Melancholia de Lars Von Trier – Sortie DVD – La critique/débat !

Les Golden globes 2012 viennent de se tenir ce dimanche 15 janvier à Los Angeles, et déjà au loin se profilent les Oscars 2012.
Vainqueur de la catégorie meilleur film : Melancholia de Lars Von Trier .
Désigné meilleur film de l’année 2011 par la société nationale des critiques de films américains, ce drame contemplatif a pour interprète principale Kirsten Dunst, déjà récompensée par le prix d’interprétation féminine pour ce rôle à Cannes.
Les récompenses de la NSFC, qui est constituée de 58 critiques travaillant pour les grands journaux américains, donnent des indications pour les Oscars, attribués le dernier dimanche de février et nous avons de grande chance de le voir emporter une ou plusieurs statuettes.
Et ça tombe rudement bien parce que le DVD/Blu ray du film sort cette semaine.

Synopsis :
À l’occasion de leur mariage, Justine (Kirsten Dunst) et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la sœur de Justine, Claire (Charlotte Gainsbourg) et de son beau-frère (Kiefer Sutherland).
Mais Justine est mélancolique, et ne s’amuse pas. En fait, elle glisse vers la dépression. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre…

Un drôle de film triste :
Alors Melancholia c’est quoi au juste ?
Von Trier décrit son film comme étant “un beau film sur la fin du monde”.
Bon déjà il spoile bien le père Lars, on sait comment ça finit ! Mais bon peu importe. Là n’est pas le plus important.
L’essentiel réside dans le rythme très lent et contemplatif d’un film aux antipodes des films habituels sur la fin du monde tel le récent 2012 de Roland Emmerich.

Mélancholia détruit la terre...vous êtes prévénus dés le début !

Bien sûr il y a ce parallèle évident entre une planète appelée « Mélancholia » qui va détruire la terre, et la dépression de Justine qui détruit sa vie.
Mêler ainsi film « catastrophe» et drame intime, c’est une approche artistique certes audacieuse et intéressante, mais qui aboutit à un film ambigu.
Cette lenteur, très joliment mise en images ne devient-elle pas ennuyeuse à regarder sur 2 heures ?
Deux points de vues sont possibles sur ce film et ça tombe bien, les deux pilotes du canapé intergalactique ne sont pas d’accord. Comme c’est un film qui peut autant fasciner qu’il peut ennuyer, pour être complétement honnête nous devions abordés les deux points de vues sur le film.
Un pour, un contre, Melancholia le débat, c’est tout de suite !

Captain Mac Aaron : Alors Melancholia , Ca y est tu l’as vu ? c’est génial hein ?

Professeur Wicked : Oh non arrête qu’est-ce que je me suis fait chier !

Captain : Quoi ?!! Aaaaargh !

Pr W : Non attention, Je ne dis pas que c’est un mauvais film ! Les 10 premières minutes sont un bijou de créativité, des images sublimes qui rappellent les créations de Michel Gondry pour les clips de Björk (qui était dans Dancer in the dark de Von trier aussi)
C’est une ouverture tout en ralenti sur de la musique classique, hypnotique; c’est digne de l’ouverture de 2001 sur la musique « Ainsi parlait Zarathustra« .
En plus après la fin du film tu comprends que ce sont des moments clés du film qui te sont montrés dans ces tableaux ultra stylisés, qui sont une métaphore de la psyché de l’héroïne angoissée qui s’enfonce dans la dépression.

Captain : bon et ben où est le problème ?

Pr W : La suite ! Cette mise en images sublime aidée par de nombreux effets spéciaux, met la barre trés haute d’emblée et vraiment j’ai adoré, surtout venant de la part du cinéaste fondateur du dogme (filmage camera à l’épaule, sans effets spéciaux, ndlr), ça changeait !
Enfin !
Mais passée cette séquence, on rebascule dans ce qui m’énerve chez Lars von Trier : une caméra qui bouge sans arrêt qui zoom, qui dézoom, un montage saccadé censé traduire la nervosité des personnages…En fait on alterne les longs plans contemplatifs sublimes tout en effets spéciaux et un filmage intimiste fatiguant.

