Tucker & Dale fightent le mal – Lavons l’honneur des ploucs !

La première fois qu’on a vu l’affiche de Tucker & Dale VS. Evil (dans son titre original) on a jubilé en se disant que bientôt nous aussi nous découvririons cette comédie d’horreur qui promettait du sang des tripes et des bonnes barres de rires.
Puis le temps a passé et toujours rien, pas de date de sortie, pas de distribution en France ! Une vraie honte ! Cette impatience qui n’a d’égale que celle qui nous ronge actuellement concernant la date de sortie inconnue de « Knights of Badassdom » (bande annonce ici)  va enfin être récompensée. Tucker & Dale débarquent en France  et ça va drôlement saigner.

Synopsis :
Tucker et Dale sont deux gentils péquenauds venus retaper une vieille bicoque qu’ils viennent d’acheter, située dans les bois .
Tandis qu’ils y rencontrent des étudiants venus faire la fête, une nuit une étudiante tombe à l’eau par accident, et nos deux amis vont la sauver et la ramène dans leur cabane.
Mais les étudiants pensent que Tucker et Dale sont des serial killers qui ont enlevé leur amie, et se mettent en  tête d’aller la sauver.
De leur côté les deux compères pensent que les jeunes ont fait un pacte de suicide collectif .
C’est le début d’un gigantesque malentendu aussi horrible qu’hilarant..



Les ploucs aussi ont des sentiments !

Tucker & Dale fightent le mal n’est pas une parodie de film d’horreur. Ne cherchez pas de la débilité à la Scary movie 15 , vous n’en trouverez pas. Le ton dominant reste ici l’horreur. Ou plutôt le survival d’horreur.
Vous savez ces fameux films qui faisaient dire à Bigard il y a bien longtemps :
– « les films d’horreurs j’vais plus les voir au cinéma on nous prend trop pour des cons !».
(Merde j’ai cité du Bigard, je vais aller en enfer !).
Ces films où des groupes de jeunes cons décident que c’est une bonne idée d’aller camper dans un bois ou de louer une cabane glauque pour le week end près d’un lac brumeux. Ces idiots finissent souvent par se faire décimer un par un, en faisant 2 groupes de 2, puis deux groupes de 1. Jusqu’à ce que le dernier survivant parvienne à regagner la ville et soit traumatisé à vie, avant de revenir dans le n°2 …
En général ce sera un bon bouseux en salopette et casquette avec des dents moisies qui les aura trucidés avec les outils de sa cabane.
A la manière d’ Hitchcock qui nous a collé peur de rentrer dans une douche avec Psychose,  John Boorman dans Délivrance en 1972  a inscrit dans notre inconscient collectif que les péquenauds américains sont des tarés congénitaux sodomites. Et depuis 40 ans, on les soupçonne capables des plus infâmes insanités terrestres imaginables.

Une large portion des survival horror a exploité cette phobie du plouc décérébré, des plus cultes (La colline à des yeux de Wes Craven, ou Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper) aux plus miteux (la liste serait trop longue). Hillbillies (ploucs des montagnes) ou Rednecks (bouseux des champs), sont devenus synonymes implicites d’instabilité mentale. Et c’est en prenant à contre pied ce poncif du film d’horreur, en décidant de réhabiliter les ploucs en salopette, que Eli Craig fait mouche. C’est tellement simple que s’en est brillant et qu’on se demande pourquoi personne n’y avait pensé avant.
Tucker et Dale seront donc tout ce qu’il y a de normal, l’un dégourdi, l’autre sensible et timide. Il suffit de voir la détresse dans le regard de Tucker quand Dale lui dit qu’il n’aime pas leur parties de pêche pour  comprendre la fragilité des héros.

Non mais vraiment, ils ont l’air de serial killers ?

Des bons bougres, travailleurs, qui viennent juste retaper une baraque dans les bois, honnêtement achetée. Malheureusement 40 ans de clichés cinématographiques sont passés par là avant, et forcement…

La bêtise, terreau de l’extrémisme :
Et forcement oui, deux mecs en salopettes, casquette dans une maison en bois délabrée, « ça fait film d’horreur ». Et il serait mal de trop vite les juger. MAL ! Ce que fightent finalement Tucker et Dale ce sont les apparences.
Un quiproquo après l’autre voilà donc une horde de gamins tous gavés de slasher movies, la tête remplie des clichés précités, qui persuadés de devoir sauver leur copine des griffes de tarés des collines foncent dans le tas…

1ére minute du film, nos imbéciles de jeunes citent déjà « Délivrance » de Boorman. Ah les préjugés…

Ils foncent dans le tas, littéralement. Un peu trop vite d’ailleurs, d’où le côté comique du film, vu le degré de maladresse de ces abrutis. C’est là qu’on commence à comprendre l’intelligence du scénario, car ils vont bien se faire décimer un par un, comme le veut la règle du genre, mais par eux mêmes. Ce qui conduira nos pauvres ploucs à en conclure qu’ils ont dû faire un pacte de suicide collectif.

Mon dieu que c’est con un jeune…

On renverse donc les conventions. Et le mal, ne sont pas ces tarés de péquenauds mais  la conneries des jeunes. Le mal c’est les préjugés sur les apparences. Un film plus profond qu’il n’y paraît en fin de compte.
Au fil de l’intrigue, la bêtise crasse de ces ados, et surtout celle de leur leader, nous fait passer du rire à la consternation, pour arriver à de vraies situations dramatiques dont la seule cause est la bêtise humaine.

Soudain, on ne rit plus

Croyez le ou non mais face à tant de férocité, nos si gentils Tucker et Dale sont réellement touchants dans leur incompréhension de ces événements qui les dépassent.
On approche alors clairement un discours métaphorique sur le racisme, la haine de celui qui est différent, et la violence qui en découle.


Shaun of the caribou :

Tourné en 2009 à Calgary, en Alberta (Canada), le film fut projeté en 2010 au festival de Sundance et sortit dans les salles américaines en septembre de la même année. Très peu distribué (30 cinémas) le film a depuis gagné ses galons et est à présent reconnu comme le petit bijou qu’il est.

Les cousins canadiens de Shaun et Ed, sont un peu dubitatifs…

Tucker & Dale fightent le mal, c’est le cousin canadien de Shaun of the Dead.
Tout comme dans ce dernier, on ne s’amuse pas à parodier des scènes connues de tous, mais à prendre les codes ultra connus de tous pour s’amuser avec .
Un film de genre qui fait bien stresser par moment, mais surtout qui s’amuse à rendre hommage aux conventions des films de genre tout en inversant les rôles des traditionnels méchants des films d’horreurs. C’est aussi futé qu’un Scream 4 (voir notre article) mais bien plus drôle !

Shaun of the Dead brillait par le côté incrédule des 2 héros qui, face à ce qui leur arrivait, avaient recours à des stratagèmes désopilants (lancé de 33 tours, bastonnage en rythme sur du Queen) le tout avec un humour britannique irrésistible, et des scènes de vrai drame malgré tout.
Tucker & Dale fightent le mal est de cette trampe, et arrive à tenir un discours sur la tolérance à nous faire rire et frissonner, le tout en prenant le genre du survival horror au piège de ses propres clichés.
Ce n’est pas rien.

Tucker & Dale fightent le mal, un film de Eli Craig avec Tyler Labine, Alan Tudyk, Katrina Bowden.
En Dvd et blu ray le 4 juillet 2012

Pr. Wicked

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