MILLENIUM – Sur les rails

C’est avec circonspection que je suis sorti du cinéma après la projection du dernier Fincher. Le bougre, souvenez vous,  avait démarré sur les chapeaux de roue en rejoignant le marasme d’Alien 3 que nous avons détaillé dans un précédent article. Depuis l’aventure Fight Club, ses productions se sont de plus en plus orientées vers des sujets de qualité auxquels sa virtuosité technique et son sens de la mise en images apportaient un regard neuf et souvent subversif.

Millenium, le livre à succès de feu Stig Larsson, avait déjà bénéficié d’une adaptation  un peu trop sage comparé à l’atmosphère de déliquescence que suintait le roman. L’intrigue sur laquelle se repose le roman est somme toute assez classique puis qu’il s’agit d’un simple « whodunit » à la Agatha Christie (rechercrche d’un coupable). Si on part rapidement sur la trace d’un tueur en série, cette intrigue n’est qu’un prétexte, un écrin pour y présenter les deux personnages principaux : Michael Blomkvist et Lisbeth Salander.

 Si l’intrigue est attendue, Blomkvist et Salander sont loin du cynisme et du nihilisme des héros du genre. Michael est clairement présenté comme étant un chevalier blanc, droit et profondément honnête jusque dans sa sexualité. Lisbeth, elle, est une jeune femme meurtrie, incomprise et d’une redoutable intelligence. Elle est le contraire de Michael dans son comportement car clairement asociale, pourtant, malgré toute la violence et la rage qui se dégage d’elle, elle recherche la pureté. Leur honnêteté est mise à rude épreuve par la violence des autres (le financier  Wennerström pour Michael ; l’ignoble tuteur pour Lisbeth) et leur rencontre va leur permettre d’espérer une vie meilleure (plus, dans un premier temps, pour Lisbeth Salander).

C’est évidemment par le prisme du personnage le plus intéressant du livre que Fincher forge son Millénium, sous-titré en anglais par « La fille avec un tatouage de dragon » . Après une courte introduction de l’intrigue à venir vient un générique d’une vénéneuse beauté très James Bondien censé relater le passé de Lisbeth Salander. Saluons la seconde collaboration de Trent Reznor et Atticus Ross avec David Fincher qui nous offrent de nouveau une réjouissante bande originale en la reprise du Immigrant song de Led Zeppelin, trés tendance depuis quelques années (Shrek 3, générique de 50 min inside sur Tf1, entre autre).

Le premier tiers du film, comme dans le roman, suit les trajectoires difficiles de Michael et Lisbeth, éprouvés l’un et l’autre par les désidératas des institutions et des financiers. Depuis The Social Network, Fincher a tendance à noyer le spectateur d’informations pour permettre à l’intrigue de démarrer plus vite. Evidemment, il vous faudra être très attentif pour comprendre toutes les ramifications de la sulfureuse famille Vanger qui comportent de nombreux membres. Les spectateurs ayant lu le livre s’y retrouveront plus facilement. On regrettera la romance entre Michael et l’une des femmes Vanger, ici évacuée, et l’escapade en Australie (qui permettait d’avoir une respiration salutaire dans le roman) qui est resitué à Londres.

Le réalisateur David Fincher

On remarquera la subtilité de la mise en scène de Fincher lors de la discussion entre Michael et Henrik Vanger présentant le mystère : une dizaine d’axes de caméra différents et 3 valeurs de plan pour chaque, entrecoupé par de nombreux flashback. Aussi passionnant que le dialogue finale d’Amadeus de Milos Forman. La précision de ses cadrages et de ses mouvements apporte au récit une atmosphère de film d’horreur (l’arrivée au manoir Vanger). Etrangement, l’antre du tueur en série est filmé de façon clinique (la blancheur de la maison du tueur). Après avoir élevé la figure du tueur dans Se7en, l’avoir détruit dans Zodiac, David Fincher en fait un être non plus seulement commun, mais proche et inséré socialement. Le monde accepte ses propres monstruosités et c’est la vérité qui est la véritable menace (soit Michael et Lisbeth).

Au-delà de ces fabuleux personnages (Daniel Craig montre une nouvelle facette de son jeu, étonnant de sobriété), de l’atmosphère déliquescente qui suinte du moindre cadrage, c’est la retenue de David Fincher qui étonne. Le film est une bonne adaptation, un travail de commande au cahier des charges scrupuleusement suivi, une belle démonstration de virtuosité technique… Mais c’est surtout un film qui ne fera pas date.

Captain Mc Aaron

Publicités

2 réflexions au sujet de « MILLENIUM – Sur les rails »

    • Bonjour koopa 🙂
      C’est tout à fait volontaire, n’y voyez pas de la négligence ^^
      Nous voulions faire vivre au lecteur la même expérience que celle que nous avons ressenti en voyant le film.
      malgré un film convenable et prenant, C’est assez rare pour le mentionner mais une fois de retour à la maison, impossible de trouver quoi dire dessus.
      la dernière phrase traduit notre frustration.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s