Dossier Tim Burton – 1ére partie- Burton le dessinateur

L’ouverture de l’exposition et rétrospective consacrée à Tim Burton à la cinémathèque de Paris approche à grand pas, et c’est donc l’occasion rêvée pour consacrer un dossier à cet artiste hors catégories.
Pourtant écrire sur Tim Burton ne nous est pas chose aisée. Et non !
Parce que s’il y a bien un cinéaste qui a changé nos vies ici, après Spielberg, c’est bien  Burton.
Ses films nous ont collés à la peau toute notre adolescence et chaque nouveau film vient ajouter de la matière à nos mondes fantastiques. Par ses personnages d’anti héros toujours en marge de la société, par la folie des histoires racontées, par l’humour noir omniprésent, par ses univers sombres, Burton c’est le créateur d’un monde unique dans lequel on adore se promener et qu’on a hâte de retrouver à chaque nouveau film.

Pour ma part la révélation date de ce jour d’été 1994 où  je découvris ébahi Michelle Pfeiffer sur grand écran toute de cuir vêtue en Catwoman et 
j’acquis dés lors 2 certitudes: celle de mon hétérosexualité certaine (mon dieu quel est donc ce picotement que je ressentais soudain), et celle que jamais je n’oublierais ce film.

Miaouuu ...

Prés de 20 ans après Batman, le défi reste au panthéon de nos films préférés, pour bien davantage de raison que Catwoman seule (mais quand même !).
 L’ouverture du film est à elle seule un chef d’œuvre
Les facettes du talent de Burton dépassent de loin celles de la mise en scéne. L’homme d’ailleurs ne s’imaginait pas cinéaste…mais alors pas du tout !
Burton
est avant tout un dessinateur, mais aussi un poète, un sculpteur, un photographe. Bref un artiste complet comme on les adore.

dessin preparatoire pour le court métrage "Vincent"

Pour que ce dossier soit complet il fallait au moins distinguer le dessinateur du cinéaste, car c’est bien ce que sera l’exposition de la cinémathèque : une plongée dans la psyché unique qui a donné naissance à des esquisses entre l’abstrait, le surréalisme et l’expressionnisme dont le résultat sont les films qu’on connait .


Dessine moi un mouton, ou un monstre :

La jeunesse de Tim Burton se déroula à Burbank en Californie. Une ville cernée de studio de cinéma, notamment ceux de Disney, qu’il décrit pourtant comme profondément ennuyeuse et banlieusarde.
Contrairement à Spielberg qui rendra hommage à travers ses films à l’insouciance de sa jeunesse en banlieue, Burton lui s’y sent comme un extra-terrestre, et ce surtout à partir de son adolescence. (ce qu’on retrouvera dans les banlieues pastels et sans âmes d’ Edward aux mains d’argent).
Les années passent et bien qu’il ait grandi Burton persiste à vouloir continuer à dessiner et jouer comme un enfant. Il finit par être mis de côté par les jeunes de son âge et se réfugie dans les cinémas de la ville qui pullulent de films de monstres dont il raffole.
Il se reconnaît dans ces grandes silhouettes qui errent dans un monde qui ne les comprend pas:
« Ces films parlaient de mon sentiment très négatif à l’égard de l’atmosphère soit disant normale et agréable de la banlieue » dit-il. « Alors que les autres enfants étaient interpellés par John Wayne, moi c’étaient dans ces films de monstres que je me reconnaissais ».
Ainsi laissé à l’écart par ses congénères, Tim Burton se réfugie aussi dans le dessin.

Ses aptitudes à dessiner lui valent de gagner un concours organisé par la municipalité pour  les camions poubelles de Burbank. Ses 10 premiers dollars de dessinateur.

Le dégout pour la banlieue transparait déjà dans ce dessin du trés jeune Burton

Pendant son adolescence il proposera ses services artistiques à travers la ville : dessins sur les fenêtres pour Noël, décorations de maisons pour Halloween, etc…
C’est en 1976 à 18 ans, que Burton décroche une bourse pour la California Institute of the Arts, fondée par Disney pour dénicher de nouveaux animateurs.

Repéré en 3éme année pour son court métrage de fin d’étude Stalk of the Celery Monster, l’histoire d’un homme que l’on imagine scientifique en train de pratiquer d’horribles expériences pour se rendre compte à la fin qu’il est dentiste. A découvrir juste en dessous :


Torturé par une souris :


Burton
entre donc chez Disney.
Commence alors une longue période de solitude où mis sur l’animation des scènes du mignon petit renard dans Rox et Rouky, sa créativité reste en berne. Lui qui rêve de créatures dans le placard, de monstres fantasmagoriques,d’objets tordus et qui considère le dessin comme le meilleur véhicule de son inconscient, le voila assigné à dessiner des animaux qui jouent…
« ce qu’il y a d’étrange chez Disney c’est qu’il veulent que tu sois à la fois un artiste, mais aussi un zombie œuvrant sans personnalité, et qui fait ce qu’on lui demande ».

Comme pendant son adolescence, considéré comme « le gars étrange », il est mis à l’écart, et il apprend pendant 2 ans, à s’assoupir en restant droit, le crayon à la main, pour se réveiller en sursaut si quelqu’un entre dans la pièce. Une torture pour cet esprit bouillonnant de créativité.

Taram et son cochon tirelire vus par Burton... on sent qu'il préfére les monstres !

