J.Edgar- Un Eastwood patine, un Léo s’éveille

Cela faisait un moment qu’on l’attendait ce film sur la vie de J.Edgar Hoover celui qui fonda le F.B.I.
Et pour cause, on allait nous servir du Léonardo, sur son lit d’histoire américaine des années 20 à 70, le tout accommodé d’une petite sauce Biopic à la mode Eastwood.
« Oh que c’est gourmand ! » comme on dit sur M6 !

Personnellement je commençais à me dire qu’on aurait une sorte de Public Ennemies mâtiné d’Invictus et ça me plaisait bien.
Contrairement à son film sur Mandela, Clint ne s’intéresse pas ici à une partie de la vie d’une personnalité, mais à sa vie entière, ce qui implique un traitement complétement différent de l’histoire.
Dans un cas on a un enjeu bien défini : comment la victoire d’une équipe mixte va aider à abolir l’apartheid et amener Mandela au pouvoir.
Dans un autre cas on doit traiter d’une vie entière et d’une institution qui symbolise l’histoire américaine moderne. Un sujet autrement plus vaste qui exige une écriture et une réalisation ayant des axes clairement définis.

Petit problème, et surprenant venant de la part d’un cinéaste de l’envergure d’Eastwood, ce travail scénaristique semble avoir été oublié ce qui débouche sur un film bien moins captivant que ce qu’il promettait d’être.

American History :

Les promesses étaient pourtant hautes et alléchantes tant la figure de J.Edgar Hoover est sujette à fantasmes.

Quoi ma gueule ? Qu'est ce qu'elle a ma gueule ?

Créateur et directeur du F.B.I, de 1924 à sa mort, soit durant 48 ans, il est à ce jour celui qui est resté le plus longtemps à la tête d’une agence fédérale américaine, ayant servi sous huit présidents, de Calvin Coolidge à Richard Nixon.
De ses réussites les plus incontestables à ses méthodes les plus douteuses, cette agence devint plus forte que la Maison blanche, faisant de Hoover l’homme le plus puissant des Etats unis pendant près de 40 ans.

Dossiers compromettants sur Mme Roosevelt et ses relations lesbiennes, chantages auprès des présidents, pressions diverses, rien ne fut écarté pour asseoir un réel pouvoir parallèle digne d’un système mafieux, mais légal et officiel dont le but initial était de protéger les Etats unis d’une invasion bolchévique.

Une institution entièrement indépendante n’ayant de rendre de compte à personne sauf au ministre de la justice. Ainsi en 1974, après la mort de Hoover, ce fut le travail du F.B.I qui permit d’incriminer le président Nixon dans l’affaire des écoutes du Watergate, menant à la démission de ce dernier.
Une institution définitivement plus forte que la Maison Blanche.

Hoover et Tolson sont de trés bons amis...ou plus ?

A cette dimension purement historique vient s’ajouter le flou qui entoure la vie privée de cet homme qui était le mieux placé pour dissimuler ce qu’il voulait taire.

Une orientation sexuelle sujette à débat concernant une probable relation homosexuelle avec son bras doit Clyde Tholson, une paranoïa vis-à-vis des étrangers, une soif de starification relevant du complexe d’infériorité, autant de sujets qui pouvaient aussi intéresser n’importe quel cinéaste.

Vie privé/vie publique :

Entre ces deux vies toutes deux riches de mystères, il fallait donc choisir un angle, et voici bien le problème dans lequel Eastwood s’est empêtré .
Faut-il mettre en avant la personnalité de l’homme, sa vie privée, ses joies, ses peines ?
Ou est-il plus judicieux de se focaliser sur le « bébé » de Hoover, et d’utiliser l’histoire du F.B.I comme prisme de l’Histoire des Etats unis et de la société américaine ?
Un choix important puisqu’il en découlerait 2 films complétements différents.

Blondin, euh Clint pardon, à lui, fait le choix audacieux mais très casse gueule de faire les deux. Résultat …il s’est cassé la gueule .

Les premiers experts de l' Histoire.

Les parties sur la création du Bureau des investigations sont passionnantes.
De la foi de Hoover en l’importance des empreintes digitales jusqu’à la création de fiches détaillées sur les habitants du pays, en passant par la préservation des scènes de crimes, ou encore les premiers pas de la police scientifique, tout dans ce récit est captivant.

Puis viennent les moments où Eastwood nous montre l’homme, plutôt que le patron.

Un homme dont il fait un homosexuel refoulé, souffrant d’un sévère problème œdipien. Mais à vrai dire on s’en moque un peu.
Ces passages cassent totalement le rythme et l’intérêt du film. Que Hoover et son bras droit Clyde Tolson aient pris tous leur déjeuners, dîners et vacances ensemble, et qu’ils soient enterrés à quelques mètres l’un de l’autre, étayent cette théorie sur la vie amoureuse de cet homme sans femmes. Certes. Mais les enjeux de ces scènes et leur rythme ne font pas le poids face à la pugnacité de l’homme et au punch des séquences montrant la partie F.B.I.

