Les Aventures de Tintin, le secret de la licorne- Critique à tête reposée !

Pour évacuer immédiatement ce consternant débat tintinophile sur les méfaits d’une adaptation 3D de Tintin, je souhaite vous informer que, oui, je suis un fan de Tintin qui a, comme beaucoup, appris à lire avec ses albums. Je suis également un énorme fan de Spielberg depuis tout jeune et je précise que je considère une adaptation comme une œuvre qui se doit de se réapproprier son matériau d’origine pour mieux s’en détacher.

Un bon mélange :

Les différents scénaristes qui ont œuvrés sur cette adaptation ont mélangé 3 albums du petit reporter à la houpette (Coke en Stock, Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham Le Rouge). Il est vrai que le résultat est virtuose dans son rythme, qui ne faiblit quasiment jamais. Les personnages sont esquissés avec force et imprime une psychologie immédiatement assimilée par le spectateur. L’humour est, bien entendu, omniprésent.

Indiana Jones et le temple maudit : précurseur du Tintin de Spielberg

On regrettera cependant, dans cette logique de « fuite en avant » du récit, le manque de profondeur de l’histoire. Hormis l’énorme « Grand-huit », syndrome du « Wagonnet du Temple Maudit », qui grise immédiatement l’esprit sur l’instant, il ne restera pas grand chose de la vision de ce film.

Ce qui faisait le charme suranné du Tintin de BD était qu’il était témoin du monde et que chaque album rendait compte d’une réalité qui allait bien au-delà de l’imaginaire d’Hergé: Tintin au Congo témoignait du colonialisme; Le Sceptre d’Ottokar, la notion de dictature, Les 7 Boules de Cristal, le pillage d’objets précieux dans les tombes millénaires. Le reporter faisait tout simplement son boulot.

Ici, rien de tout cela si ce n’est la mise en avant d’un argument étonnant, moteur de l’histoire : l’alcoolisme.

Alcool, Délire et Mac Guffin

Concrètement, sans l’alcoolisme du Capitaine Haddock, l’histoire ne pourrait pas avancer. C’est en plein délire que notre cher capitaine dénoue les fils d’une intrigue qui prend ses racines des siècles auparavant. Même Milou en arrivera à obliger le Capitaine à se saouler pour poursuivre le récit.

Les flash-back apparaissent avec panache, perçant le présent des personnages. Ces moments de rêves offrent un spectacle jouissif rendant terne les batailles navales de Pirates des Caraïbes. Doit-on croire que l’alcoolisme a du bon ?

Cette part du récit reste pourtant accessoire. Ce qui motive les personnages sont les trois manuscrits de la Licorne à l’instar du carnet de notes du père d’Indiana Jones dans La Dernière Croisade. On pense à la notion de « MacGuffin » inventée par Hitchcock : il faut une raison pour motiver les personnages et faire avancer le récit. La raison elle-même n’est pas importante.

De la 2D à la 3D

Le générique d’ouverture du film montre la silhouette de Tintin et Milou, virevoltant dans une petite aventure qui fait immédiatement penser à celui d’un précédent Spielberg : Attrape-moi si tu peux. La référence à Saul Bass, créateur des génériques de Vertigo et North by Northwest de Hitchcock, ne peut en aucun cas passer inaperçu au cinéphile averti.

La fin de ce générique voit Tintin apposer l’une des boules de cristal de ce mini récit sur le « i » de Spielberg pour ensuite nous entraîner au cœur de la palette d’un peintre qui se révèle être Hergé lui-même, en 3D. Celui-ci offre le portrait de Tintin, en 2D et en ligne clair, à ce nouveau Tintin réinventé. Passage de relais aussi jouissif que pédant, le récit démarre par la suite.

Spielberg avait découvert Tintin après avoir réalisé Les Aventuriers de l’Arche Perdue. En effet, les concordances entre les deux héros sont flagrantes. Une rencontre avait même été prévu entre Hergé et Spielberg, rencontre qui n’eut jamais lieu à cause de la mort du papa de Tintin. Les deux hommes avait déjà discuté d’une adaptation, les droits furent réservés au cinéaste selon les désirs d’Hergé.

