DEXTER – Saison 6 Final – « The Jack Bauer Syndrom »

Une première saison étonnante

Si il y a bien une série qui m’a fasciné dès la première saison, ce fut bien Dexter. Production Showtime, adaptation d’un roman de gare, Ce Cher Dexter de Jeff Lindsay; quelques épisodes, dont le pilote, réalisé par un certain Michael Cuesta: la première saison plaçait la barre très très haut !

Un petit mot rapide, d’abord, sur le roman à l’origine de ce petit bijou. Le livre comporte déjà tous les ingrédients de la première saison: ses personnages et son atmosphère. Malheureusement Lindsay n’a aucun style. C’est un peu le Marc Levy du Thriller. Sa meilleure idée est d’appuyer son intrigue sur les analyses que fait Dexter des émotions et sentiments des autres protagonistes pour les copier dans sa propre vie.

En effet, c’est un fait bien connu des criminologues et autres amateurs de polar que les tueurs en série ont un affect approchant du zéro absolu. Ainsi, son intrigue – toute entièrement basée sur la notion d’  « identité au sein de la famille » – prenait un sel tout particulier. (Pour ceux qui aime cette entrée dans une histoire, je vous conseille fortement le manga Death Note où les personnages sont dans l’analyse constante du comportement des autres).

Plutôt que de se positionner uniquement sur l’intrigue de l’adversaire de Dexter, qui appuie tout de même la thématique de l’identité familiale, Michael Cuesta va préférer se concentrer sur le point de vue de Dexter qui s’interroge ainsi sur les réactions des uns et des autres afin de sembler le plus humain possible. Ses meurtres et la recherche de son adversaire deviennent secondaires.

D’autre part, la première scène de la première saison nous montre Dexter sous son jour le plus noir, celui d’un tueur froid et méthodique. Cinq minutes après cet étrange entrée en matière, nous découvrons qu’il tuera un assassin pédophile devant les corps des enfants suppliciés.

A l’instar du cancer d’un Mr White dans Breaking Bad, l’excuse de la justice sauvage (fleuron du cinoche américain des années 70) fait de Dexter une sorte de Cow Boy Solitaire, une sorte de Clint Eastwood New Génération. Cela va autant chercher dans l’émotionnel (venger des enfants assassinés) que dans l’appel à l’imaginaire collectif (les rape and revenge des 70’s style Les Chiens de Paille). La destinée de Dexter est quasiment la même que celle d’un Super-Héros (« De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités » CQFD).

Michael Cuesta est un réalisateur peu connu de la scène indépendante. Sa sensibilité est telle qu’il a réalisé un film au scénario casse-gueule mais qu’il a transcendé avec intelligence et élégance. L.I.E. Long Island Express parlait du malaise d’un jeune surdoué qui devient l’ami d’un pédophile. Étrange, juste et percutant, ce film , loin d’être scabreux, est une descente vers les emois les plus intimes. Un film touchant sur l’enfance (En gros, le pédophile voit en l’enfant un autre lui-même. Dérangeant mais passionnant).

La première saison, donc, est un petit bijou. Un quasi sans faute. Un film dont l’intrigue principale et les intrigues secondaires se répondent, s’entrechoquent et, finalement, se rejoignent. Michael Cuesta, dont tout le monde se foutait, vient donc de recevoir l’aval pour une suite. Et c’est là que tout se complique…

Faire suite à un chef d’œuvre du petit écran

Quoi faire après ? C’était l’interrogation d’un certain producteur, Roger Corman, après le succès d’un petit film, réalisé par un petit réalisateur nommé Joe Dante : Piranhas. « Eh bien, ces piranhas, on n’a qu’à les faire voler ! ». Et le pauvre jeune James Cameron de faire le pire des films de sa vie: Piranhas 2. Les producteurs de Dexter ont donc mis de l’argent sur la table pour une suite tout en sachant que la première saison avait placé la barre très haut (en effet, l’intrigue principale était définitive, à l’image des histoires de Comics où le dernier épisodes met en scène l’adversaire ultime, et, sérieusement, on ne pouvait pas faire mieux). Michael Cuesta quitte le show qui sera, dès lors, supervisé par les producteurs.

Il résulte donc une seconde saison dont l’intrigue principale est ahurissante (la découverte des cadavres qu’a engendré Dexter) et les intrigues secondaires étrangement plates. Seul la disparition de personnages importants auront un impact dans l’esprit des spectateurs.

S’ensuivra une troisième saison orienté sur le mariage et la politique. L’intrigue principale est tellement délayé que l’aboutissement de la saison n’engendrera rien d’autre qu’un peu d’ennui.

Ce qui peut expliquer le succès relatif de ces deux saisons est sans doute le personnage de Dexter lui-même. Ses interrogations sur l’amour, la vie de famille, l’adoption, l’identité, l’amitié tout en charcutant le chaland conserve intact le charme provoqué dès la première saison. D’autre part, Dexter évolu. Ses interrogations deviennent les nôtres. Se marier ? Avoir un enfant ? Tromper sa femme ? Se faire pardonner ? Avoir des amis qui nous comprennent.. ?

A la fin de chaque saison, Dexter a changé. Il repart sur de nouvelles certitudes.