Captain : Moi j’avoue que je me laisse embarquer facilement avec lui… C’est ludique, agaçant, maniéré mais hyper travaillé et passionnant.(et toc, dans les dents !) Ce qui est passionnant et qui rend passionnant le cinéma de Von Trier. Ne pas s’attendre à quoi nous allons assister. Une proposition de cinéma, voilà ce que moi j’aime voir.
Les premières images, tu l’as dit, sidérantes de beauté offrent les images attendues de la fin du monde pour mieux l’évacuer. C’est à l’aune de cette introduction que l’on va juger les travers des uns et des autres. D’autre part, la position de la dépression tient quasiment  de la mystique. C’est une proposition philosophique.

Tu sais que le cinéma est un médium qui peut aller au-delà du simple divertissement. C’est Astruc et la caméra-stylo. On écrit des pensées avec de la lumière. Puis je te rappelle qu’avant même de jouer de la caméra portée, Lars Von Trier était un fou de technique: ses premiers films (La trilogie Europa) étaient ultra-maîtrisés jusqu’à la névrose.
Et puis le montage saccadé et la caméra qui bouge c’est un peu le crédo de 24 heures chrono et le systématisme de Paul Greengrass (Green Zone, Vol 93). La technique de montage qu’utilise Von Trier qui consiste à mêler sur une même scène des interprétations différentes des acteurs fait ressortir une nouvelle émotion. Je trouve cette expérimentation radicale fascinante. Vrai que ça devient chez lui un gimmick mais cela explique aussi les prix d’interprétation successifs que ses films ont reçus. Ses tournages sont baignés d’un état de grâce et son montage le sublime.

Pr W : Oui bien sûr l’expérimentation est intéressante, je ne parle pas de la forme magnifique du film. Mais pourquoi toujours nous coller des histoires de familles qui se désagrègent soit à cause d’un accident (Breaking the waves), soit d’un handicap (Dancer in the dark), soit d’une dépression (Melancholia)… je bosserai en hôpital psy si c’était mon dada ! Je ne vais pas au cinéma pour déprimer, c’est ça qui me gêne.

Il y a par exemple des films sombres et déprimants mais dans lesquels il se passe des trucs.

J’ai adoré Donnie Darko par exemple. Ça parle d’un ado déprimé, et ça finit mal, pareil, mais on te donne une histoire à suivre.
Regarder Kirsten Dunst déprimer dans une intrigue où il ne se passe presque rien, sur 2h c’est long !
Et vlan dans ta face de dogmatique ennuyeux !

Captain :Je ne suis pas d’accord: Festen de Thomas Vintenberg est plutôt drôle…

Pr W : avec le scandale de l’inceste pédophile ? Oui tu as raison, une famille qui se désagrège (encore) à cause de l’inceste, c’est une vraie rigolade !

Captain : Le film l’était vraiment, drôle… C’est un peu comme Tobe Hooper qui dit qu’il doit toujours y avoir une part de comédie dans l’horrible afin de le rendre efficace… Moi j’avoue que j’ai bien ri sur ce film (et je sors pas d’un hôpital psy, c’est pas vrai !).

Pr W : Tout ça n’est qu’une question de goûts personnels au final. Moi j’aime qu’on me raconte des histoires avec lesquelles je m’évade, ou qui me montrent des rôles dans lesquels je peux me fantasmer.

Comme dirait Spielberg, « je fais des films « larger than life » « .Moi c’est ça que je veux voir .
Si je veux du réel et du drame je mate un documentaire de Frederick wiseman (que j’adore), par exemple Wellfare sur la sécurité sociale aux states dans les années 70, ou même Shoah de Lanzmann, 8h captivantes sur l’holocauste.

Captain : Moi, je rejoins Alexandre Astier sur le fait que l’on vit dans un univers si confortable que l’on évacue un peu trop vite le moindre truc qui met mal à l’aise et que c’est grave… Mais j’avoue qu’il faut de tout pour faire un monde…(voir la vidéo ici : http://www.dailymotion.com/video/xg6a7g_alexandre-astier-chez-morandini-contre-la-tele-realite_news).

Je voudrais aussi te rappeler que l’une des obsessions de Spielberg, dans ses films, c’est la famille dysfonctionnelle. Le malaise psychologique est souvent le moteur de l’intrigue. Alors effectivement, il y a de l’effet spécial, du spectaculaire, du « plus grand que la vie », mais derrière tout cela il n’y a qu’un petit garçon qui se lamente et qui trouve refuge dans l’imaginaire.

Après, je suis d’accord avec toi sur le fait que si l’on veut voir un objet audiovisuel qui soit critique vis à vis du monde dans lequel on vit, je suis pour le documentaire (A bas les Dardennes et leur infâme Rosetta). Je ne vois pas l’intérêt d’une bête mise en images de quelque chose qui peut être filmé dans la vrai vie. Ici, on est dans la mise en images d’un état mental. C’est loin d’être quelque chose que tu perçois dans la vie. Et le drame, il y en a partout, dans le moindre film, non ?

