Mission Impossible 4 – Protocole Fantôme, ou le syndrome de Peter Pan.

Ca y est ! la période des festivités de fin d’année s’est achevée et nous sortons doucement de notre léthargie. J’ai donc décidé de rattraper mon retard, et d’aller voir Protocle Fantôme,  paraissait-il le meilleur volet de la franchise Mission Impossible.
Bien m’en a pris, car cela confirme ce qu’on pense du Hollywood actuel sur le canapé intergalactique : l’inventivité et l’imagination ne sont plus.

Synopsis :

Impliquée malgré elle dans un attentat terroriste qui détruit le Kremlin, l’agence Mission Impossible est totalement discréditée.
Tandis que le président passe l’agence en « Protocole Fantôme » , c’est a dire reniée, Ethan Hunt, privé de ressources et de renforts, doit trouver le moyen de blanchir l’agence et de déjouer une tentative d’attentat nucléaire.


Brad Bird, une mise en scène efficace:
Coupons l’herbe d’emblée sous le pied de ceux qui ont aimé le film : Protocole fantôme n’est pas en soi un mauvais film. La mise en scène de Brad Bird est toujours aussi efficace et inventive que dans Les Indestructibles ou Le géant de Fer.

Du Géant de fer à Ratatouille en passant par Les indéstructibles, Brad Bird a prouvé qu'il était un excellent metteur en scène.

Dans la construction du suspens, dans le rythme soutenu des scènes d’actions, et dans les chorégraphies des combats, on retrouve son talent indéniable de réalisateur.
La scène d’escalade  de la façade d’un hôtel à Dubaï est, à ce titre, un modèle de tension et de prouesse de filmage.

La course poursuite dans la tempête de sable est très bien mise en scène, avec des cassures de rythme qui nous permettent de reprendre notre souffle en même temps que le personnage.

Et la baston finale dans un garage à plateaux pivotants est impressionnante d’inventivité en matière d’utilisation du décor et de l’espace. Cette course à la mallette devient un ballet de chair et d’acier, visuellement passionnant.

La mise en scène n’est pas la seule qualité de cet opus de Mission Impossible, l’autre atout à un nom, celui de notre chouchou adoré : Simon Pegg.

Après Shaun of the dead, Hot fuzz, Paul, et Cadavres à la pelle, notre rosbif préféré personnifie l’humour du film.
Si Les Indestructibles était une comédie sur fond d’action, Protocole fantôme est l’inverse : un film d’action sur fond d’humour.
Un humour pas assez présent pour qualifier ce film de comédie, certes, mais bien plus présent que dans les 3 films précédents. Et délivré par Simon Pegg qui joue le Nerd tout content d’être enfin sur le terrain, c’est souvent très amusant.
Oui mais alors qu’est ce qui cloche ? Pas la forme, la mise en scène est impeccable. Pour ce qui est du fond…

Le monde impossible ne suffit pas (que deux fois) :

Le gros souci du film, c’est le scénario. Et c’est tout de même bien embêtant !
Premièrement, on regrette « l’esprit » de la série Mission impossible.
Si De Palma dans le premier opus faisait de Jim Phelps un traître et le supprimait à la fin, l’esprit de film d’espionnage était malgré tout bel et bien là.
Les ennuis ont commencés quand John Woo a pris le sujet pour en faire un terrain de jeu, et faire de l’agent Hunt un James Bond bis sous emphétamines.
Finis les savants stratagèmes, place aux ballets de motos et aux envols de colombes.

Après Tom fait de l'escalade, voici Tom fait de la moto. C'est beau, mais très loin de l'esprit de la série. Un premier pas pour Cruise vers l'action hero qu'il s'efforcera d'être pendant la décennie 2000/2010.

Visuellement très beau, mais pas plus Mission Impossible qu’un Volte-face, ou un Broken Arrow. Finies les specialités de chacun des membres de l’équipe, on a un specialiste en technologies, et un super patator en chef ( Tom Cruise donc). Le reste de l’équipe, lui, fait plus de la figuration qu’autre chose.

Ce Protocole Fantôme s’inscrit dans la même veine de film d’action pur, mais va encore plus loin. On ne fait plus que quitter l’esprit de la série Mission Impossible, on entre dans l’auto-citation en nous resservant ce qu’on a déjà vu dans les films précédents.

On a droit au saut dans le vide rattrapé à la dernière seconde (MI 1), à Tom Cruise qui escalade (MI 2) et qui souffre dans sa vie privée (MI 3).

Allez on va dire que ce sont des clins d'oeil... Soyons charitables... Et naïfs!

