Time Out De Andrew Niccol- Le temps c’est de l’argent

Le réalisateur de Bienvenue à Gattaca, un de nos films chouchous sur le canapé, revient cette semaine au cinéma avec Time Out.
On a ajusté nos montres, serré nos chaussures et on l’a vu pour vous.
3,2,1…Oups t’es mort !

Synopsis :
Dans un futur proche, face à la surpopulation mondiale, les hommes sont génétiquement modifiés pour ne vivre que 25 ans. Dans ce monde, le temps a remplacé l’argent.
A partir de cet âge limite, il faut « gagner » du temps, comme on gagne de l’argent, pour allonger son temps de vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d’années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d’échapper à la mort. Will Salas (Justin Timberlake qui confirme qu’il est un bon acteur), habitant d’une zone pauvre et accusé à tort de meurtre, prend la fuite avec une otage qui n’est autre que la fille de l’homme le plus riche de ce monde (Amanda Seyfried). Le compte a rebours pour prouver son innocence est lançé.

Andrew Niccol, Anticipation Man :
Time Out 
fait partie de la catégorie des films de science fiction qu’on appelle films d’anticipations. L’anticipation correspond à des œuvres dont l’action se déroule dans un futur proche et hypothétique. On y retrouve des représentations liées à des sociétés humaines prophétisées : utopies ou dystopies, pouvant respectivement libérer ou asservir l’humanité.

Les exemples les plus notables sont Brazil (1985) de Terry Gilliam, tiré de 1984 de George Orwell, Soleil Vert (1973), et Bienvenue à Gattaca (1997) tiré du Meilleur des mondes de Aldos Huxley.

Plus récemment des films comme Equilibrium (2002), Les fils de l’Homme (2006), ou Repo men ( 2010) s’attaquent au genre, avec plus ou moins de réussite.

Des plus classiques aux plus récents, quelques exemples des films d'anticipations les plus marquants

La même paranoïa d’un futur incertain et oppressant pèse sur ces films. Ayant lieux dans des sociétés à deux vitesses (riches/pauvres), ces films montrent que c’est l’Homme qui, par son mode de vie, créera son propre malheur.
Ces films sont donc par définition critique sur notre société et véhiculent un fond de message sur celle ci.

Libre ensuite au réalisateur d’utiliser ce thème pour livrer une critique acerbe du monde actuel (Soleil vert est une critique violente de notre société de consommation) ou de l’utiliser juste comme une trame un peu sombre pour livrer un film d’action classique sans plus de profondeur que ça (Repo Men).

De Soleil Vert et sa critique de la société à Repo Men qui se limite à l'action. tout dépend des choix du réalisateur

Andrew Niccol est un adepte de ce genre. Il a en effet réalisé Bienvenue à Gattaca qui critique la quête de la perfection, et S1m0ne, qui mettait le doigt sur les failles de nos technologies numériques nouvelles. En tant que scénariste et producteur aussi, on retrouve ce thème récurrent chez lui. The Truman show portait le même regard critique sur notre société cette fois ci concernant l’omniprésence des médias dans nos vies. C’est donc sans surprise qu’on le retrouve aux commandes de ce film, qu’il a également écrit.

 « Et si… » :
La qualité du concept (ou pitch) d’un film d’anticipation dépend toujours de la pertinence du postulat qu’il pose, de la qualité de son « Et si… ». Et si les femmes n’étaient plus fécondes ?(Les fils de l’Homme) Et si la pollution avait tuée tous les animaux et détruit la nature ?(Soleil vert) Et si les émotions étaient interdites?(Equilibrium)

Niccol part du problème actuel de la surpopulation (le cap des 7 milliards d’êtres humains sur la planète vient d’être atteint cette année) pour poser sa critique de la société.

«  Et si… ». Et si le temps était littéralement de l’argent ?

Le réalisateur va jusqu’au bout de son idée et le parallèle temps/richesse devient alors une métaphore troublante sur le pouvoir de l’argent dans nos vies réelles.

