Anonymous – My taylor Emmerich

2012 commence de manière bien étrange mes amis. Car, tenez-vous bien… Tiens-toi mieux toi au fond tu vas tomber… Voilà.
Tenez-vous bien donc : j’ai payé une place de ciné pour aller voir un film de Roland Emmerich au ciné ! Mais ouais carrément ! Truc de ouf !
Aussi réticent aux blockbusters catastrophes formatés et sans âmes du réalisateur qu’à une invitation pour un concert de Justin Bieber, je me suis tout de même dirigé, sceptique mais intrigué, vers la salle projetant son dernier film : Anonymous.

Pourquoi sceptique ? Parce que quand le réalisateur de Universal Soldier, Independance Day, Godzilla, Le jour d’après, 10000 B.C et 2012 dit qu’il va sortir un film sur Shakespeare, on s’attend plutôt à ça :

Pourquoi intrigué ? Parce que la bande-annonce, avec un Rhys Ifans méconnaissable, présente une intrigue intéressante et audacieuse qui exploite une polémique littéraire avérée : Shakespeare aurait été un imposteur.

Synopsis :
Londres, fin du XVIème siècle. Edward De Vere (Rhys Iffans), comte d’Oxford vivant à la cour de la reine, a, dès son plus jeune âge, été doué pour l’écriture.
Composant des pièces pour la jeune reine Elizabeth I, l’enfant est vite averti que ses fantaisies relèvent de l’adoration d’idoles et sont pêchés. Ne pouvant renoncer à cette folie créatrice qui le ronge il accumule secrètement pièces de théâtre, sonnets et poésies.
Lors d’un déplacement dans un théâtre populaire, il se prend à rêver de voir ses pièces jouées, et décide d’en confier la paternité à un jeune écrivain inconnu. Mais ce dernier, pris de scrupules, révèle la supercherie à un de ses acteurs analphabète un certain William Shakespeare qui, lui, saisit l’opportunité sans remords.

De l’importance de l’esprit :

Voici donc la mise en images d’une des plus grosses polémiques qui ébranle depuis des décennies le monde littéraire : Shakespeare était-il vraiment l’auteur de ses œuvres ou n’était –ce qu’un prête nom ? Après tout, jamais aucun manuscrit original ne fût retrouvé.
Et puis comment et pourquoi ce fils de marchand analphabète (dont les descendants ne seront pas non plus lettrés) a-t-il écrit des œuvres au langage si soutenu, au propos si politiques? Et comment se fait-il que Shakespeare finit sa vie dans son village d’origine, à reprendre le commerce familial ?
L’énigme artistique que cela constitue est fascinante pour ce qu’elle affirme en sous texte :
Quoi qu’on en dise, l’œuvre final prévaut toujours sur son auteur.
Affirmer ceci dans un film, qu’on aime ou pas Emmerich, c’est tout de même un message intéressant.

Qu’importe celui qui a réellement écrit Roméo et Juliette, Richard III, Othello ou Le songe d’une nuit d’été, cela ne change pas la qualité des oeuvres. Et c’est une chose que le personnage d’ Edward De Vere a parfaitement comprise. Plutôt que de voir moisir ses œuvres sur ses étagères, il préfère en renier la paternité pour que ces dernières entrent malgré tout dans le domaine public.

Meurtre du roi par son frère, prince voyant le fantôme de son père, Dans Hamlet Shakespeare n'épargne pas les têtes couronnées

Une idée de départ d’autant plus intéressante que ce dernier décide de franchir le pas pour des raisons politiques, et soulève donc aussi le problème de la puissance des idées sur le pouvoir en place.
Les pièces shakespeariennes sont en effet, comme celle de Molière, remplies de charges contre la bourgeoisie et les têtes couronnées, bien souvent présentées comme avides de pouvoir, perverties et folles.
Molière était d’ailleurs était le pseudonyme d’un auteur qui préférait se faire appeler par ce pseudonyme champêtre (Molière = Meulière), plutôt que par son vrai nom: Jean-Baptiste Pocquelin.

Le songe du jour d’après :

Toucher à Shakespeare, voilà un défi que peu ont relevé. On se souviendra surtout de Beaucoup de bruit pour rien (1993) de Kenneth Brannagh et de Othello (1995) avec Laurence Fishburn, ou du sublime Looking for Richard (1996) de Al Pacino, construit autour de l’adaptation de Richard III au cinéma et au théâtre.

"Beaucoup de bruit pour rien" est sans doute l'adaptation la plus lumineuse et jubilatoire d'une pièce de Shakespeare.

Emmerich, lui, n’a pas été séduit par un script tiré d’une pièce de Shakespeare, mais sur par fiction basée sur la vie de l’auteur, au même titre que Shakespeare in love, qui romançait la manière dont l’auteur s’inspira de sa vie privée pour écrire Roméo et Juliette.

Alors comment le pape du gros blockbuster catastrophe bien bourrin s’en sort-il ?
Et bien pas si mal que ça.

On appréciera le choix d’ouvrir le film sur une mise en abîme du théâtre dans le cinéma. Un acteur monte sur scène pour jouer une pièce intitulée Anonymous, qu’il commence à raconter au public de la salle mais aussi en regardant la caméra. Et l’action de commencer derrière lui.

Laissez moi vous conter une histoire... Alors c'est un belge qui entre dans un bar...

 Ouvrir et clore ainsi son film en nous mettant à la place d’un spectateur d’une pièce de théâtre, pour un film qui traite de Shakespeare, ça peut paraître un peu facile comme effet de mise en scène, mais c’est tout de même assez bien vu.