Le choc de la saison 4

Si les précédentes saisons avaient été plaisantes, comme lorsque l’on rend visite à un vieil ami, la vision de la saison 4 fut un électrochoc insensé dans l’univers du tueur en série. La qualité de la première saison dans une intrigue simple (un adversaire de taille, voilà tout), une thématique orientée sur la vie de famille et les jardins secrets, les scénaristes ont retrouvé toute l’essence du personnage.

D’autant que l’adversaire est connu dès les premiers épisodes et que Dexter ne fait d’abord que le sous-estimer. Le spectateur accompagne toujours le point de vue du personnage principal en priorité et nous comprenons les choses en même temps que lui.

La chasse du pire des tueur en série de l’histoire de la télévision est une expérience éprouvante autant pour nous que pour notre tueur. D’autant que le cœur de la série est remis en question par la nature de la menace : c’est au cœur de la plus normale des familles que se cachent les âmes les plus noires (ce qu’est tout de même Dexter, aussi sympathique soit-il). Les dernière secondes du show en ont retourné plus d’un, moi y compris.

Dexter signait de nouveau pour deux saisons supplémentaires.

La catastrophe annoncée

En décembre 2009, le Hollywood Reporter annonçait le départ du producteur executif historique de la série, Clyde Phillips (Parker Lewis ne perd jamais) et son remplacement par un transfuge de 24 heure Chrono, Chip Johannessen. L’implication du producteur exécutif sur l’histoire est essentiel sur le petit écran. Dexter va en pâtir sur la saison 5.

Clyde Phillips avait aidé à élaborer l’extraordinaire final de la quatrième saison. Les divers teasers montraient le chamboulement avec une lugubre poésie.

Les premiers épisodes peinent à démarrer jusqu’à la rencontre avec un personnage qui semble établir un véritable contact avec Dexter. Si la thématique de la vengeance et de la redemption était bien vu, on regrettera l’élimination scénaristique de tout un pan de la vie de Dexter sans véritable justification, sinon de simplifier un peu le travail des scénaristes.

Ceci fait, nous n’auront droit qu’à une accumulation d’invraisemblance, d’effets faciles, de sursaut à la 24 heures chrono (tiens, tiens!) pour, au final, faire de Dexter plus une icône qu’un être qui se débat en ce monde. A la fin de la saison 5, Dexter ne change plus. Le monde autour de lui peut faire ce qu’il veut, il ne s’adapte plus comme il le faisait auparavant.

La bêtise des scénaristes se confirmera dans un épisode final rocambolesque qui fera echo à la saison suivante.

Saison 6 : 30 secondes de bonheur

Autant vous le dire d’entrée, j’ai franchement peiné à regarder cette saison. Dès le première épisode, un grand changement de structure s’est produit. Alors qu’auparavant nous adoptions presque exclusivement le regard de Dexter pour juger les autres, cette saison nous adoptons aussi ceux de ses adversaires. Même si l’un d’eux est ce formidable acteur qu’est Edward James Olmos (Battlestar Galactica), le constat est flagrant : le spectateur est pris par la main.

Effectivement, quelque chose sonne faux dès le début et la manipulation des 8 saisons de 24 heures chrono nous a appris à nous méfier des choses trop simple. Mais nous sommes pris pour des imbéciles un petit peu trop vertement pour que ce soit honnête.

On y aborde un thème très américain: Dieu ! Je n’ose en dire plus tant cela ressemble à un leurre qu’à autre chose. Il n’y a aucune réflexion satisfaisante sur cette notion alors que c’est le principe même de la série de nous interroger.

Dora me fait bien plus peur que Dexter !!!

Rajoutons à cela une intrigue secondaire ajoutée en fin de saison qui à dû surgir après avoir lu Sigmund Freud pour les nuls et vous avez une petite idée de l’odeur nauséabonde de la chose.

Il n’y aura à sauver que les dernières secondes du dernier épisode. Un cliffhanger du pauvre qui m’aura fait pleurer de rage tant le désastre est à son comble.

Même les scénaristes de Dora l’exploratrice ont plus de jugeotte.

Dexter

Créé par James Manos Jr

Saison 1 à 5 disponible en DVD et Blu-Ray

PS: Myscreen propose un contre-argumentaire intéressant à propos de la saison 6 ici.

Capitaine Mac Aaron

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3 réflexions au sujet de « DEXTER – Saison 6 Final – « The Jack Bauer Syndrom » »

  1. Pour une fois je ne suis pas d’accord, l’idée d’un tueur religieux pensant à son gourou mort de trois ans ne m’a pas refroidit du tout. L’idée des meurtres inspirés de la bible nous colle à l’écran pour connaitre la suite. La saison 5 était nulle, la 6 je la met au même niveau que la 4 qui pour moi est la meilleure 😉

  2. C’est tout à ton honneur…

    J’avoue, sérieusement, que si je n’avais pas vu tant de films et lu tant de livres qui tournait autour de ces questions (Dieu, le côté obscur, l’amour fraternelle qui va un peu loin), et que j’avais vécu sur une île déserte jusqu’à présent: il est fort possible que j’eusse moi aussi aimé cette saison.
    Après, il y a des choses que j’ai vraiment aimé sur le moment qui n’ont pas tenu dans mes souvenirs… La mise en scène des meurtre était chouette, cela avait franchement la classe… Mais bon !

    Captain Mac Aaron

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