Les travailleurs sont payés en temps, quand ils ont une augmentation ils ont donc  plus de temps à vivre qui leur est procuré. Donc plus de pouvoir d’achat. Les boissons, la nourriture, les voitures, tous les achats se font par débit direct sur le poignet, ce qui vous enlève du temps de vie.
Tout comme l’argent, plus vous en avez, plus vous pouvez acheter sans craintes. La réciproque est valable aussi, sauf que quand on atteint zéro, c’est la mort.

Autant dire que personne n’est à découvert … Puisqu’ils sont morts.

Cette manière de faire de la misère financière un synonyme de mort est bien vue.
Les morts gisent dans la rue, faute de temps à vivre, tout comme les SDF meurent sur nos trottoirs, faute d’argent. Dans les deux cas, le spectacle en est devenu si quotidien qu’on ne le remarque même plus.
La métaphore se poursuit dans l’organisation même des quartiers de la ville. Plus d’arrondissements, de villes ou de banlieues. Juste des « Time zone », organisées en cercles concentriques. Au centre  Greenwich, le quartier ultra riche, peuplé de quasis immortels; et à l’extérieur, les pauvres qui vivent au jour le jour, courant après les minutes en plus. Au centre de Greenwich, on a le temps de vivre, on ne court pas. La quiétude des riches contre le poids du quotidien des pauvres, comme dans la réalité.
Une métaphore en forme de critique de notre société, quand on constate la différence de loyer en lointaine banlieue et ceux au centre des grandes villes, réservés à une élite sociale.

Cours vite !
Voila pour le concept de départ, qui est tout de même, je le répète, rudement futé et bien vu. Alors qu’en est-il du résultat final ?
Un film où les personnages courent contre la mort, forcément le rythme est soutenu. On imagine mal notre héros, compte à rebours au poignet, s’asseoir sur une plage pour contempler la lune. Non, il va plutôt nager pour en profiter, car on ne sait jamais, il pourrait mourir bientôt.
Tout le film est donc soumis à cette loi de la rapidité et se fait en flux tendu, sous pression.Le rythme et l’action y gagnent ce que la profondeur y perd.

mais arrête de courir justin peu !

On est bien loin ici du très contemplatif et hypnotique Gattaca où tout le film était rythmé par la lente construction de la supercherie du héros, qui là aussi aspirait à une meilleur condition sociale.
Tout comme Repo men, Time out  lorgne plus du côté de l’action movie que du pamphlet sociétale.Et c’est là notre plus grand regret.

On retrouve certes la photographie très léchée de Andrew Niccol (le décompte digitale vert brillant offre des images très intéressantes), mais avec un concept d’une telle originalité et un réalisateur qui maîtrise à merveille l’anticipation, on aurait bien aimé plus d’épaisseur dans les personnages, plus de temps d’exposition.

un concept original qui donne de belles images comme Niccol sait les faire

Tout est simple, s’enchaîne très vite et semble un peu téléphoné. Besoin d’une motivation pour le perso ? Hop on fait mourir sa mère dans ses bras 10 minutes aprés le début. Besoin d’un otage ? Hop, la fille du plus riche des hommes de ce monde… Comme disaient Les Nuls : « oh ben ça, ça tombe bien alors ! ».
Le « méchant » poursuit Will, mais se réduit à son simple rôle de poursuivant, on n’apprendra rien de plus sur lui.
La fille qui accompagne Will fait figure d’une fille de bourge qui veux s’encanailler.
Et will evidemment passe de citoyen sans histoire à robin de bois en un claquement de doigts.

Ce sentiment de facilité continuel nous laisse un goût d’inachevé, de trop grande rapidité, même si justement cette rapidité nous crée un film parfois très efficace.

Tiraillé entre une admiration pour le sujet et le survol par moments de son traitement, on ressort toutefois convaincu que Niccol est décidemment un très bon scénariste…À qui il reste quelques progrès à faire en réalisation, mais on lui pardonne volontiers.
Car Time Out n’est certes pas son meilleur film (la barre est haute),  mais est définitivement un des films d’actions les plus réfléchis de cette année.

Allez, cours Justin ! COUUUUURS !

Time out de Andrew Niccol avec Justin Timberlake, Amanda Seyfried
sortie cinéma cette semaine

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