Mais aussi, et surtout, on nous réchauffe tous les clichés des films d’action/espionnage hollywoodiens. Ethan Hunt étant un James Bond qui aurait mangé John Mc Clane, il suffit de prendre les scénars des Die Hard, et des James Bond, et hop : Protocole fantôme

Infiltrons nous dans une session d’écriture du scénario :
« Bon ce qui serait bien ce serait un truc du genre menace mondiale. Genre nucléaire entre les states et les cocos !
Quoi ? La guerre froide est terminée ? Ah merde ! Bon, on va quand même trouver un mec qui veut déclencher une guerre nucléaire entre l’URSS et les États-Unis, ça fera l’affaire.
Pardon ? Goldeneye, Le monde ne suffit pas, et On ne vit que deux fois ? Nooon, les gens ont oublié, t’inquiètes Billy !
Sinon pour l’action on fait quoi ? Vu que Les émirats financent le film je vous le dit tout de suite les gars, on va devoir utiliser leur gratte-ciel.
Oui, Bob ? Ethan Hunt saute d’une fenêtre d’un building accroché à un câble enroulé sur une bobine pour arriver plus bas ? Ah pas maaal !
Quoi Piège de Cristal ? Ta gueule, John ! Les années 80 c’est has been ! »

prêt à sauter dans l'espace temps ? Un tuyau, une fenêtre, un building et hop ! On passe de Los Angeles en 1988, à Dubaï en 2011 ! Tadaaaam !

Toutes ces références ultra codées à base de menace nucléaire, de malette à compte à rebours et de savant fou, sont un condensé de culture james bondienne / film d’actions mâchée, digérée et recouchée sur le papier avec un emballage « tout neuf ».
Le problème c’est que les vernis de la mise en scène et de l’humour ne suffisent pas à couvrir ce manque d’originalité. Les seules choses nouvelles sont les gadgets technologiques… Et ça c’est toujours très James Bond (voir la voiture ultra tunée).

Le syndrome de Peter Pan

Le film est une parfaite illustration du fonctionnement de son acteur/producteur Tom Cruise, et du système Hollywoodien en général dont il est un pur produit.
Les deux ont connus un essor inouï dans les années 80-90 avec l’avènement des blockbusters (Top Gun, Cocktail,Jour de tonnerre), une ère où le cinéma n’était pas encore complétement paralysé par son propre système de financement et explorait de nouveaux terrains.
Des projets audacieux traitant du handicap comme Rain Man (1989), de politique, Né un 4 Juillet (1990), ou même une réinvention du film de vampires avec Entretien avec un vampire (1994). Une décennie qui se terminera sur deux chefs d’œuvres intimistes : Eyes wide Shut (1999) et Magnolia (2000).

L' illustration des choix artistiques audacieux de l'acteur. Eyes wide shut de Stanley Kubrick

2000, c’est l’année où Tom Cruise joue dans Magnolia, certes, mais aussi dans Mission Impossible 2, son premier rôle à gros bras, celui d’un acteur de 38 ans qui sent venir la crise de la quarantaine.
Là où il plaçait des bombes, et collait des micros en douce dans Mission Impossible 1, Cruise (et dieu sait que la promo a insisté là dessus) est un athlète/action hero accompli.
Apparemment grisé par la scène du TGV du premier Mission Impossible, Tom se la joue escaladeur, pilote de moto, et gros tataneur chez un John Woo qui ne demande que ça.

Et l’icône d’un cinéma exigeant, à l’image du système Hollywoodien, se réfugia dans cette posture valorisante et lucrative de faire de l’action à outrance pour éviter de vieillir et d’avoir à se réinventer : Mission impossible 2 , Le dernier samouraï, Mission impossible 3, Knight and Day

Toujours plus d'action, Le dernier samouraï (2003) illustre parfaitement le changement de direction que fait prendre Tom Cruise à sa carrière

Il n’est guère que Spielberg (Minority report, La guerre des mondes) ou Michael Mann (Collatéral) pour donner plus d’épaisseur à tous ces personnages que Cruise veut jouer et qui ont pour constantes le combat.
De récents fims nous laissent cependant entrevoir une lueur d’espoir. En effet dans Tonnerre sous les tropiques de Ben stiller, et le prochain Rock of ages, Cruise semble prendre conscience qu’il est un excellent acteur de comédie… se résoudra-t-il pour autant à arreter de se la jouer super héros… le temps le dira.

Pour l’instant en tout cas, aussi triste qu’un Bruce Willis qui continue à se rêver en Mr Muscle et n’arrive pas à se résoudre à ranger John Mc Clane au placard  (Die hard 5, It’s a good day to die hard, sortira en 2013), Tom Cruise nous fait le coup du syndrome de Peter pan, en enchaînant encore et toujours les rôles d’action man alors qu’il aura 50 ans cette année.
De la même manière qu’Hollywood nous réchauffe les mêmes scénarios usés jusqu’à la corde, quand elle ne fait pas de parodies de ces derniers, ou des suites, ou des remakes ou des reboots. 
Pour preuve, le grotesque reboot à venir de Spider-man, The Amazing Spider-man, que les studios ont commandés aprés que Sam Raimi (réalisateur de la trilogie de l’homme araignée) ait refusé d’en faire un quatrième.

les papis font de la résistance au second degré. Ca va dépoter cet été !

