Sherlock Holmes, le dossier élémentaire – suite et fin .

Suite et fin de notre dossier consacré au personnage de roman le plus adapté au monde, 221 fois rappelez-vous! D’ailleurs, Jude Law n’en revenait toujours pas dans la première partie de notre dossier.
Au menu de cette suite : la place de Holmes dans la société anglaise, et les principales adaptations du personnage à l’écran.

Sherlock Holmes, un détective privé du domaine public


Sherlock Holmes
est entré rapidement dans la culture populaire mondiale, appartenant à tous, hier comme aujourd’hui.
Symbole de l’ingéniosité, de l’esprit d’aventure, et de la supériorité de l’esprit sur la force, Holmes, comme Hercule Poirot d’Agatha Christie, gagne grâce à ses cellules grises et non ses muscles, ce qui fait tout le charme.

Preuve de cette popularité, la première adaptation cinématographique de ses aventures date de 1900, soit un an avant même la publication du Chien des Baskerville. Ce film s’intitule Sherlock Holmes BaffledSherlock Holmes consterné ») à une époque où Holmes est encore officiellement mort dans les romans de Conan Doyle.
Certes dans ce court film Mutoscope de 30 secondes, de Holmes le personnage n’a que le nom. Mais on voit bien derrière ce choix marketing que le nom de Holmes est vendeur, du fait de l’immense popularité du personnage déjà à cette époque. La première franchise artistique de l’histoire du cinéma ?

Une popularité qui traverse le temps, et qui de héros littéraire est passé à emblème national, que les Anglais mettent un point d’honneur à garder bien vivant.
Prenez l’adresse de Holmes par exemple, le 221B Baker Street. Cette adresse n’existait pas à l’époque où Conan Doyle publiait les aventures de Holmes et Watson. Une adresse fictive pour un personnage de roman, c’est naturel.

L'évolution de Baker street au fil des ans

En 1935, York Place et Upper Baker Street ont été « fusionnées » avec Baker Street, rallongeant cette dernière. La renumérotation qui s’ensuivit permit ainsi à un immeuble de bureaux de la société Abbey National de prendre le n°215-229. Le n°221 est depuis ce temps officiellement inclus dans ce bâtiment. Pour perpétrer le folklore holmésien, Abbey National a pris en charge le courrier reçu à l’adresse de Sherlock Holmes, en répondant aux lettres adressées au détective fictif (jusqu’en 2002, date à laquelle Abbey National a quitté les bâtiments). C’est pas excellent ça ?!

Et depuis 2002 ? Au n°239 de Baker Street se trouve le Sherlock Holmes Museum, qui reconstitue l’appartement de Sherlock Holmes tel qu’il est décrit à travers les différentes aventures du détective. Pour achever la reconstitution, le Sherlock Holmes Museum comporte le n°221B au-dessus de la porte d’entrée, au lieu du n°239. La municipalité a fermé les yeux sur cette renumérotation.

Mon Dieu ! L 'inspecteur Lestrad ! A moins que ce ne soit Batman...

Mon dieu, un moldu s'infiltre vers le Poudlard Express !

Ceci est bien la preuve, s’il en était besoin, que les britanniques tiennent à garder leur héros littéraire le plus connu bien vivant, au même titre que le quai 9 ¾ de la gare de King’s Cross qu’ils ont créé en hommage à Harry Potter. Entretenir leurs mythes littéraires, c’est un honneur, et les Anglais ils savent faire !

Mais l’influence va bien au-delà des lieux. Prenez l’expression d’argot anglais « No shit, Sherlock » (Sans déconner, Sherlock). Une expression qui souligne sarcastiquement l’évidence d’une constatation. Exemple :
– « Oh il neige, il doit faire froid dehors… »
– « No shit, Sherlock !»

Et alors même que je rédige cet article, une police d’écriture m’est proposée :« Baskerville »
Du langage à l’informatique en passant par l’urbanisme, Holmes a infiltré tous les domaines de la société. Plus qu’un personnage: un mythe.

Sherlock, l’homme aux milles visages :
Si les aventures de nos deux compères intéressent autant, cela vient de la complexité et de la richesse des personnages de Holmes et Watson.

Un personnage au caractère si riche que bien des interprétations en sont possibles.

Sherlock a bien des facettes qui sont parfois contradictoires. Autant homme de science et d’analyse, qu’homme de terrain et fin escrimeur, il a un penchant pour l’héroïne et vit dans une relation souvent implicitement suggérée comme « homosexuelle platonique » avec Watson.
Dr Watson
qui, malgré cette relation ambiguë, est un homme à femmes (mais qui finira par se marier, on l’a dit plus haut) et que son statut de docteur et d’ancien militaire n’empêche pas d’être un joueur invétéré.
Par-dessus le marché, tandis que les autres détectives ont des enquêtes, ces deux-là ont des aventures ! On comprend là, la mine d’or scénaristique que représentent leurs péripéties, et le degré de sympathie que peut avoir le public pour eux.
Pouvant à loisir insister sur tel ou tel aspect des 2 hommes, il ont près de 53 récits tout prêts dans lesquels piocher. Du pain béni on vous dit !

