Saga Alien – Alien, la résurrection – 1997 – Jean pierre Jeunet

Synopsis :

Deux cents ans après le suicide de Ripley dans une fournaise, une équipe de généticiens clone celle-ci en mélangeant une goutte de son sang retrouvée sur les parois de la dite fournaise avec de l’ADN alien.

Leur but est de récupérer l’Alien vivant en elle, car il s’agit d’une reine, afin de « féconder » des humains et de faire naitre plus d’Aliens qu’ils utiliseront militairement. Pour se faire, ils font appel à des pirates de l’espace qui leur fourniront ces cobayes à implanter. Evidemment tout ne se passera pas comme prévu.

 Une suite ? t’es sûr ?!
Bon, soyons honnête d’entrée de jeu, en 1996, quand est sorti cet Alien 4, le bien nommé « résurrection » (houlaa !) on s’est demandé ce qui c’était passé dans la caboche de la 20th Century Fox.

On était 4 ans après la fin particulièrement définitive du troisième, et v’la t’y pas qu’il voulait nous ressusciter la Ripley qui a priori était maintenant plus proche de la flaque de lave en fusion que de l’être humain.
Un avis qui était d’ailleurs fort répandu à l’époque puisqu’il était partagé par bon nombre de personnes du monde du cinéma.

A commencer par  Sigourney Weaver, elle même.

N’oublions pas que si elle avait accepté de rempiler pour le 3 c’était entre autre parce qu’on y faisait mourir le personnage de Ripley. L’actrice ne voulait pas d’un 4éme opus où, encore une fois, Ripley se réveille et joue à cache-cache-Alien.

A voir la liste de grands noms du cinéma associés au projet qui ne donneront pas suite  (Danny Boyle, Peter Jackson, Bryan Singer ), on peut imaginer qu’eux non plus n’était pas convaincus par  « La résurrection de Ripley qui a brulée mais en fait non elle revient ahah on vous à bien eu ! »

Jeunet et Winona Ryder sur le tournage d' Alien résurrection.

Jean-Pierre Jeunet lui même, lorsque les producteurs du film le contacte pour lui en proposer la réalisation, n’est pas convaincu, pensant comme le reste du monde que c’est une mauvaise idée, et que la franchise s’était achevée avec la mort de Ripley.

Alors qu’est ce qui a bien pu convaincre le réalisateur d’accepter de prendre les rênes du film, et Sigourney Weaver de rempiler ?

La réponse a cette double question est unique : Le script de Joss Whedon.

Convaincus par le scenario oscarisé de Toy Story et les scénarii de Buffy contre les Vampires, la Fox l’embauche pour le script. Il leur présentera une histoire tournant autour de Newt, la petite fille de Aliens, le retour , qui devait être celle qui était ressuscitée. Le dernier acte de ce script se déroulait sur Terre et décrivait une bataille Homme/Alien.

Après cinq versions du dernier acte, la Fox n’est toujours pas convaincue par une fin sur Terre et puis se décide aussi à remplacer Newt par Ripley. Ne rechignant pas à la tâche, Whedon, avec tout son talent, accoucha d’un script qui convint les producteurs, Sigourney Weaver, et Jean Pierre Jeunet.
Un script qui allait grandement s’inspirer de  Alien 1 et 2, et pousser la logique de  mutation de la famille à un stade ultime.

C’est dans les vieux vaisseaux qu’on fait les meilleurs massacres :

Whedon à attentivement étudié la trilogie pour en extraire les éléments les plus efficaces et les agencer à sa façon pour aboutir à une histoire « nouvelle ».

Du premier Alien, on reconnait le schéma d’un équipage désigné pour ramener une créature sans qu’ils en connaissent la vraie nature.
Pleins d’ideaux dans le premier film, le personnage de Ripley a,à travers la saga, perdu de plus en plus sa naîveté, devenue  guerrière dans le 2, statut  qui bifurquera vers la taularde dans le 3ème film. Son innocence initiale trouve une nouvelle incarnation avec le personnage d’Annalee, la jeune mercenaire idéaliste et naïve.
Enfin, tout comme le film de 1979, alors que les protagonistes se croient tirés d’affaire à bord du vaisseau d’évacuation, une créature est parvenu à se faufiler avant le décollage, et la bête périra en étant projetée dans l’espace (brulée dans le 1 , aspiré dans le 4).

De l'Alien incinéré de 1979, à l'hybride aspiré par le vide sidérale de 1997... 18 ans d'histoire de S.F nous contemple...

