The Descendants – Comme un cri sous l’eau

Même s’il commence légérement à glisser de beau gosse mûr, à  vieux beau un peu triste à voir à force de nous parler de son chien plutôt que de se marier, force est de constater que Georges Clooney est un excellent acteur. De la comédie chez les frères Coen ( O’Brother) , en passant par le thriller politique (Michael Clayton), au pamphlet anti militariste ( Les chèvres du Pentagone, Les rois du déserts), il a su prouver sa capacité à jouer dans un large registre. Sauf celui du drame.
C’était jusqu’à The Descendants, film d’Alexander Payne (Mr Schmidt, Sideways) nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur film, et pour lequel Clooney est nominé lui aussi pour le meilleur rôle masculin. Clooney qui assumerait enfin son âge dans un drame ? ça rend curieux c’est évident

Synopsis :

Matt King a des soucis. À Hawaii, la vie de sa famille bascule le jour où sa femme tombe dans le coma suite à un accident de bateau. Il tente maladroitement de se rapprocher de ses deux filles, Scottie, dix ans vive et précoce, et Alexandra, ado rebelle de dix-sept ans.  En plus de cela, il se demande aussi s’il doit vendre les terres familiales, les dernières plages tropicales vierges des îles, héritées de ses ancêtres hawaiiens. Quand Alexandra lui révèle que sa mère avait une liaison, le monde de Matt vacille. Avec ses deux filles, il part à la recherche de l’amant de sa femme.

Houla la grosse ficelle ! La corde ! Que dis-je, la corde, le câble de téléphérique !
Le coup de la femme dans le coma et du mari perdu avec ses enfants, ça sent le mélo M6 de l’après midi à plein nez ça ! Oui mais voilà Alexander Payne est un homme intelligent doublé d’un bon réalisateur. L’important pour lui n’est pas de construire un mélo autour d’un lit d’hôpital. Ce qui l’intéresse c’est la vie. La vie de cette famille.

Tous les protagonistes sont présentés comme en souffrance de leur condition de descendants. Les deux filles de King bien sûr, surtout la plus grande en rébellion contre sa mère pour le secret qu’elle l’a obligé à porter et la trahison faite à son père.
Mais aussi King lui même, dernier possesseur de terres ancestrales dont la revente lui assurera fortune et tranquillité au prix de la destruction de la dernière parcelle de paradis vierge de l’île.

Matt et un de ses cousins contemplant leur futur ex domaine

Un poids légué par ses aînés dont il se serait bien passé, tout comme celui d’être le décisionnaire officiel de la vente face à sa ribambelle de cousins, les autres descendants,  qui font pression sur lui pour vendre rapidement.
Dans ce film chacun à un poids, un secret, comme dans toute famille.
Matt ne sait comment annoncer à sa plus jeune que sa mère est mourante, Alexandra n’ose pas dire à son père que son épouse le trompait, la jeune Scottie elle, envoie en secret la nuit des insanités par SMS à ses camarades de classe, et même  Sid, le meilleur ami d’Alexandra a une histoire de famille pesante qu’il préfère taire.

Pour traduire cette intériorisation, Alexander Payne aura donc souvent recours  au monologue interne sur de très gros plans du visage de Clooney. Il nous fait de cette manière partager les émotions de Matt tandis que ce dernier fait son maximum pour en épargner le monde qui l’entoure. Pour rester digne. Le poids de l’héritage, du secret. Voilà donc ce qui intéresse Payne.

Pour sa mise en scène le réalisateur choisit  un ton sobre, en accord avec la dignité des personnages et ne tombe jamais dans le pathos, lui préférant un arrière plan de comédie. Chaque moment dramatique aura ainsi son contrepoint humoristique, qui désamorcera la tristesse ou la tension de la situation.

On en à l’exemple avec cette scène où Clooney venant d’apprendre que sa femme avait un amant se met à courir à travers l’île une paire de tongs aux pieds, lui donnant une démarche de canard empoté, alors que son visage affiche une détresse évidente.

Une des nombreuses scènes où on ne sait si l’on doit rire ou être peiné pour le personnage.

Sid,  lui aussi illustre parfaitement le ton de comédie que veut insuffler Payne à son film. Ce grand dadais que le père et les deux filles se trimbalent à travers le film, sans trop de raison apparente, de par sa présence inexpliquée et des bourdes plus grosses que lui, permet au réalisateur de rester sur le fil de la comédie dramatique sans verser dans le sentimentalisme .

Note pour plus tard, Sid, ne jamais se marrer de l’ Alzheimer d’une vieille dame quand son mari est là…

« Fuck Paradise » dit Matt au début du film. Un paradis, Hawaï ? Mon cul oui !
Avec cette phrase paradoxale opposant l’idéal à la réalité, Payne pose toute l’ambivalence de son film. Un cadre paradisiaque, mais un drame familial. Des situations difficiles mais mâtinées d’humour.

Le filmage de Payne se met lui aussi au service de cette pudeur.
Lorsque Matt annonce à son aînée la détérioration de l’état de sa mère tandis qu’elle nage, la caméra accompagne la jeune fille sous l’eau alors qu’elle se laisse couler, pour la voir crier, pleurer, et hurler, avant de remonter, silencieuse.

Tout le film est là. Une scène digne, puissante, à la détresse muette. … comme un cri sous l’eau.

 


The Descendants
, de Alexander Payne avec George Clooney, Shailene Woodley, Amara Miller
Disponible en DVD et blu ray le 31 mai 2012

Pr. Wicked

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