BIG MAN JAPAN – Du keiju Eiga à Bioman

Si vous avez suivi nos chroniques du jeudi, vous chantonnerez avec moi : « Jeudi, c’est OVNI !« . Et celui que nous avons visionné pour vous n’a pas volé son titre. Big Man Japan, réalisé par l’humoriste Hitoshi Matsumoto, lorgne du côté de Hancock (le film avec Will Smith) pour nous livrer Sa vision du Super Héros. La tradition du Keiju Eiga, c’est à dire, le film de monstre japonais style Godzilla, étant très populaire au Japon, c’est là qu’il va puiser son inspiration.

Synopsis

Daisato, un homme d’une quarantaine d’années, vit reclus dans un vieil appartement miteux. L’électrocution de ses tétons lui permet de grandir de près de 30 mètres afin d’affronter des monstres qui attaquent incessamment la ville. Le seul problème est qu’il est un bien piètre combattant.

L’apport du style documentaire

Matsumoto choisit de nous faire pénétrer cet univers par le biais du documentaire. Moins spectaculaire que District 9 de Neil Blomkamp (il n’y a vraisemblablement qu’une seule caméra), nous nous retrouvons plus dans le style des Strip-Tease de France 3. Daisato est quelqu’un d’assez terne et pataud. Il dénigre constamment ses contemporains et rêve du monde d’avant, celui de son grand père, qui lui était un héros.

La culotte des Héros !!!

Une fois ses tétons électrisés et son énorme slip fushia enfilé, Big Man Japan s’en va botter les fesses d’une ribambelle de monstres à têtes humaines aux formes les plus grotesques. Afin d’arrondir ses fins de mois, ces combats sont retransmis à la télévision en plein milieu de la nuit (les japonais étant maintenant trop habitués à ce genre de choses).

Combats de titans

Pour les amoureux du genre (les bastons dans les grattes ciel de GodzillaEvangélion…), les références sont nombreuses. La formes des monstres à parfois de quoi déconcerter et les allusions sexuelles sont clairement mise en avant.

Qui a dit qu'un Zizi n'a pas d'oeil ?

Si les interrogations de Daisato et ses combats en tant que Big Man se répondent effectivement, étrangement nous n’arrivons pas à compatir. Les liens entre le héros et les spectateurs sont rompus lors de ces séquences, certes grisantes, mais dépourvus d’enjeux.

De plus, la mise en scène tranche énormément avec les séquences documentaires. Ces moments, qui devraient, en toute logique, être filmés comme une retransmission télévisée, sont traités de manière trop cinématographique. Le film pose.

Critique de la société de l’image

C’est bien évidemment tout le propos de Big Man Japan de dire à la jeunesse que « tout fout l’camp ma pauv’Lucette ! ». Les anciennes valeures sûres (le Keiju Eiga, par exemple) sont dénigrées, reléguées à des heures tardives, affublées de publicités. Il en va de même pour l’honneur (défendu par Daisato qui, dans les faits, est un lâche) et le bon sens (L’un des monstres tués par Daisato devient un martyr parce qu’il était mignon).

Petite discussion à l'ombre des gratte-ciel.

Daisato veut montrer sa vie le plus honnêtement possible, ce que n’entendra pas son ex-femme qui exige que le visage de sa fille soit masquée par une mosaïque (ceci est bien précisé) et que sa voix soit modifiée. Il convient de savoir, pour comprendre toute la « subtilité » de la chose, que c’est un code, dans la pornographie japonaise, de mosaïquer les parties génitales.

Au-delà d’un simple rapport au sexe, c’est l’idée de la transmission entre les générations qui est pointée du doigt. Elle est parasitée tant par les parents (c’est le papa de Daisato qui, le premier, lui électrifiera les tétons pour en faire un géant) que par les enfants (la fille de Daisato ne sait pas quoi penser de son père). Seul compte l’image que l’on donne de soi, pas ce que l’on est vraiment. Évidemment, Daisato paiera chèrement le fait de montrer ses états d’âmes.

Electricité et tétons ne font pas bon ménage !

L’étrange conclusion qu’il faut qu’on m’explique

Si le sous-texte est passionnant et que les scènes de combats sont autant dantesques que drôles, le combat final tant espéré est littéralement évacué. Matsumoto, contre toute attente, décide de recréer un Keiju Eiga Old School avec décor de carton pâte, monstres de cahoutchouc et quatre nouveaux héros aux habits de lumière. Simples, absolument anti-spectaculaires, les nouveaux venus tapent le méchant, le déshabille et lui explose la tête de façon crue (j’oserai même dire qu’il y a un peu de Michael Haneke, c’est dire).

Bien que flashy et un peu ridicule, cette séquence dégage une violence que le reste du métrage n’avait pas. On n’en restera là. Le film se terminant par l’envol des héros dans les airs sur une incrust bien cradingue pour filer droit sur le générique… J’en suis encore tout sonné.

Non, ce n'est pas les teletubbies !!!

Ce genre de fin, dans un médium japonais, a déjà été tenté par d’autres. Dans le jeu vidéo Metal Gear Solid 2, le final constituait un long monologue sur les dangers de la réalité virtuelle et demandait au joueur de se reprendre en main afin d’aller à la rencontre de la vraie vie ; Evangélion, dans son dernier épisode uniquement composé de plans immobiles, racontait la souffrance de la dépression ; Myazaki, dans le making of de Arrietty, le petit monde des chapardeurs, avoue qu’il ne croit pas en la jeunesse qui lui semble avoir perdu toute créativité et l’envie de se battre pour réussir ; Nous n’oserons pas parler de la triste descente aux enfers de l’autiste Mamoru Oshii (Avalon, Ghost in the Shell).

Malgré tout le savoir faire de la narration (assez inhabituelle) et des effets spéciaux (les images de synthèses sont soignées, le rendu de la peau est fabuleux, l’incrustation efficace), le film reste dans un entre deux. La faute à une mise en scène qui hésite entre le divertissement et la profondeur, qui distille, malgré sa folie, une mélancolie foudroyante

Le secteur artistique japonais s’enfonce dans une gravité qui touche à la déprime sévère. Nous le sommes nous aussi en sachant qu’Hollywood a d’ores et déjà mis en route un Remake Live d’Akira. Notons tout de même qu’ils sont rares, les jeunes japonais, à pouvoir défaire leurs aînés. Peut-être, tout simplement, parce que les anciens ne croient plus en leurs progénitures.

BIG MAN JAPAN

de Hitoshi Matsumoto

Disponible en Import Anglais uniquement

Captain Mac Aaron

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