Côté références à Aliens, le retour, la liste est longue .
Déjà on est avec ce Alien résurrection dans un film d’action pure, très gore (le plus sanglant de la franchise). De la mitraille à gogo des explosions dans tous les sens. D’ailleurs le film se termine en course contre la montre pour échapper au vaisseau infesté avant son explosion comme dans Aliens, le retour.

Pas étonnant donc de retrouver au centre de l’histoire des mercenaires sans scrupules, qui nous rappellent les marines virils de Cameron, eux aussi armés de flingues et lances flammes plus gros qu’eux et jurant comme des chartiers.

Guys & Guns ! Aliens, le retour et Alien résurrection...et en plus ils ont des lampes pour lire dans le noir !

On est aussi en terrain connu avec le rôle de Winona Ryder, personnage synthétique (cyborg) dont on ne découvrira la vrai nature qu’au milieu du film, tout comme Ripley  découvrait que Bishop était un robot après avoir embarqué avec les marines.

Toujours au sujet des cyborgs, là encore comme dans Aliens, c’est l’espece la plus pure et la plus compatissante, car programmée pour sauver l’Homme.
Bishop était finalement le seul sur qui Ripley pourra compter jusqu’au bout, et Annalee est la seule de l’équipage de mercenaire à être venue non pour toucher son solde, mais pour tuer la bête.
Des idéaux mis en exregue dans les deux cas par  l’inhumanité de la compagnie qui veut à tout prix éléver et exploiter la créature.
Une fois de plus l’ Homme est un loup pour l’Homme.

La sensibilité et la dévotion des êtres synthétiques, les seuls à avoir des idéaux et à se battre pour la survie de l'Homme.

Le film s’ouvre par un clin d’œil  aux fans, nous ramenant 10 ans en arrière. Une voix de femme (qui n’est pas celle de Ripley) dit « Ma mère me disait que les monstres n’existaient pas, mais ils existent… ». C’est la réplique qu’adressait Newt à Ripley, cachée sous un lit, dans Aliens le retour.

On peut aussi noter la présence de plusieurs Aliens, comme dans Aliens le retour, alors que Alien 3 reprenait le modèle de l’alien unique du premier opus de 1979.

Ah ah, famille nombreuse, famille heureuse :
Nous voila repartis dans notre bonne vieille thématique de la famille qui s’accorde une fois de plus sur l’évolution de notre société.

Alien3 voyait arriver la mort de la famille en 1992 dans une ère où le divorce prenait son essor, en 1996 Alien résurrection met en avant le clonage et la fécondation in vitro, logique.

Nos petits touche-à-tout de l’espace décident donc de prendre de  l’ADN Alien, de l’ADN de Ripley, pour créer un être dont ils pourront extraire une reine Alien pondeuse (normal quoi !).

Le soleil vient de se leveeer... ça va être dur de se reveiller !

Ripley, c’est la mère qui a perdu deux petites filles (une biologique et une d’adoption) et qui dans Alien 3 devient la future mère de la reine Alien.

Ca commence à faire beaucoup pour qui n’a pas vu les films précédents. Dans ce film Ripley parle de la reine en l’appelant « mon bébé » et quand on lu demande qui elle est, elle répond : « Je suis la mère du monstre ».

Alien résurrection aurait tout aussi bien pu s’appeler « Alien évolution » .
L’être reconstitué qu’est maintenant Ripley constitue l’aboutissement ultime de l’évolution humaine, le chaînon manquant entre l’Homme et l’Alien.
Tout comme L’alien a conféré à Ripley une force  et des reflexes et surhumains, ainsi qu’un sang acide, Ripley a fait le don ultime à la race Alien : la possibilité de se passer d’hôte humain pour éclore. Comme le dit le scientifique sérieusement allumé à l’origine de l’expérience de clônage : « Elle est parfaite ! »

Voilà comment en un temps record, Ripley passe de morte à vivante et de mère d’une reine à grand-mère d’un hybride (bonjour les repas de noël en famille !).

La logique mère/fille si propre à la franchise Alien atteint ici sa conclusion, tant horrifique qu’émouvante. A l’image de cette scène où Ripley, clône n°8, détruit les 7 essais de clônages précédents. Une façon radicale de couper le cordon qu’elle n’a jamais eu.

Ripley fait un gros câlin à sa fille, et puis son petit fils fait un gros bisous à mamie ! Si c'est pas meuugnon tout ça !

La scène clé du film. Ripley comprend d'où elle vient et détruit les origines de cette horreur

Ripley, finalement plus humaine qu’Alien sacrifiera son petit fils hybride pour sauver l’Humanité. Jolie manière de dire que même si génétiquement l’Alien à supplanté l’Homme, il lui manque ce qui fait un Humain : Une âme.

Ripley tue son petit fils pour sauver le monde.