A chacun son style, à chacun sa patte. Holmes est à tout le monde et sera illustré sous bien des aspects, décliné au cinéma ou à la télévision, à travers le prisme de tous les différents genres et cultures existants. Burlesque, fantastique, série B, dessin animé, film d’action, film intimiste, transposition moderne, ou même jeu vidéo !

Ne regardez pas votre montre victorienne à gousset comme ça, on ne va pas vous faire une liste exhaustive des 221 adaptations existantes, mais plutôt gustative. Celles qu’on préfère, ou les plus marquantes.

– 1924 – Sherlock Junior –  Le Sherlock Burlesque :

24 ans après ses premières aventures en Mutoscope, Sherlock fut pourvu d’un ersatz en la personne du maître du burlesque Buster Keaton. Incarnant un projectionniste qui s’endort dans sa cabine en lisant un récit de Sherlock Holmes, Buster sort de son corps en rêve et entre dans l’écran de cinéma pour vivre un tas d’aventures à travers différents films. A elle seules les quelques minutes de cette séquence sont un pur chef-d’œuvre du cinéma muet.

Comme dans le film du Mutoscope, le nom de Holmes n’est qu’un prétexte, l’intrigue n’ayant rien d’une enquête du célèbre détective. Constat intéressant que de voir encore une fois comment le personnage a été intégré à la culture populaire.

-1929-  Le retour de Sherlock Holmes – Sherlock parle !


Réalisé par Basil Dean, Sherlock, homme d’esprit aux reparties savantes peut enfin s’exprimer grâce au cinéma parlant.
Une adaptation somme toute très conventionnelle, mais qui fera néanmoins date. C’est en effet dans ce film que Holmes prononcera pour la première fois « Elémentaire, mon cher Watson ! », phrase qu’il ne prononce dans aucun des romans de Conan Doyle ! Et qui pourtant est à présent aussi indissociable de Holmes que l’est Watson.

– 1939/1946 – Basil Rathbone, le visage de Holmes :

Ah, vous voyez que vous le connaissez !

Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant si on vous dit « Sherlock Holmes » c’est son visage que vous voyez inconsciemment.
Présent dans 14 adaptations des aventures du Détective entre 1939 (Le chien des Baskervilles) et 1946 (Sherlock Holmes et la clé), cette série de films est considérée par beaucoup d’Holmésiens (oui il y a un fan club !) comme la meilleure des adaptations du détective à l’écran.

Tout en flegme, en stoïcisme, affublé d’un Watson ventru à grosse moustache, ces films installèrent de manière indélébile dans l’inconscient collectif les visages de Rathbone et de Nigel Bruce comme étant ceux de Holmes et Watson, quitte à en dénaturer les personnages.
Exit le coté aventureux de Holmes, le personnage reste stoïque pour en souligner l’implacabilité des raisonnements, et Watson, contrairement aux premières illustrations de Sidney Paget est un gros bonhomme, chose jamais décrite dans les romans (et pour cause c’est Watson qui les écrit).
Mais régalons nous donc de la bande annonce du premier film où Rathbone et Bruce incarnèrent Holmes et Watson, en 1939 donc, dans Le chien des Baskerville :

1959 – Le chien des Baskerville – Holmes et le gothique de la Hammer :

Le célèbre studio anglais Hammer films réputé pour ses films d’horreur et fantastiques gothiques, a lui aussi mis ses mains dans la mythologie Holmésiennes.
Peter Cushing (inoubliable Dr Frankenstein et Van Helsing de la Hammer) y incarne Holmes et Christopher Lee (inégalable Dracula dans la série de films du même studio) y incarne Sir Henry Baskerville.

La Hammer avait initialement prévu de créer une nouvelle franchise de plusieurs films avec Peter Cushing dans le rôle titre, mais les fans de la compagnie n’acceptèrent pas l’absence de monstres et l’idée fut abandonnée.

Malgré plusieurs inexactitudes par rapport au livre, cette adaptation reste, selon nous, la meilleure jamais faite. Un Holmes tout en épouvante gothique, on a-dore !

1970- La vie Privée de Sherlock Holmes- Un personnage de comédie :

En 1970, Billy Wilder (Certains l’aiment chaud, Sept ans de réflexion ) s’adonne dans ce film à une variation sur la relation Holmes /Watson. Affirmant à une comtesse russe que lui et Watson sont en couple, Holmes tente de se débarrasser de cette étrange femme qui lui demande de lui faire un enfant. Ce n’est que le début d’une intrigue où se croisent des nains, le monstre du Loch Ness et le frère de Sherlock. Une grande réussite qui ravira tant les amateurs du grand Billy Wilder que ceux de Sherlock Holmes.

Le ton débridé et loufoque du film contribue à faire de ce film ce que beaucoup considérent comme être le chef d’œuvre de la fin de carrière de Wilder.
Robert Stephens
et Colin Blakely incarnent les deux rôles titres et Christopher Lee (mais oui ! encore lui !) incarne Mycroft, le frère de Sherlock.

