Boardwalk Empire – La ciné-série de Martin Scorsese

Boardwalk Empire: The Birth, High Times and the Corruption of Atlantic City c’est d’abord un livre. Ecrit par Nelson Johnson, il a suscité l’intérêt de Terence Winter, scénariste et producteur d’une petite série appelée Les Sopranos (une broutille quoi).

En charge de l’adaptation et de la production notre petit Terence a dû sentir le poids du Kilimanjaro s’abattre sur ses épaules quand Mr Martin Scorsese (gloups), lui manifesta son envie de s’investir dans le projet.
Avec un titre de bouquin, un scénariste et un cinéaste pareil, les fans de films de gangsters se sont mis à faire des bâtons sur les murs en attendant la diffusion du premier épisode.
Il faut dire que le sujet du dit bouquin semble avoir été tiré d’un des films de Marty .
Jugez plutôt.

Synopsis :
1er janvier 1920, Atlantic city.
Tandis que le Volstead act vient d’entrer en vigueur, mettant en place la prohibition aux Etats-Unis, une bande de joyeux notables tous plus véreux les uns que les autres célèbrent ce décret qui va faire leur fortune, grâce à la vente illégale d’alcool.
A leur tête Nucky Thompson (Steve Buscemi) le trésorier de la ville, sans qui ne passe pas une décision ni un pot de vin, chapotera tout ce trafic à venir.
Mais la vie de politicien et de gangster n’est pas un long fleuve tranquille. Son ancien protégé Jimmy Darmmody qu’il a élevé comme un fils, revient de la 1ére guerre en Europe changé.
Pour prouver sa valeur il organise un braquage dans les bois avec un autre jeune aspirant gangster, un certain Al capone. Mais le braquage tourne mal et la police commence à remonter la filière jusqu’à Nucky.

Une série Scorsesienne :

Oui, vraiment du pain béni pour Scorsese qui, on le pensait, avait déjà tout dit sur l’histoire du gangstérisme américain.

Grosse erreur, car s’il s’est intéressé à l’émergence des gangs avec Gangs of New York, à la mafia des années 50 à 90 (Les Affranchis, Casino) , jusqu’à nos jours (Les infiltrés) il manquait à Scorsese un film sur la prohibition, pourtant incontournable dans l’histoire de la pègre, et si bien mise en scène par Sergio Léone dans Il était une fois en Amérique.

Scorsese et Steve Buscemi sur le tournage du pilote. La classe !

 Pour combler ce vide (et ravir ses fans), Marty réalisera le tout premier épisode de cette série qu’il produit en parallèle.

Et alors là mes amis, c’est juste du petit lait ( frelaté bien sûr ! ).
Il faut dire que HBO a mis le paquet. Avec un budget de 18 millions de $, ce pilote réalisé par Scorsese est le pilote le plus cher de l’histoire de la télévision, dont une grosse partie utilisée pour la reconstitution fidèle de la dite promenade en bord de mer (Boardwalk) et de ses magasins.

La fameuse promenade du titre. Un bijou de reconstitution.

 La pâte du maître est indéniable et puisqu’il est aux manettes du premier épisode, tout les choix capitaux sont passés par lui. Décors, mise en scéne, choix des acteurs, Boardwalk Empire est imprégnée de l’univers de Scorsese.

– la précision historique est telle qu’on se croirait dans Gangs of New York au niveau de la fidélité de la reconstitution
– de longs plans séquences virtuoses dont seul Scorsese à le secret.
– des personnages attachants mais à la morale ambiguë
– des histoires de machinations, de trahisons
– une œuvre qui se base sur une histoire vraie, ici le livre qui raconte l’histoire de Nucky Johnson (transformé en Thompson pour la série) et de la période de la prohibition à Atlantic City.
– un générique à la musique trés rolling stonienne. Scorsese est ultra fan des Stones (d’où son doc sur le groupe Shine a light) et aux premiers accords on se demande si Mick et Keith ne sont pas à la B.O (mais en fait non).
Avec une durée de 1h13, on est quasiment face à un long métrage, qui met en haleine pour le reste de la saison à venir.

Un premier épisode qui tient plus d’un long métrage de Scorsese que d’un simple pilote. Un vrai bonheur.

