PERE NOEL ORIGINES – LE vrai film spielbergien !

 Synopsis

Dans les profondeurs d’une montagne, en Laponie, gît l’être le plus effrayant que la Terre ait jamais porté : le Père Noël. Le petit Pietarii semble être le seul à percevoir le danger mais personne ne veut l’écouter.

Moi, malade, jamais

Je tiens à préciser que les allégations de mon compatriote, le Professeur Wicked, sur mon état de santé durant le dernier voyage en hyper-espace est quelque peu erronés. En effet, j’ai mal digéré quelques huîtres en provenance de Tatooïne (les ostréiculteurs du cru devraient changer de planète, celle-ci étant un peu sèche) et j’avais vu deux fois Poultrygeist pour vous en faire la chronique. J’admets toutefois être plus à l’aise dans les voyages multi-dimensionnels ou temporels… ceci étant dit, j’aimerai vous parler de Père Noël Origines, petite perle venu du froid et qui me semble être dans la continuité du Spielberg pré-Indiana Jones 4. Si, pour cela, il faut saper le moral de mon plus cher compagnon de voyage, j’en serai très heureux (Tiens ! Dans les dents Professeur!!!)

Pour lire une analyse approfondie, passez au chapitre suivant. Si vous voulez directement accéder à la critique CLIQUEZ ICI

Super 8 – Contre-critique

Quand bien même J.J. Abrams aura été adoubé par un Steven Spielberg enthousiaste, et par le Professeur Wicked dans cet article, il nous faut revoir avec sérieux l’héritage Super 8. Certes, l’hommage est flagrant jusqu’à la reprise d’une anecdote fort répandue de la biographie de Steven. L’un des premiers films tournés, en super 8, par le petit Spielberg était centré sur le déraillement d’un train : cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose, à tout hasard ?

L’autre grand soucis du Blockbuster du père Abrams est qu’il reprend les grands motifs spielbergiens sans les avoir préalablement « digérés ». L’usage d’une iconographie déjà connu du public permet au film de s’affranchir d’un véritable travail de caractérisation des personnages et des situations. On convoque l’imaginaire collectif voire la nostalgie plutôt que de faire confiance à une mythologie propre au film lui-même.

Ainsi, on insiste sur la cellule familiale monoparentale, la constitution d’un groupe d’adolescents soudés, le passage à l’âge adulte, l’apprentissage de la tolérance via un être venu d’ailleurs, les détenteurs de l’autorité clairement à l’ouest : tout cela fleure bon les 80’s et cela fait, j’en suis désolé, très « marketé ».

Le plus décevant vient du scénario qui hésite constamment entre plusieurs directions. Doit-on suivre l’histoire de ce film réalisé par les ados, du triangle amoureux, du deuil de la mère du héros, de l’amour filial, de l’extra-terrestre qui veut rentrer chez lui ? Pour qui aura vu le Star Trek d’Abrams qui est un modèle de « reboot » réussi d’une franchise, le constat d’échec est flagrant.

Abrams réussit, dans Star Trek, à relancer une série en synthétisant les thématiques pour en donner une intrigue renforcée et riche. Malgré un final en deçà des attentes, le métrage démontre la capacité ahurissante du metteur en scène à « tenir son histoire ». Les différentes intrigues de Super 8 ont tendances à ne pas se répondre, à plutôt s’annuler. Essayez donc de résumer en une phrase l’intrigue du film suffira à vous convaincre.

Comme je vous le disais plus haut, nous sommes dans la citation et l’hommage. C’est un nouveau travers à Hollywood qui à même contaminé notre cher Spielberg (qui s’auto-cite sans plus aucun regard critique ! Ô Rage ! Ô Désespoir !). Je vous conseille de revoir nos articles sur Tintin et The Thing pour creuser plus avant ces constatations.

Du renouveau spielbergien en Europe

De l’enfance spielbergienne, la vieille Europe semble s’être nourrie davantage du côté sombre de ce réalisateur que de son côté plus lumineux. Si le « Nouvel Hollywood » s’était inspiré de la Nouvelle Vague française, du Giallo, du Western Spagghetti et de Bergman, le « genre » européen s’est largement inspiré de Spielberg et consorts…

Ainsi, l’espagnol Jaume Balaguero, dans Darkness ou Fragile, met au centre de son intrigue des enfants à la sensibilité exacerbée. Il fera sa relecture de Aliens, le retour dans [Rec] 2 en y ajoutant trois adolescents inconscients. Le mexicain Guillermo Del Toro sera produit en Espagne pour l’un de ses films les plus personnel dont l’action est située dans un orphelinat : L’Echine du Diable (The Devil’s Backbone).

En Suède, le film Morse (Let the right one in) traitera du thème du vampirisme sous l’angle de l’enfance tandis qu’en territoire francophone, encore et toujours assujettis à la politique des auteurs instituées par les ayatollas des Cahiers du Cinéma, nous en resterons à une violence radicale héritée de Massacre à la tronçonneuse et des films de genre des 70’s (fièrement défendu par l’universitaire Jean-Baptiste Thoret) avec A l’Intérieur et les désormais cultes Martyrs et Calvaire.

C’est de Laponie que vient la surprise avec Rare Export, film produit en 2010, qui aura mis le temps à trouver le chemin des salles françaises (l’un des rares) et honteusement ré-intitulé Père Noël Origines.

