THE LAST WINTER – Une lueur dans le blizzard

Nous avions abordé la déliquescence du cinéma hollywoodien contemporain dans l’un de nos premiers articles afin d’en dénoncer l’auto-citation constante jusqu’au Tintin de Steven Spielberg. La nomination aux Oscars de The Artist, film citatif par excellence, prouve le bien-fondé de cette théorie. Ce sont des petits films indépendants, trop souvent destinés à la vidéo, qui parviennent à se démarquer courageusement tout en développant des univers déjà connus.

Alors que Larry Fessenden (le fils de Jack Nicholson, excusez du peu) tenta l’originalité à tout prix dans l’étonnant mais maladroit Wendigo, c’est en réinventant un classique du cinéma de genre qu’il réussit son pari : donner une vision personnelle à travers son film. Ce film, c’est The Last Winter.

Synopsis

Un campement isolé en Alaska réunit une équipe chargée de préparer le terrain pour une future exploitation pétrolière. Alors que le consultant écologiste souhaite stopper le projet, le représentant de la compagnie s’entête à poursuivre le projet jusqu’à ce que des événements inhabituels se produisent autour du site d’une précédente mission polaire qui semble attirer irrésistiblement le benjamin de l’équipe.

L’art de se démarquer

Il n’aura, bien entendu, échapper à personne que le point de départ du film est proche du The Thing de John Carpenter. Pourtant, force est de constater que l’écriture des personnages est incroyablement bien travaillée alors même que chacun est clairement issu d’un schéma déjà connu et aurait pu facilement glisser dans la caricature (souvenons nous du black en rollers et combinaison fluo de John Carpenter, messieurs, dames !). Le scénario soigne la dynamique de groupe en soudant les protagonistes autour d’un passé commun, professionnel et sentimental.

On remarquera l’indéniable talent de Ron Perlman qui, malgré un personnage rebattu du représentant de la compagnie entêté, arrive à donner une réelle crédibilité à son rôle. Son antagoniste, James Legros, tire brillamment son épingle du jeu avec subtilité dans un bras de fer passionnant qui mêle jalousie et autorité. Tout cela concoure à élever cette bande en haut du panier des DTV (direct-to-vidéo).

Une mise en scène subtile

Bien que partageant des éléments communs à la matrice The Thing de par son décor, Larry Fessenden se démarque de son modèle par la nature de sa menace, invisible et impalpable. Les tensions entre les personnages sont élégamment mis en scène par leur place dans le cadre, les regards et les silences que renforce la blancheur des extérieurs.

Une utilisation du cadre tout à fait maitrisée.

Subitement l’angoisse vous étreint lors d’un changement de luminosité, d’un plan de coupe inattendu ou d’un mouvement de caméra quasi imperceptible. Les plans longs, loin de faire naître l’ennui, vous glisse dans une torpeur hypnotique qui vous étreint jusqu’au malaise sans même un effet spécial ou « le coup du chat qui surgit dans le plan ».

L’image du benjamin du groupe, nu face à l’immensité, ou la vision de ce cube d’acier isolé, glaçant comme pourrait l’être la boîte de Pandore hante l’esprit bien après la vision du métrage : c’est le signe d’une véritable maîtrise du langage cinématographique. Grisant !

Une référence évidente au monolithe du "2001" de Kubrick

Renouveler l’origine du mal

L’originalité de ce film tient, bien évidemment, sur la nouveauté de la menace. L’enjeu principal de cette communauté se trouve dans l’extraction de pétrole, le scénario va appuyer une thématique autour de l’écologie. [SPOILER] Puisque l’homme use de l’énergie fossile pour polluer la planète, Gaïa (l’esprit de la Terre) – cimetière de créatures depuis des millions d’années – réveille les fantômes d’entités antédiluviennes pour nous punir. [FIN DU SPOILER]. Si l’idée est bien entendu remise en cause, elle laisse le passage à un message écologiste plutôt bien vu et mis en scène avec une macabre poésie.

Ron Perlman, toujours aussi bon.

Les deux premiers tiers du film laissent place au véritable fantastique. Un contexte où l’on peut douter des théories développées, et par ce doute sentir naître une menace immatérielle.
Une poche de gaz cause des hallucinations ? Des fantômes ?
Si fantômes il y a, il n’y a cependant pas d’interaction entre vivants et morts, mais des exacerbations de comportements à l’instar de Les Innocents de Jack Clayton (inspiré du Tour d’écrou de Henry James).

On regrettera la scène finale [SPOILER] et l’incursion d’êtres fabuleux [FIN DU SPOILER] qui donne l’impression de ne pas appartenir au reste du film : faute de goût inexplicable qui, heureusement, ne porte que peu de préjudice à l’atmosphère irréprochable qu’imprime ce film.

The Last Winter

Un film de Larry Fessenden

avec Ron Perlman et James Legros

Disponible en DVD et Blu-ray

Captain Mac Aaron

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