-" Clyde c'est ton tour de vaisselle !" - "Je refuse John, c'est l'heure de Question pour un Champion !"

On sent bien qu’Eastwood considère ces moments comme des respirations pour montrer toute l’ambiguïté de Hoover. Mais étant donné que cette relation entre les deux hommes reste platonique, à force de long regards silencieux entre eux, pour le spectateur ces respirations se transforment rapidement en ronflements.
Ce qui est d’autant plus dommage c’est que ces scènes longuettes prennent la place de scènes qui auraient pu traiter de toute la partie de l’histoire du FBI des années 40 aux années 70.
On aurait pu voir la lutte contre les nazis, le Maccarthysme, l’enquête sur la mort de Kennedy, la crise des missiles de Cuba,etc.
Tout ceci, Eastwood l’évacue très rapidement de son film pour nous servir à la place un récit bien mollasson des mœurs de Hoover. Dommage.
Ce qui sauve réellement le film, c’est son interprète Léonardo DiCaprio.

Une étoile est née :

Je ne vous mentirai pas, je faisais partie à la fin du siècle dernier de la fronde anti Dicaprio, sans avoir même vu Titanic.
Une rébellion toute en mauvaise foi à l’encontre de n’importe quel mâle adulé soudainement par des millions de donzelles ( qui à la seule prononciation du prénom du dit mâle devaient renouveler leur sous-vêtements).

Mais le temps a passé et, contrairement à un Josh Hartnett, autre « hyper-beau-gosse-de-la-mort-il est-trop-beauuu-haaaa ! » de la même époque, l’acteur sut dépasser l’engouement pour sa plastique grâce à un talent d’acteur évident et une intelligence indéniable dans le choix de ses films.

Pour preuve il passera de ses rôles de joli minet trop mignoooon , Roméo + Juliette , Titanic, La plage (période 1996-2000) à des rôles bien plus ambitieux aux coté de réalisateurs tous plus prestigieux les uns que les autres.
Depuis 2000 il a tourné dans 4 Scorsese (Gangs of new york, Aviator, Les infiltrés, Shutter Island), un Spielberg (Arrêtes-moi si tu peux), un Ridley Scott (Mensonges d’état ), sans oublier Sam Mendes ( Les noces rebelles) ,ou encore Christopher Nolan (Inception).
A ce titre notons que DiCaprio, si l’on inclut sa collaboration à venir avec Scorsese sur un futur film sur la vie de Sinatra, n’est plus qu’à 3 films d’égaler le nombre de participations record détenu par Robert DeNiro dans les films du maître (8 au total) .

Marty et ses alter egos, d'une génération à une autre de grands acteurs.

 Des performances profondément touchantes et justes à chaque fois, malgré la variété incroyable des registres abordés. Drame, action, thriller, film d’époque, DiCaprio n’en finit pas d’éblouir dans des films aussi prestigieux que leurs réalisateurs,qu’il rend encore meilleurs par ses performances.
Cette série ininterrompue de films réalisés par des pointures hollywoodienne continue avec ce J.Edgar, où Di Caprio franchit une nouvelle étape : Non seulement il ajoute Clint Eastwood à son palmarès de réalisateurs, mais en plus il sauve le film de la cata.

Si, comme dit auparavant on ne fait que somnoler devant l’intrigue, c’est grace à la performance impressionnante de DiCaprio.

Il est bluffant de voir comment l’acteur a réussi à adapter son jeu, sa diction sa démarche aux scénes où Hoover est montré vieux. Certes on le reconnait bien malgré le vieillissement, mais le boulot de maquillage élaboré, marié au jeu parfait de l’acteur donne naissance à un Hoover très crédible.

Une interprétation impeccable qui arrive a faire supporter les lenteurs du film

Rien à dire non plus sur les scènes de drame où Hoover combat sa propre homosexualité. Leonardo y est d’une justesse très touchante.

Qu’un acteur soit meilleur que le film dans lequel il joue ce n’est pas nouveau. Mais sauver un film de Eastwood, là y’a du level !

On nous vendait Brad Pitt comme le nouveau Redford, mais la vrai classe pour reprendre le rôle de Gatsby, c'est Léo qui l'a .

Petit à petit l’ancien minet horripilant construit sa légende. Il ajoutera bientôt à sa filmographie de nouvelles collaborations prestigieuses tout en abordant des genres tout aussi nouveaux pour lui : Gatsby le Magnifique, reprise du rôle de Redford, réalisé par Baz Luhrman ; et Django Unchained, l’hommage de Quentin Tarantino au western spaghetti mythique du même nom (il y jouera aux coté du vrai Django d’origine Franco Nero !)
Bon OK je capitule, t’as la classe Léo ! Clint par contre pour ton prochain film tu te ressaisis s’il te plait tu seras mignon !

J.Edgar de Clint Eastwood, avec Léonardo DiCaprio,
Naomi Watts, Josh Hamilton
Actuellement au cinéma

Professeur Wicked

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