AU-DELA DU MAL de Shane Stevens : Le polar ultime

Le jeune Bishop a appris par sa mère qu’il était le fruit d’un viol perpétré par un certain Caryl Chessman, un violeur en série. Elevé dans la haine, brimé, abandonné puis enfermé en psychiatrie après avoir assassiné sa mère, il prépare sa vengeance.

Une chasse à l’homme sans précédent se prépare.

Du tueur en série dans la culture populaire

La figure du tueur en série a véritablement été popularisé par Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme avec Hannibal « le cannibale » Lecter, personnage aussi séduisant qu’effrayant qui permettait l’arrestation de l’un de ses pairs grâce à ses capacités de psychologue.

C’est d’ailleurs cet aspect psychologique et la mise en avant de « la science du comportement » et de la « victimologie » qui ont permis aux romanciers et cinéastes de renouveler les mécanismes des polars et thrillers.

On notera que la saga Hannibal Lecter (créé par Thomas Harris) fut mis en images tout aussi bien par un Michael Mann en recherche d’identité (le mésestimé Le Sixième Sens) qu’un Ridley Scott au summum de son art (le plastiquement superbe mais vain Hannibal).

La création d’œuvre d’avant-garde autour de cette mystérieuse et insaisissable figure donnèrent vie à la radicalité allemande d’un Schizophrénia de Gerard Klarg (l’un des films de chevet de Gaspard Noé), à l’épure du Henry, Portrait of a Serial Killer de John McNaughton ou à la création d’univers déviant étroitement lié à nos désirs consuméristes tel American Psycho de Bret Easton Ellis ou Le Corps Exquis de Poppy Z. Brite.

Anthony Perkins dans Psychose

Dans la culture populaire, David Fincher nous offrit un tueur en série, incarnation du mal absolu dans son brutal et efficace Se7en pour le réduire à une simple déviance humaine dans son Zodiac puis à un hobby de luxe dans le dernier Millenium (voir notre critique). On retiendra la figure de Jack l’Eventreur, évidemment, et les mythiques M, le Maudit de Fritz Lang et Psychose d’Alfred Hitchcock.

Un livre méconnu et pourtant si moderne

Mais dans ce petit tour d’horizon du tueur en série dans le roman ou le cinéma, force est de constater que le tueur est le plus souvent limité à une fonction narrative bien précise. Souvent, il n’est qu’un adversaire à combattre (Se7en), parfois un objet d’étude psychologique (Henry, portrait…) voire sociologique (Zodiac), d’autre fois, une simple marche vers l’analyse d’un sentiment ( Dexter ).

Dans notre quotidien fait de téléfilms, films, séries dont les scénarios tournent souvent autour du meurtre en série et de ses implications dans la vie quotidienne, la découverte du livre de Shane Stevens, Au-Delà du Mal est un véritable séisme.

Séisme éditorial d’abord puisque ce livre, écrit dans les années 70, n’a été traduit que très récemment alors même qu’il est très estimé outre-atlantique depuis près de 40 ans (Stephen King et James Ellroy en ont assuré la publicité depuis un moment déjà). La lecture de ce fascinant pavé étonne par la finesse de son analyse alors même que les « sciences du comportement » n’en était qu’à leurs balbutiements. La modernité des théories avancées laisse franchement coi pour un écrit aussi ancien.

Puissance métaphysique du récit

L’incroyable foisonnement de ce livre et sa puissance proviennent du fait que Stevens ne se cantonne pas à décrire la traque d’un tueur en série revêche, diablement intelligent et d’une violence sans égal, mais il se permet de mettre en scène cette figure sur différents plans qui se répondent et finissent par se rejoindre.
En effet, il nous est donné la filiation du tueur (on pense à Zola et à sa théorie déterministe) ainsi que les implications politiques, journalistiques, médicales et sociétales de cette traque (ce qui rapproche certains aspects du roman à De Sang Froid de Truman Capote).

D’autre part, les interrogations surprenantes sur ce que signifie l’identité et la transmission générationnelle sont d’une rare acuité. L’étonnante maîtrise stylistique de Shane Stevens permet un récit fluide, à multiples niveaux dans lesquels nous ne nous perdons jamais. Chaque tranche renforce une idée sous-jacente qui, une fois refermées les dernières pages, hante l’esprit du lecteur encore longtemps après.

Au-Delà du Mal est un livre aussi important dans l’histoire littéraire que L’Attrape-Coeur de J.D. Salinger. Après ce livre, tous les autres polars vous sembleront étrangement fades. Indispensable !

Au-Dela du Mal

de Shane Stevens

Editions Pocket – 9 Euros

Captain Mc Aaron

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