièrement constituée de bois, ce satellite artificiel de la Terre aurait eu en son centre un noyau constitué par une fonderie.

Dessins préparatoires de la planète imaginée par Vincent Ward, à mi-chemin entre la fourmilière et l’étoile de la mort.

Cette planète aurait été habitée par des moines vivants en totale autarcie, et sans la moindre technologie. Ils auraient évolués dans une architecture de vitraux et des voûte de cathédrale.

Autres dessins préparatoires: les moines et leur cathédrale. Ce satellite gravitant autour de la terre, la lumière du soleil aurait donné lieu à des jeux de lumières sublimes.

L’arrivée de Ripley au milieu de ces hommes chastes constitue pour eux une telle épreuve, qu’ils l’enferment dans un donjon, malgré les avertissements de Ripley à propos d’une créature mortelle arrivée avec elle dans le vaisseau. Lorsque l’Alien se manifeste, il est associé à un démon. La créature finira brûlé dans la fonderie, tout comme Ripley qui porte en elle une de ces créatures.

Dessin préparatoire. Une fois de plus, Ripley aurait fait face à l’incrédulité générale.

Devant le coût astronomique qu’aurait représenté la construction de ces décors en bois, la production voulu changer de nombreux aspects du scénario (ne plus faire que cette planète soit en bois, et la rendre moins « moyen-âgeuse »).

Vincent Ward, tenant à sa vision, claqua la porte pour « différents artistiques ».
Un énorme gâchis, quand on imagine comme ce film aurait pu être esthétiquement et scénaristiquement intéressant.

C’est la production elle même qui poursuivit le remaniement du projet, et reprit des éléments des scripts de Ward (les moines, pas de technologie, la fonderie où Ripley meurt à la fin) et de Twohy (la planète prison) pour finalement accoucher d’une planète prison sans aucune technologie, dont les détenus se comportent comme des moines… Pourquoi pas.

Tu l'as dit Al ! Quelle prise de tête ce tournage !

Au final, David Fincher, alors réalisateur reconnu de clips, fût engagé alors que le script du film n’était pas terminé.
En fait le script fut en réécriture perpétuelle par la production jusqu’à la fin du tournage. Fincher recevait des nouvelles pages au jour le jour sur le plateau. Du jamais vu, et aussi un parfait exemple de comment l’argent peut faire capoter les scripts les plus originaux.

Petite cerise moisie sur ce gâteau pourri, le montage sera refait pendant un an après la fin du tournage, jusqu’à la dernière minute avant la sortie, sans que Fincher ait son mot à dire.

Oui, effectivement il y a de quoi fâcher un homme qui fait son premier long métrage …

Le style Fincher:

Il est évident que face à  tant de remaniements et un tel chaos dans le processus de création, on est bien en peine de trouver une empreinte réelle du réalisateur sur l’histoire elle-même. Fincher, avec si peu de cartes en main, fait ce qu’il peut pour survivre artistiquement et aura tout de même réussit à faire ressortir sa touche visuelle ce qui n’était pas joué d’avance. On retrouve en effet dans Alien 3 l’ambiance ocre/orangée et sombre de ses futurs films.
Que ce soit dans Seven, The game, Fight club ou Benjamin Button, la tonalité des images se retrouve invariablement.

D’ Alien3 à Benjamin Button, l’ambiance orangée sombre jalonne l’œuvre de David Fincher.

« Dés son premier film Fincher affirme son style au niveau des couleurs et du cadrage »

 Autre trait propre à l’ensemble des films de Fincher, l’homme a un goût pour les univers masculins sombres et l’hémoglobine. Pénitencier, scènes de crime gore, club de combats clandestins: peu de place pour les femmes dans ses films (voir le crâne rasé de Ripley qui était son idée), et une bonne dose de sang. Du moins dans les films du début de sa carrière. En prenant de l’âge, Fincher a évidemment mûri et est passé de goûts plutôt adolescents à des thèmes franchement adultes. Il traite dorénavant d’avantage de dynamique sociale et d’enjeux intimistes, comparé à ses premiers films (The social network, Benjamin button).

Autre trait de mise en scène propre à Fincher déjà présent dans Alien 3, la prise de vue en contre plongée. Ce positionnement de la caméra au sol qui pointe vers le haut tend à mettre en valeur le sujet filmé, à lui donner de l’importance. Utilisé de manière récurrente comme le fait Fincher, il confère à la scène une dimension surréaliste, comme sortie d’un monde à la réalité déformé.

De haut en bas et de droite à gauche :Alien 3, Seven (Kevin Spacey), Seven (Brad Pitt et Morgan Freeman), The Game, Panic Room, The Social Network.