La seule vrai audace récente nous vient justement d’un ancien action man qui a toujours eu du recul sur ses rôles : Sylvester Stallone.
Après un dernier opus de Rocky très émouvant, basé sur le temps qui passe, Sly  continue à jouer sur son âge mais cette fois-ci en ironisant dessus dans The Expendables.
Dans ce film, dont la suite arrive cette année, Stallone convie tous ses potes des années 80 (Norris, Vandamme, Willis, Schwarzy, Lundgren) pour un baroud d’honneur de vieux qui assument leurs âges et continuent à botter des culs, l’arthrite en plus.

Mais rares sont ceux qui ont ce recul et quand on voit que le nom de domaine Gremlins3-movie.com est réservé depuis des années, tout comme Blade Runner 2Lethal Weapon 5, Police Academy 8 et The Goonies 2, on se dit que Hollywood ne semble pas prêt d’ arrêter de s’auto-vampiriser.

Je laisserai donc le mot de la fin à Bill Murray, qui a renvoyé la semaine dernière en confettis une énième mouture de Ghostbusters 3 à ses deux anciens comparses des deux premiers films: Dan Aykroyd et Harlod Ramis. 
Une note accompagnait ces confettis :
« Personne ne paiera pour voir trois vieux gros courir après des fantômes ! signé Bill ».
Tu l’as dit Billy !

Mission Impossible, Protocole fantôme, de Brad Bird  avec Tom Cruise, Simon Pegg, Jeremy Renner, Paula Patton
Actuellement au cinéma

Professeur Wicked

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4 réflexions au sujet de « Mission Impossible 4 – Protocole Fantôme, ou le syndrome de Peter Pan. »

  1. Simon, Simon, Simon. Voilà ce que j’ai retenu du film. J’y suis allée un peu à reculons (je n’ai jamais aimé Tom Cruise) et finalement j’ai passé un bon moment. Faut laisser son cerveau dehors ou emporter son sac d’ironie avec soi évidemment. Mais le film a la prétention d’être ce qu’il est : un divertissement. J’ai d’ailleurs beaucoup ri de façon justifiée ou non, parce que souvent c’est tellement gros qu’on ne peut pas y croire.

    Par contre, je pense que la scène dans la soufflerie est un vrai clin d’oeil.

    • Oui effectivement la scéne de la soufflerie est un clin d’oeil evident, mais avec l’accumulation de clichés repompés à droite à gauche, ce divertissment trés convenable j’en convient, devient un film d’action efficace mais deja vu 1000 fois.
      Je préfére revoir casino royale au moins il y a l’audace d’une réinvention de Bond, plutot qu’un éniéme action movie où la menace est évitée au dernier moment.
      mais on est d’accord : simon pegg rules ! 🙂

  2. Cela fait certes bien longtemps que les films M:I sont bien différents de la série, mais avec ce volet, c’est tout de même bien la première fois que Cruise n’est plus le seul centre de l’attraction. Pour une fois, les personnages qui l’entourent sont travaillés avec chacun leur but, leur histoire… ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, pour une fois, Cruise n’est pas seul sur l’affiche du film !

    De plus, on peut remarquer que, malgré les références assumées, Bird démonte tout de même les codes du genre assez subtilement. En effet, alors que tout se goupille toujours presque comme prévu dans les précédents volets, ici, tout a tendance à foirer ! Du coup le héros se rend compte que sans ses gadgets il n’est plus grand chose, que le poids de l’âge est là (il refuse de plonger dans la poubelle, ce qu’il aurait fait volontiers il y a quelques années) et se voit donc, enfin, obligé de travailler en équipe pour mener à bien sa mission.

    Mine de rien, sous ses airs de gros divertissement impeccablement réalisé, M:I-4 est pour ces raisons le meilleur de la saga.

    • Pour ce qui est de la présence des autres acteurs sur l’affiche, je t’invite à aller voir les versions individuelles des affiches. Chacun des acteurs a son poster perso mais le nom sous chaque visage est le même sur les 4 affiches. Voir simon pegg, et en dessous marqué tom cruise…
      Je suis d’accord que les persos qui entourent Cruise sont travaillés (enfin c’est légouille, 2 traumatismes vite fait c’est pas non plus du shakespeare), mais la star voltigeante qui est mise en avant c’est bien toujours Cruise.
      je te trouve trés indulgent sur le fait d’assumer son âge; On est a des années lumières d’un Murtaugh qui dirait qu’il est « trop vieux pour ces conneries ». Et vas y que j’escalade et que je te pete un bras et que je saute sur une camionnette, ou d’une voiture lançé à plus de 100 … le fait qu’il ne saute pas dans les poubelles est plus le fait qu’il sort d’une explosion qu’autre chose (sinon il ne sauterai jamais dans le vide dans la scéne du building, ou ne crasherai pas la voiture dans la scène du garage).
      Je préfére celui de de palma, même s’il est vrai que celui ci arrive derrière.
      mais je suis désolé : c’est du vu, revu et re revu. serieusement une malette qui annule une frappe nucléaire en guise de Mc Guffin, il va falloir se renouveler !

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