Par contre, je suis toujours ulcéré de côtoyer des jeunes (de l’ESRA par exemple) qui me font des discours théoriques fumeux sur Michael Bay ou Spielberg et décrétant que Von Trier, Tarkovsky ou Godard sont chiants donc irregardables,en dehors des films qui ont été loués par leurs profs…

Toi au moins tu fais l’effort de voir et de forger un goût personnel, qui m’horripile parfois, mais sinon ce ne serait pas amusant (Tron Legacy ? Non mais franchement ?)

Pr W : Ouais Tron Legacy est un chef d’œuvre exactement! Et peut-être que chez spielberg, la famille dysfonctionnelle est aussi au centre des films, mais on arrive après que cela soit arrivé. c’est un contexte, pas le sujet même.
Von trier ne me fait pas chier parce que je veux évacuer tout réel de ce que je regarde. Je dis juste que au même titre que je zappe devant un reportage trop déprimant du JT, je ne m’inflige pas volontairement 2h de déprime juste pour prendre conscience que des gens vont mal.
On le sait que la dépression existe…
C’est pour la même raison que la tendance ciné française à regarder le nombril de la déprime du couple des trentenaires du genre « Comment je me suis disputé, ma vie sexuelle », me fait tout autant chier.
Et puis il n’y a pas que la beauté du début qui me plaît, les 20 dernières minutes, où il se passe enfin quelque chose, je les ai adorées parce que justement on commençait à me raconter une histoire. Pas juste des personnages qui se regardent dans le blanc des yeux.

2001, le film référence absolu

La beauté ne suffit pas à masquer qu’on s’ennuie…Et même voir les seins de Kirsten Dunst longuement montrés n’y font rien ! Même dans 2001 l’odyssée de l’espace qui parle aussi de planètes sur fond de musique classique, on avançait dans une intrigue.

Là c’est Partie 1 : Justine déprime/ Partie 2 Claire à peur de mourir… 2 courts métrages auraient suffi !
Non vraiment j’insiste, ce qui me gêne le plus ce n’est pas le sujet de la déprime, c’est vraiment que le film se traîne pendant 1h30 sur 2h .

Et là je te signale que je viens de nous attirer 300 lecteurs rien qu’avec la photo mec ! Alors c’est qui l’patron ?

Captain : Je t’accorde que Melancholia est plus une œuvre d’art contemporaine qu’un film narratif… Je serai d’ailleurs curieux d’en lire le scenario… Mais tu sais que mon cheval de bataille c’est la narration, la dramaturgie. Je suis absolument sidéré par la défense inamovible du cinéma français de « la politique des auteurs » qui était révolutionnaire et anti-bourgeois en 1959 grâce à la nouvelle vague pour devenir une tradition depuis  50 ans. On fait du « film d’auteur » à foison avec quasiment les mêmes recettes. Aucune innovation, rien.

Je trouve la subversion narrative de ce film de haute volée, ici. Cela m’a donné envie de revoir Stalker de Tarkovsky. Il y a un « au-delà de l’histoire » qui me donne envie de m’élever. Cela agace ou on adore, mais cela ne laisse pas indifférent. Alors, c’est vrai, je t’accorde qu’une demi-heure en moins aurait été idéale mais nous n’aurions pas cette notion de torpeur qui imprime tout le métrage.

C’est peut-être une oeuvre qui se prête bien plus pour le rituel du cinéma: aller voir un film en salle permet de se mettre dans un état de concentration différent que chez soi. Une oeuvre d’art en somme qui se prête à une posture muséale.
Et dire que je parle d’art contemporain à un gars qui a vu Mortal Kombat !!!

Pr W: C’est pas charitable ça ! J’ai souffert moi pour rendre mon rapport sur cet ovni du Jeudi !
Tiens d’ailleurs, si on réalisait MortalKolia ?!!

Entre les coussins du canapé, ils aperçoivent un gigantesque vaisseau s’approchant inéluctablement de leur beau canapé.

Captain:
J’ai peur Professeur, serre moi fort, je ne veux pas mourir !

Pr Wicked: Moi aussi Captain…moi aussi…

MELANCHOLIA

Un film de Lars Von Trier

Avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland

Disponible en DVD et Blu-Ray

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