Pas de doute à l’image en tout cas, on est définitivement chez David Fincher.

Mêmes ingrédients, nouveau film :

On ne change pas un concept qui marche.
Etant donné les déboires scénaristiques précédemment évoqués, on comprend mieux que ce troisième opus pioche grandement dans les traits marquants des deux films précédents. On revient donc aux sources avec, comme dans le premier film, un seul Alien qui chasse, et comme dans le second film des myriades de couloirs où, oh bonheur, on peut jouer à cache-cache Alien jusqu’à plus soif !

Le thème de la Wayland Company, qui fait passer l’importance de ramener un alien vivant avant la valeur des vies humaines, est lui aussi repris de manière récurrente à travers tout le film. Tout d’abord par la voix de Bishop, brièvement rebranché (comme l’avait été Ash dans le premier Alien ), puis par Ripley qui elle, sait pertinemment que la Wayland Company se moque de sauver les détenus.

La touche d’originalité sera l’apparition du concepteur de Bishop, sa version humaine, et donc corrompue. Un clin d’œil intéressant au film précédent.
Au final, bien que d’une facture correcte, on regrette tout de même le manque d’originalité du film. On ne peut s’empêcher de regretter le film que cela aurait été, s’il avait été basé sur la planète de bois imaginée par Vincent Ward.

 Echec de la famille :
La famille était le nœud de l’intrigue des deux premiers Alien.
Dans Alien, le 8ème passager (voir notre article), le sujet était la mère (le vaisseau mother, la créature qui sort du ventre,etc.).
Dans le second, Aliens, le retour (voir notre article), Ripley apprend que pendant ses 57 ans d’hyper sommeil, sa fille restée sur terre est morte, et adopte une orpheline rescapée, Newt.
Le film se clos sur la création d’une famille recomposée : Ripley, Hicks et Newt, aux côtés de Bishop, s’en vont à la dérive dans l’espace.
1992, début de la démocratisation du divorce dans la société et signe des temps, la famille recomposée a échouée. La navette s’est écrasée sur une planète hostile, tuant Hicks et Bishop sur le coup. L’Alien embarqué à bord a tué Newt.

Ripley, de nouveau orpheline, comme au début d'Aliens, le retour.

« Mis en échec, le modèle familiale va devoir se réinventer et muter « 

Preuve flagrante de cet échec familial, alors que Newt  sautait au cou de Ripley à la fin d’Aliens, le retour en s’exclamant « Maman ! », lorsque le médecin légiste lui demande si c’était sa fille, Ripley répond après hésitation « Non… ». Hicks et Newt  seront incinérés dans la fonderie au début du film, Ripley les rejoindra à la fin.
Le film s’achève comme il a commencé, avec la mort de la figure maternelle, la famille a définitivement péri.

La mére rejoint le père et la fille.

De même, la famille que formait les Marines d’Aliens le retour a fait place à une confrérie d’ex-meurtriers et violeurs, nettement moins sympathique. Bien qu’ils citent la Bible, utilisent un langage religieux, et s’appellent « frères » entre eux, ce qui les réunis en fait est leur violence latente. Tout comme dans le film précèdent, ils répondent de leurs actions auprès d’un père de substitution, qui les encadre tant bien que mal. Irrévocablement vaincue, la famille va donc muter.

Mutation de la famille:

C’est en cela que cet épisode de la saga est important. Il marque la fin de la famille humaine au profit de l’apparition de la famille Alien.
Comme nous en parlions dans notre article sur Alien, le 8ème passager, cette saga n’a de cesse de mettre en scène le combat d’une race pour sa survie… Que l’être le plus évolué l’emporte ! C’est chose faite dans ce film. L’Alien a vaincu. L’évolution suit son chemin.
En pondant une reine en Ripley, il fait d’elle le chaînon manquant entre l’Homme et l’Alien: un être humain porteur de l’avenir de la race des Aliens.

Chez les Aliens comme chez les humains, une femme enceinte ça se respecte !

La mère qui a perdu deux petites filles devient la future mère de la reine Alien. Et à ce titre, lui confiera  « N’aie pas peur, je fais partie de la famille ». Cela entame la mutation ultime qui sera exposée dans Alien résurrection, où Ripley, reconstituée par une nouvelle compagnie, tout aussi folle que la Wayland, à partir d’A.D.N récupéré sur les parois de la fonderie.Elle sera un mélange d’Alien et d’Homme… L’être parfait, l’aboutissement de l’évolution. Mais ça nous le verrons bientôt…
Avec l’analyse D’Alien Résurrection.

Professeur Wicked

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