Spielberg a longtemps réfléchi sur la manière dont ce héros de BD devait être adapté. D’abord prévu en live, c’est le succès d’Avatar et l’arrivée de l’alter ego Peter Jackson qui orienteront le cinéaste vers la 3D.

Une planche de Sin City, la BD

Le choix n’est pas anodin. Cela fait un petit moment que différents cinéastes planchent sur le meilleur moyen d’adapter une BD. Ainsi Robert Rodriguez avait réussi un pari esthétique avec Sin City qui souffrait malheureusement d’un sérieux manque de rythme. Malgré quelques idées de mise en scène bienheureuses, l’adaptation quasi littérale de la case en plan trouvait vite ses limites.

On oubliera poliment l’adaptation d’Ang Lee sur son Hulk, trop formelle et parfois grotesque dans son traitement (Remember les Caniches Géants, nom de diouss!).

Le Spiderman de Sam Raimi jouait avec virtuosité de la grammaire cinématographique et engageait l’idée de « traduction » du langage BD plutôt que d’une adaptation littérale. Avec lui arrive une iconisation qui a lieu dans le mouvement : c’est à dire qu’une image marquante s’insère dans le récit sans perdre le rythme de la mise en scène. Tout le contraire d’un Catwoman du médiocre Pitof qui, lui, n’avait d’yeux que pour l’iconisation à outrance en s’appesantissant sur les images marquantes.

La mise en scène de Spielberg se jouera de ces questionnements dans un environnement virtuel qui permet toutes les audaces.

Mise en scène virtuose
C’est la mise en scène qui est au cœur du Tintin de Spielberg.
On connaît tous le talent de conteur de Spielberg qui joue avec l’espace, la profondeur, les signes et les reflets. Toujours ludique, cinéphile et astucieux, Spielberg démontre une curiosité hallucinante avec l’environnement 3D.

Ainsi, en début de film, la caméra se pose sur la vitre d’une armoire. On y voit le reflet du héros ouvrir la porte quasiment de face, la caméra panote vers la gauche et l’on se rend compte que la dite porte se situe deux mètres plus loin. L’espace hors champ est transformable à l’envi. Spielberg y puise une nouvelle grammaire tout à fait passionnante.

Invisible pour le spectateur, le cinéphile pourra pointer toute la subtilité de cette mise en image : Les balancements de la caméra sur le Karaboudjan, l’omniprésence des reflets tout au long du récit et l’environnement qui sert le récit en se dilatant où en se rétractant selon les besoins.
Tout reste vraisemblable grâce au rythme, toujours rapide voire peut-être trop.

Pour en finir avec Spielberg

Spielberg avait amorcé un virage vers l’âge adulte grâce à Kubrick et l’héritage A.I. Il avait enfin abordé frontalement la sexualité avec Munich, montré la violence sèche avec Le Soldat Ryan et confronté la noirceur de son propre cinéma dans l’auto-réferentiel La Guerre des Mondes.

Avec une belle capacité d’émerveillement enfantine, le Tintin de Spielberg et non seulement grisant, mais joue aussi avec l’univers spielbergien (l’hélice menaçante  du temple maudit, le side-car et l’avion de La Dernière Croisade, l’aileron de Jaws…). ce n’est certes pas innovant mais terriblement divertissant.
Les aventures de Tintin
ne sera certes pas le film le plus marquant de son auteur, mais est pour sûr le plus distrayant et largement familial, dépourvu de monstres,  depuis Hook en 1991. Une  histoire de pirates,de galion au trésor (ce qui nous rappelle évidemment Les Goonies)
Et pouvoir montrer un Spielberg à ses petits, ça n’a pas de prix !

Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne

de Steven Spielberg

disponible en blu ray et DVD

Capitaine Mac Aaron & Pr Wicked

Publicités

Une réflexion au sujet de « Les Aventures de Tintin, le secret de la licorne- Critique à tête reposée ! »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s