Rare Export : Quand le cinéphile peut enfin croire au Père Noël

On dit souvent aux jeunes cinéastes d’être originaux. Pour éviter la moindre catastrophe, mieux vaut revenir à l’étymologie du terme. Original provient d’origine : soit avoir conscience de ce qui a été fait avant dans le médium que l’on embrasse (ici, le cinéma, donc!), mais aussi de faire attention à sa cinéphilie et à ses propres références. Combien de films avons nous vu qui ressassent des figures propre à Steven Spielberg sans véritablement se les approprier, se contentant de plus ou moins bien en copier le style et la narration ?

L’ingéniosité du réalisateur Jalmari Helander consiste à actualiser sa cinéphilie en fonction de son pays d’origine. Ce qui permet l’existence de cet ovni cinématographique qui joue de ses légendes locales. Nous sommes en Laponie, non ? Le pays du Père Noël…

Le film débute sur une discussion entre un homme qui semble être un commanditaire et un employé chargé d’analyser des carottes de glace. Nous sommes renvoyés directement à X-Files ou The Thing version Carpenter, puisque nous sommes face à un premier mystère. La scène suivante nous montre le commanditaire, soulevant une nouvelle carotte de glace en contre-jour, chapeau stetson sur la tête. On pense à l’ambre de Jurassic Park, à l’ombre d’Indy au dessus du « puit des âmes », à la folie d’Hammond face à son parc à dinosaure.

De haut en bas et de gauche à droite: Rare Export - Indy 1 et deux image de Jurassic Park

Observant la scène, Pietari (8 ou 9 ans) et son ami Juuso (11 ans) écoutent attentivement, adossés à des caisses d’explosifs. Le merveilleux et le terrible s’affrontent déjà dans ces première images.

Le petit Pietari adossé à la dynamite !

Si le générique est un tant soit peu bâclé en une succession de plans où Pietari consulte de vieux ouvrages concernant les légendes d’un méchant Père Noël chez lui, le reste du métrage est hallucinant de maîtrise et de suspense.

Tout le début du film est dominé par la masse imposante de la montagne-sanctuaire, pendant du Devil’s Tower de Rencontre du Troisième type ou de la montagne Paramount des Indiana Jones.

Des montagnes personnages ! Rare export Vs Rencontre du troisième type

La banlieue américaine est ici, bien évidemment, abandonnée au profit d’une bicoque isolée en plein no man’s land emplis de loups. Les conditions sont si dures que Pietari recevra très vite son premier fusil malgré ses préoccupations toutes juvéniles (il est le seul à croire au Père Noël). Voir ce petit bout avec son ours en peluche (son meilleur ami) et un fusil sur le dos est tout à fait jouissif.

Il n’y a aucune femme dans l’histoire, on y parle de virilité de façon constante. Pietari n’est pas considéré même si, vous vous en doutez, son imaginaire est la clef de la résolution. Son père, trop ancré dans son chagrin, est incapable de communiquer avec son fils. Il en devient sur-protecteur.

C’est sur ce dernier point que le parallèle avec Spielberg est le plus important. En une scène, poignante, nous avons connaissance de la situation matrimoniale et de ses conséquences. C’est une scène qui répond à celle de E.T. où toute la maisonnée d’Eliott discutait des relations parentales. L’arrivée d’un méchant Père Noël va, évidemment, tout chambouler.

Impossible de vous raconter l’histoire sans vous gâcher le plaisir de la découverte. Le récit va de surprises en surprises, les attitudes des uns et des autres ne sont pas ou peu prévisibles. L’existence du Père Noël, monstre antédiluvien est l’exact inverse de celui qu’on connaît (grâce à Coca-Cola). Le pari n’était pas gagné d’embarquer le spectateur dans un tel récit, et pourtant, le premier contact est très crédible.

Etant donné que nous sommes, la plupart du temps, attaché au regard de Pietari, nous adoptons ses certitudes. Et elles sont loin d’être rassurantes parce qu’elles évoquent autant le merveilleux que l’horreur. On est embarqué de la dure réalité de la vie laponne au conte cruel où les ogres existent et enlèvent les enfants sans craindre des parents trop préoccupés.

Face à l’incroyable, seule le regard lucide et bienveillant de Pietari pourra permettre à cette communauté de se défendre au mieux. Et il en a du tempérament, le petit.

Après un final aussi inquiétant que drolatique (le salut vient du pain d’épice, que je vous dis !!! Et rappelez-vous qu’E.T., lui, préférait les Smarties ! Miam !) Rare Export achève de surprendre dans un épilogue absolument dantesque. Vous ne verrez plus les Pères Noël de supermarché de la même façon.

A gauche: Rare Export; A droite : Indy 1

Allez donc voir ce film Lapon (certes financé par quatre pays européen dont la France, mais bon!) et n’hésitez pas à laissez vos avis en commentaires. Je crois sincèrement que Père Noël Origines est un film important. D’autant plus important qu’il prouve qu’avec du talent et de la volonté, on peut en remontrer, sur notre continent, qu’il y a une indéniable intelligence pour le « genre ».

PERE NOEL ORIGINES
de Jalmari Helander
En salle

Avant de refermer cette chronique, il me paraît important de vous faire part d’une découverte faite sur le net d’un court métrage mettant en scène le père noël par un certain Pascal Thiebaux intitulé Le Trophée qui a reçu quelques prix. C’est un court de dix minutes d’une formidable énergie et d’une intelligence peu commune en terme de mise en scène. L’idée même de ce court est assez jouissive. Le petit gars a un projet fou dont il donne quelques aperçus sur son site. Courrez-y…

Et Joyeux Noël.. !

Capitaine Mac Aaron

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