1984/1985 Sherlock Holmes, le manga :
Cette série de 26 épisodes est l’œuvre du grand Hayao Myasaki (Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro, Le château ambulant). Peuplé de personnages anthropomorphiques aux allures de chiens, le dessin animé se base grandement sur une esthétique entre technologie Steampunk et véhicules à la Jules Verne, ajoutant à la série un léger ton de science-fiction. Cette série installe tout ce qui constitue l’univers de Myasaki dans ses longs métrages. De Porco Rosso avec son héros “cochon”, jusqu’à la thématique de l’enfance en passant par toute ces machines mécaniques à vapeurs très élaborés ou encore son goût assumé pour la comédie.
Pour tout trentenaire actuel, c’est sans doute le premier Sherlock qu’on ait jamais connu, et le plus cher à notre Cœur. Rien que pour vous, le générique:

Aaaaah ça fait du bien !

1985 – Le secret de la Pyramide Indiana Holmes :
Non ce n’est pas parce qu’on vous parle de Spielberg toutes les semaines que nous sommes obsédés ! On est fans, c’est pas pareil d’abord ! Quand Spielberg décide de produire un scénario de Chris Columbus (Harry Potter 1 et 2), réalisé par Barry Levinson (Rain Man), ça donne du grand cinéma d’aventures des années 80 comme seule l’équipe Columbus-Spielberg (qui avait déjà œuvré sur Gremlins en 1984) est capable de nous en donner.

Une petite perle entre Indiana Jones (voir la revisitation des origines de Indy et celles de Holmes) et Dickens où est réinventée la rencontre de Holmes avec Watson et qui nous dévoile leur première enquête. Nous y consacrerons un article entier tant on l’aime.

1986- Basil, détective privé Sherlock Mouse :
Après l’échec de Taram et le Chaudron magique, Disney, qui cherche à se renouveler, se tourne vers une adaptation souricière des aventures du détective. Il est inspiré de la série de romans Basil of Baker Street de Eve Titus et Paul Galdone parus entre 1958 et 1982. dans ces livres, comme dans le film, Basil et dawson sont deux souris habitant dans les sous-sol de la maison de Holmes et Watson et résolvent moultes énigmes.
Une intrigue où Moriarty est remplacé par Ratigan, une génie du mal diabolique.
Il ne vous aura pas échappé que « Basil » provient du prénom de Basil Rathbone, évoqué plus haut.
Un film cher à notre cœur intergalactique de gamins des années 80… Allez, pour le plaisir chantons en cœur : « OOOOH RATIGAAAN ! »

2009- Guy Ritchie et le Sherlock fight club:
Guy Ritchie, l’ex de Madonna et réalisateur de films surestimés tel que Snatch, se colle à la modernisation du mythe dans un premier film éponyme. Partant du caractère irrascible et hautain de Holmes, il en fait un junky bagarreur surdoué, mis en scène sur un mode clipesque. La forme est nouvelle, le fond lui est bien mince.
Une suite est sortie cette année, Sherlock Holmes, Jeu d’ombres, dont vous pouvez lire notre critique ici.

2010 – Sherlock, the Moffat miracle :

En 2010, la BBC commande au génial scénariste Steven Moffat (Coupling, Dr Who, Jekyll, Tintin et le secret de la licorne) une série sur Sherlock Holmes.
Moffat
n’est pas Guy Ritchie, et lorsqu’il décide de moderniser les intrigues de Conan Doyle, c’est avec un immense talent, comme d’habitude.

Ce n’est pas le personnage qu’il va mettre au goût, mais les intrigues elles même, en tenant compte du fait que le spectateur connaît déjà le dénouement de bon nombre d’entre elles.

Tout comme pour « Le secret de la Pyramide », on ne va pas s’appesantir sur le sujet, on préfère vous faire un article dédié entièrement à la série d’ici peu, ce serait pêcher que de parler trop brièvement de ce pur bijou.
Benedict Cumberbatch
(Cheval de guerre, La taupe) y est absolument parfait quant à Martin Freeman (Le guide du voyageur intergalactique, Love Actually, futur Bilbo de Peter Jackson) ,il y est tout aussi grandiose. Et on ne vous parle même pas de la classe du Pr Moriarty !

Comme vous pouvez le constater, de son aventure muette de 1903 à la série de 2010, du dessin animé au fantastique en passant par la comédie ou le gothique, les aventures de Sherlock Holmes de par la richesse de ses personnages, et son ingéniosité, n’a pas fini d’inspirer les réalisateurs du grand et du petit écran.
Un succès planétaire éternel que devait être bien loin d’imaginer Conan Doyle, assis derrière son bureau dans son cabinet médical désert, en attendant des patients qui ne venaient pas (Voir la première partie de notre dossier) .

Quand à nous, notre passage dans la Galaxie Holmésienne s’achève ici, mais c’est promis, on reviendra vous parler du Secret de la Pyramide, et du Sherlock de la BBC .
Élémentaire, mes chers.

Pr. Wicked

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2 réflexions au sujet de « Sherlock Holmes, le dossier élémentaire – suite et fin . »

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