The Lady de Luc Besson – Si loins, si proches

Synopsis :

C’est l’histoire d’une vie de combat. Celle de la fille du leader de la libération birmane, Aung San (assassiné en 1947), Aung San Suu Kyi.

Elevée en Grande-Bretagne, elle fera ses études à Oxford. En 1988, alors femme d’un professeur d’histoire, Michael Aris, et mère de deux enfants, elle  rentre en Birmanie, pour soigner sa mère malade.
 Elle y fondera la même année, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Cette organisation non violente, en faveur de la mise en place d’un régime démocratique rencontre un tel succès auprès de la population, que la junte militaire au pouvoir assignera Suu Kyi à son domicile birman, l’empêchant de revoir mari et enfants, repartis en Angleterre.

Besson et les femmes :

Luc Besson, c’est un peu notre James Cameron à nous. Il a une légère obsession pour les parcours initiatiques de femmes. Ses films mettent en scène invariablement des femmes à priori fragiles, au départ peu sûres d’elles, mais qui au fil du film vont affirmer leur caractère fort, l’arme au poing.

Nikita, Mathilda dans Léon, Leeloo dans Le 5ème élément, Jeanne d’Arc: elles ont toutes cette faiblesse initiale qu’elles dépasseront en prenant les armes.

A l’inverse, le parcours initiatique d’Aung San Suu Kyi se fait de manière pacifique. Ses modèles: Martin Luther King et Gandhi, ses armes : la persévérance, et l’entêtement (par opposition à la Junte militaire qui use de la force).

Cela dit, on imagine évidemment mal le scénario partir en vrille avec Aung San Suu Kyi qui sauterait sur un fusil à pompe pour dégommer les généraux. Mais cette nouvelle orientation que semble prendre Besson avec ce film (en attendant qu’elle se confirme par la suite) est d’une très bonne augure.
Car oui, The Lady est une très belle fresque historique.

Besson, l’âge de raison ?
Le pacifisme qui l’emporte sur la force dans un film de Besson, ça c’est une surprise.

En dehors du fait que généralement dans ses films ce qui fonctionne, c’est plus le coup de feu que la sérénité, le genre abordé est aussi un changement dans la carrière du cinéaste.
Besson nous avait habitué soit à des divertissements (trilogie Arthur et les Minimoys), à des films de gangsters (Nikita, Léon), ou à des univers fantasmagoriques (le 5ème élément, Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-sec).

En matière de film biographique, on peut bien sûr se remémorer son premier grand succès, Le Grand Bleu, certes inspiré de la vie de Jacques Mayol, mais très romancé. Ou aussi Jeanne d’Arc, mais là encore on est plus dans l’Hollywoodien que dans la fidélité historique.
Une nouvelle ère plus sérieuse s’amorcerait-elle ? Réponse normande : Oui et non.
Déjà, Luc reste Besson.
Dans les moments où il faut présenter la menace militaire, on retrouve des tics de réalisation qui nous font penser immédiatement à Léon ou Nikita :
– caméra en contre-plongée, filmant au ralenti les méchants militaires qui arrivent pour tuer le père d’Aung San Suu Kyi au début du film.
– musique évidemment de Eric Serra, qui en rajoute une couche par dessus pour bien enfoncer le clou.

Des méchants très "bessoniens" dans leur traitement.

Besson ouvre son film comme le réalisateur de gros action movie qu’il est. C’est loin d’être subtil et on a peur pour la suite du film.

Et puis passé cette exposition musclée, il semble trouver le ton juste de son film.
Il s’agit avant tout d’une histoire d’amour, d’autant plus belle et incroyable qu’elle est vraie.

Besson se calme et prend alors le temps de poser sa caméra pour observer le parcours de ce couple, qui sacrifiera son bonheur familial pour celui du peuple birman.

Le combat de son mari Michael Aris, resté en Angleterre, remuant ciel et terre pour arriver à faire intervenir les institutions internationales. La dignité de ses deux fils, qui gèrent comme ils peuvent l’absence de leur mère qu’ils ne verront que quelques fois en 10 ans.
Et l’amour indéfectible qui unit ces 4 là. Tout cela est réellement poignant, en plus de forcer le respect.
Pour être honnête, à plus d’une occasion on se retrouve avec une boule dans la gorge. Devant un film de Besson, c’est assez rare pour l’apprécier.

De la réalité à la fiction :
Traiter de la vie de personnes réelles mais qu’on ne peut pas consulter, voilà la difficulté à laquelle à été confronté le réalisateur pour la réalisation de son film.
Aung San Suu Kyi a été libérée de son assignation à résidence en novembre 2010, vers la fin du tournage et son mari, lui, est décédé il y a 13 ans.
Servi par un script fidèle aux faits historiques, il a approfondît ce dernier avec son équipe grâce aux livres consacrés à la militante.

Pour cette scène véridique, dont aucun témoin n'a pu être trouvé, Besson a dû faire preuve d'imagination. On sent que son inconscient l'a orienté vers le classique de Marc Ribou.

Le travail des acteurs contribue aussi à l’authenticité de l’histoire.
Michelle Yeoh est habitée par le personnage. C’est elle qui a amené le projet à Besson, et son implication, qui a été jusqu’à l’apprentissage du birman, est palpable dans chaque plan. Une belle performance d’actrice.

Notre petit chouchou de David Thewlis (Lupin dans les Harry Potter) est fidèle à lui-même : exceptionnel. Tout en flegme britannique, il joue à la perfection sur les registres du gai désespoir. Fou d’amour pour cette femme dont il partage le combat, mais si peu la vie, on le sent fier et triste à la fois. L’acteur s’est même entretenu avec le frère jumeau de Michael pour apprendre à connaître le personnage.

Michelle Yeoh, et David Thewlis: du très beau travail d'acteur.

Quant au tournage, autre difficulté: il était interdit par la junte militaire sur le sol birman. L’équipe a donc tourné à la frontière du pays, côté thaïlandais, pour se rapprocher des paysages birmans. Besson s’est aussi muni d’une petite camera HD pour voler quelques plans en Birmanie, filmés en cachette.

Luc Besson, cinéaste militant (le film est soutenu par Amnesty International), intimiste et émouvant. C’est nouveau… Et c’est beau.

The Lady de Luc Besson, avec Michelle Yeoh et David Thewlis,
sortie en salle le  30 Novembre 2011.

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