 Tout n’est pas parfait non plus. Après un tel premier épisode, il faut arriver à rester à ce niveau de perfection de mise en scène, et tout le monde ne s’appelle pas Scorsese

On ressent dans certains épisodes un problème de rythme. A dire vrai, et tout machisme mis à part, ce sont tous les passages qui traitent du quotidien des femmes des gangsters qui sont mous du genou.
La manière dont elles s’ennuient chez elles, leurs disputes avec leurs hommes, leurs rêves déchus. C’est bien tourné, bien écrit mais ça casse complètement le rythme de la série. Pire ça ne sert à rien, car ces scènes n’ont aucunes incidences sur les intrigues principales.
A bien y regarder ce sont les épisodes non scénarisés par Terence Winter qui font les frais de ces lenteurs là.
Un bon conseil donc : passez aux scènes suivantes sans états d’âme, vous ne vous en rendrez même pas compte (et puis après tout la touche chapitre suivant du lecteur DVD sert à ça non ?).
Mais c’est sans doute là la seule ombre au tableau.

Série de lithographies promotionnelles pour la première saison. Baaaaave !

 Les intrigues sont très bien gérées. Alors qu’on pourrait craindre de se perdre dans les méandres des noms des nombreux gangsters, des machinations, des jeux d’influences, il n’en n’est rien, grâce au petit résumé de début d’épisode. Bien foutus ils nous rafraichissent la mémoire juste ce qu’il faut pour commencer le nouvel épisode.

La galerie des nombreux personnages justement (houlalala transition maaan !) c’est sans doute la plus grande qualité de la série.
James Darmody (Michael Pitt) le jeune qui a tout à prouver surtout à lui même, Chalky White (Michael Kenneth Williams) le parrain de la communauté noire en prise avec le Ku Klux Klan, ou encore l’agent Nelson Van halden ( Michael Shannon ) agent du bureau de la prohibition « légérement » catholique fanatique. Et encore je vous la fais courte. Voila un petit aperçu.

Une galerie de personnages principaux et secondaires impeccables

Un gros coup de coeur pour Steve Buscemi (Nucky Thompson) qu’on adore sur le canap’. Il est absolument parfait, et incarne à merveille le héros scorsésien par excellence, manipulateur et calculateur mais aussi  avec des faiblesses profondément humaines.

« Si tu veux être un gangster dans ma ville, alors tu devras m’en payer le privilége !  » Steve Buscemi tiens enfin un rôle à la hauteur de son immense talent. Scorsese lui même l’a demandé pour ce rôle. Bonne pioche !

 Notre palme du meilleur second rôle revient elle à Jack Huston.
Vétéran de guerre défiguré il porte un masque couvrant la moitié de son visage, tel le fantôme de l’opéra, il incarne Richard Harrow.

Richard Harrow, héros tragique et implacable, Le fantôme de l’opéra pendant la prohibition. Une grande réussite.

Mi-vivant, mi-mort, à l’image de son visage,son personnage a la voix roque éraillée par les blessures, plein de retenue et de détresse mais aussi de froideur implacable en affaire.
A eux seuls, Nucky et Richard rendent le visionnage de la série indispensable.

Par sa précision historique, ses décors, ses costumes, sa mise en scéne exceptionnelle (on regarde un film, pas une série), et une interprétation impeccable des acteurs, Boardwalk Empire a reçu un accueil critique et public extraordinaire avec 18 nomination aux Emmy awards dont 8 remportés.
Dés la diffusion du premier épisode HBO, pas fou, a commandé une seconde saison qui est en cours de diffusion aux Etats unis, et qui déchire tout car les problèmes de rythme ont été résolus.
Une troisième saison a été confirmée en Octobre 2011.
Il est des séries qui marquent l’histoire de la télévision. Boardwalk Empire, vient d’en rejoindre le club très fermé.

Martin Scorsese dit à propos de cette série ce qu’on évoquait dans notre article sur les nouvelles séries des networks américains:
« Ce qui arrive depuis les dix dernières années, particulièrement à HBO, c’est ce que nous avions espéré au milieu des années soixante . Faire un nouveau genre de films faits pour la télévision. Nous avions espéré qu’il y aurait cette sorte de liberté et aussi la capacité de créer un autre monde, des personnages et des histoires sur la durée. « 

Tu l’as dit Marty !

Boardwalk Empire, Coffret intégrale saison 1- sortie le 11 janvier 2012
Saison 2 actuellement en diffusion sur Orange cinémax

Coffret de pré réservation avec Le livre Boardwalk Empire: The Birth, High Times and the Corruption of Atlantic City déjà disponible

Professeur Wicked

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