Pour preuve quand l’intrigue se termine et que le narrateur réapparaît pour clore la pièce, les lumières se rallument et les spectateurs du théâtre sortent de la salle. Observez bien les gens dans la salle de cinéma, l’effet d’identification est imparable. Nombre des spectateurs de la salle du cinéma se sont levés machinalement à ce moment comme quand son voisin au théâtre se lève, alors que le générique n’avait même pas commencé.

Visuellement parlant, le film est un délice. A force de gros films où les effets visuels constituent le seul intérêt, Emmerich sait à qui demander pour avoir de belles images.
Et quand les toutes dernières technologies d’images de synthèses sont au service de la reconstitution du Londres du XVIème siècle, on est bien au-delà de la Rome de Gladiator, déjà très belle.
 Des rues boueuses, où il faut marcher sur des planches pour éviter la mélasse qui jonche le sol, aux grands mouvements de caméra aériens à la Seigneur des Anneaux pour survoler la ville, Emmerich voulait faire de la ville un personnage et c’est réussit. Et que le réalisateur de Independance Day, Godzilla, 2012 ou Le jour d’après s’applique à construire une ville SANS la faire péter après, c’est déjà presque une prouesse technique en soi ! Mais oui, Roland ! Effectivement, les images de synthèses ça peut être juste beau sans être spectaculaire !

L’autre grande qualité du film: ces acteurs. Surtout celui qui incarne Edward De Vere, Rhys Ifans qui reste le meilleur effet spécial du film.

Il est bien loin le Spike de "Coup de foudre à Notting Hill" !

 Enfin en premier rôle, et enfin beau ! Hallelujah ! C’est vrai qu’on l’adorait dans ses rôles déjantés, mais sorti de ses habituels rôles d’excentriques (Xenophilius Lovegood dans les derniers Harry Potter, ou Spike dans Notting Hill), il montre avec ce vrai premier rôle dramatique qu’il est un excellent acteur. Et ça fait rudement plaisir, parce que nous on l’adore Rhys !

A la lecture de tout ça, on pourrait croire qu’Emmerich s’est fait enlever par ses extra-terrestres d’Independence Day et qu’ils nous l’ont rendus changés … N’exagérons rien !

Le réalisateur n’est pas non plus devenu Kenneth Branagh. Il base son film sur un fond de conspiration qui vise à ravir le trône à la reine Elizabeth I par le clan des Cecil et des Tudor. Et c’est là que ça commence à se compliquer.

Ces conspirations sont utilisées comme déclencheur de la décision de De Vere de rendre publique ses œuvres, mais on a du mal à bien tout comprendre.
Emmerich n’est pas historien, et a toujours mis en scène des scénarios très linéaires aux enjeux et aux personnages clairement définis.

Allez d'un point A à un point B pour sauver sa famille, ça Roland il sait faire (ici dans 2012)

Sorti de « Il faut sortir l’enfant coincé dans la voiture, et sauver le chien à la fin du film», on le sent perdu dans le labyrinthe de ses intrigues dans un montage non chronologique, certes intéressant, mais dans lequel on se perd nous aussi.
Si bien qu’au coup de théâtre final, on réalise qu’on n’a pas vraiment compris qui était qui. C’est bien dommage, car cela plombe un peu toutes les qualités précitées du film.
Pas de panique non plus, 5 minutes après, une petite phrase résume le tout et on saisit mieux ce qui vient de se passer, mais le mal est fait.
On s’est demandé « mais de qui il parle là ? » et on s’est rendu compte qu’Emmerich avait choisi un sujet historiquement trop ambitieux pour lui.

Roland Emmerich le schizophrène :

Le bulldozer autrichien avec ce film nous déroute vraiment.
Une mise en image sublime, un acteur principal formidable, un sujet de fond passionnant, mais dans lequel on voit bien qu’il est dépassé par l’ambition de son sujet.

On devine une tentative d’évolution, qui se résume dans une phrase du cinéaste à propos du film :
« Plus je vieillis, plus je crois en l’écrit. Et j’accorde de plus en plus d’importance aux personnages. Pas de panique cependant : je crois toujours à la puissance de l’image. »

Oui Roland, l’image ça va, mais le fond ?
Emmerich l’a avoué volontiers, il a monté le film dans le désordre pour plaire à un public plus intellectuel et exigeant. Comprenez: pour faire intelligent.

Il semble à demi-mot ainsi avouer être conscient que ces films précédents ne sont pas autant travaillés, car destinés à un public moins exigeant qui se contente de prouesse visuelle et technique, et non de talent scénaristique ou de qualité de montage.

Etrange confession qui en dit long sur la nature d’Emmerich : un cinéaste sans identité propre qui donne au public ce qu’il attend en fonction du sujet traité. Dommage.

Terminons sur une citation du cinéaste à propos du film, qu’il a emprunté à son personnage Edouard De Vere : « L’art a une fonction politique, sinon, il se limite à être purement décoratif ». Purement décoratifs étaient donc les films précédents du réalisateur…

Emmerich qui enquille avec un nouveau projet : un film de Science fiction. Chassez le naturel… A moins que…
Non… Et si Anonymous n’était q’un film « signé » Roland Emmerich ? Un film en fait réalisé par un cinéaste anonyme qui aurait confié au cinéaste autrichien sans personnalité la paternité d’un film historique ?
Noooon…! A moins que…?

Anonymous de Roland Emmerich, avec  Rhys Ifans, Vanessa Redgrave, Joely Richardson.  Actuellement au cinéma

Professeur Wicked

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