Pour conclure cette saga familiale, n’oublions pas de remarquer que l’ordinateur de bord du vaisseau s’appelle ici « Père » en référence à « Mère » du premier Alien de 1979.

Etant le vaisseau des scientifiques sans qui Ripley n’aurait pas pu donner naissance à son bébé, on peut effectivement considérer qu’il font figure de « géniteurs », d’où le terme père.

Oui, ça va très loin ! Encore plus que vous ne pensez, car quand Annalee, le cyborg , prend le pouvoir sur l’ordinateur de bord, elle fait dire au vaisseau à l’adresse d’un des scientifiques que le père est mort. Ce qui nous ramène à Ripley qui tuait l’ordi du premier vaisseau ( qui s’appelait  « mère » donc)

Ca va, c'est pas la peine d' être grossier hein !

A mon avis y’a un paquet d’années de psy à faire pour nous démêler tout ça ! père, mère, grossesse mutante, pfff ! Freud en perdrait son latin.

La cité des Aliens perdus :
Je sors de l’analyse juste une seconde pour une aparté perso. Esthétiquement cet Alien résurrection est mon préféré. Au niveau de l’humour noir aussi d’ailleurs.
Bon ce n’est pas très surprenant je suis fan du travail des films Caro et Jeunet (Delicatessen, La cité des enfants perdus).

Avec une carte blanche de la Fox qui aimait aussi leur style, et voulait, comme pour les trois films précédents un réalisateur au style personnel, le tandem français marque avec délice de sa patte ce 4 éme Opus.

Seul consigne de la Fox, du gore, du sang et un peu plus de gore (pour amener un nouveau public vers un Alien Vs Predator déjà dans les tuyaux à l’époque)…

Le sang c'est la vie !...bon ben ce film est trés vivant du coup !

Une fois ces concessions faites (et c’est le plus gore de la série) c’est parti pour le Caro et Jeunet Show. Caro à la supervision du design  et Jeunet à la réalisation.

On est emporté dans cette comédie noire typique du réalisateur avec ses décors aux couleurs ocres orangées ou des fonds marins verts profonds comme dans Delicatessen ou La cité des enfants perdus.

A gauche Delicatessen et la cité des enfants perdus, à droite Alien résurrection

On retrouve aussi les angles de prise de vue chers à jeunet : les plans larges qui finissent en très gros plans sur la bouche d’un personnage qui hurle, par exemple.
Et enfin les acteurs. Jeunet ici réunira Ron Perlman (Hellboy) et Domnique Pinon, qu’il avait déjà mis en scéne ensemble dans La cité des enfants perdus.

Eh Domi t'as vu ! On est dans Alien ! C'est cool non ? Beuuuh Lâche moi Ron j'ai la gerbe !

Bref un vrai film de Jeunet qui malgré la grosse machine Hollywoodienne arrivera à insérer à chaque coin d‘image son humour et faire de ce film une oeuvre très personnelle.

"Oh dis donc ma cervelle !"... Ca nous rappelle jean claude Dreyfus dans Delicatessen avec son couteau au milieu du front disant incrédule :" J'ai un truc...là"

Joss Wehdon le scénariste n’apprecia pas du tout le résultat, ne comprenant pas comment on pouvait autant coller au script pour arriver à un resultat si diffèrent de ce qu’il avait en tête, au niveau du filmage, des decors et du casting.
Certes entre la volonté d’un film sanglant de la Fox, le scénario trés action movie de Whedon et le style visuel si particulier de Jeunet et Caro, on peut avoir l’impression de regarder un comics plutôt qu’un Alien.
Mais pour peu qu’on accroche à l’univers du tandem français c’est un petit bonheur.

Alors on a envie de dire a Whedon que cette différence entre son script et le résultat, ça s’appelle avoir un style personnel. Libre à chacun ensuite d’adhérer ou non

Voilàààà c’est finiii :
Ce quatrième volet referme la saga avec une Ripley mi-humaine, mi-Alien, qui va enfin remettre les pieds sur terre, près de 300 ans après l’avoir quittée a bord du Nostromo.
Entre temps elle aura combattu la bête une bonne dizaine de fois pour finalement périr, fecondée par la bête dans son hyper sommeil.
Une fin alternative présentait l’arrivée sur terre de Ripley et de Annalee, mais elle ne fut pas retenue, nous laissant à notre imagination.

Le mot de la fin revient à juste titre à Ripley, prête à debaquée sur terre.
« je suis moi-même une étrangère ici ».

T'inquiétes on te trouveras des papiers d'identités va...

Bon retour Ripley, les fans de S.F te disent tous merci (et pas que pour ta petite culotte du premier film !).

FIN

Professeur Wicked

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s