C’est avec soulagement qu’il parvient à intégrer le département des artistes concepteurs pour Taram et le chaudron magique. Un poste qui lui convient enfin puisque le film est la première tentative d’incursion de Disney dans un Univers moins enfantin, plus adolescent/adultes (voir le glaçant seigneur des ténèbres du film).
Le travail de Tim Burton consiste alors à imaginer des monstres à longueur de journée.
Le bonheur !

Ses dessins sont cependant jugés trop fantaisistes ou trop sombres. Certes Disney veut un film plus adulte, mais une esthétique Disney tout de même.

une ébauche de créature formée par plusieurs créatures. Du pur Burton qui laisse Disney perplexe

Après deux ans passés à dessiner des créatures qui ne sont finalement jamais retenues,  Burton déchante de nouveau et est à deux doigts de quitter Disney.
Mais des âmes bienveillantes qui lui reconnaissent un certains talent lui donnent les fonds nécessaires pour tourner un court métrage d’animation avec figurines, en le faisant passer auprès des décisionnaires pour des tests techniques en conditions réelles. ce sera Vincent,  basé sur un conte pour enfant en vers et illustré qu’il avait déjà écrit .

Les premières armes :
Le petit Vincent du film éponyme, c’est bien sûr l’alter ego de Burton, un petit garçon qui se prend pour Vincent Price dans un monde qu’il voit comme celui d’Edgard Allan Poe.
Un monde expressionniste, à l’esthétique proche de celle du Nosferatu de Murnau

A gauche Nosferatu, à droite un dessin préparatoire pour Vincent. Des images en accord avec l'état d'esprit du personnage et qui déforme la vision de la réalité...autrement dit, l’expressionnisme

Vincent sera donc le passage en douceur pour Burton du monde de ses planches à dessin, à celui de la réalisation par le biais de ce film d’animation.
Après 2 mois de travail intensif avec Burton au storyboard et Rick Heinrichs à l’animation des poupées,Vincent est terminé. Il sera narré par le héros de Burton, et celui de l’histoire : Mr Vincent Price (Dracula, lui même).
Faisant l’objet d’une projection de 2 semaines en première partie de films, le court métrage fera quelques festivals et remportera le prix de la critique du festival du film d’animation d’Annecy.
Une belle récompense dont Disney ne sait que faire. Ils finiront par ranger le film et on n’en entendra plus parler pendant un long moment.

La fiancée de Sparky à une coupe qui nous rappelle un truc...

Viendra 2 ans plus tard Frankenweenie, autre court métrage de 25 minutes cette fois, héritage de sa fascination pour les monstres de la Universal.
Dans ce film où un enfant, Victor Frankenstein, ramène à la vie dans son grenier Sparky, son chien récemment décédé, Burton mêle en noir et blanc, comme pour Vincent, son amour pour Frankenstein et La fiancée de Frankenstein de James Wahle.
Un premier pas hors de l’animation, mais toujours très fortement ancré dans l’héritage culturel de l’adolescence de Burton. Assez rapidement édité en vidéo, le film connait un succès d’estime mais permettra surtout à Burton d’entamer sa carrière dans la réalisation de longs métrages grâce à Shelley Duval (vous savez la femme de Nicholson dans Shining) qui joue la mère du petit garçon dans Frankenweenie
Celle-ci le trouve en effet doué dans la direction d’acteurs et le propose à la Warner pour la réalisation de ce qui deviendra son premier long métrage : Pee Wee’s big Adventure.
Un film dont il n’est pour la première fois pas à l’origine, mais dans lequel il trouve un écho fort à son univers. Un adulte coincé dans l’enfance, considéré par tous comme un marginal, avec des séquences oniriques complétement surréalistes, voilà qui lui cause bien.
La suite ce sera Beetlejuice, Batman, Edward aux mains d’argent, et tant d’autres. Mais ça on vous en parlera dans la seconde partie du dossier que nous consacrerons aux films.

Les enfants terribles :
Certes Tim Burton a quitté l’animation pour rejoindre le monde du vrai cinéma, mais il n’en n’a pas arrêté de dessiner pour autant, loin s’en faut.
Preuve en est le recueil de poèmes publié en 1997 La Triste Fin du petit enfant huître et autres histoires. Dans cet ouvrage Burton narre les histoires fatales mais bourrées d’humour noir d’enfants monstres, tels que « l’enfant tâche », « la fille allumette », ou « l’enfant brie ».

la sale clique de Burton...un régal

Des histoires qu’il agrémente évidemment de ses illustrations morbidement loufoques à l’image de ce pauvre enfant défiguré par un grizzli à qui on offre à Noël un ours en peluche…

En 1999, il développa depuis ces personnages la web série The world of Stainboy, où l’enfant tâche, muni d’une cape doit débarrasser la belle ville de Burbank (mais oui la ville natale de Burton) des autres enfants bizarres de son espèce. Encore des histoires de personnages que leur différence isole. En voici le premier épisode :

Certes Burton n’a rien publié depuis, mais ils continue d’être le propre concepteur artistique de ses films.

esquisse pour le film "sleepy hollow"

S’il avoue qu’il travaille bien moins à l’aide de Storyboards qu’à ses débuts, il jette tout de même sur le papier les visages, les décors, les scènes clés, les ambiances qu’il désire retrouver à l’écran.

Ebauche d'Edward aux mains d'argent

Des décors escarpés, noueux, des personnages fins à la tête en triangle inversé, sujets à de gros problèmes capillaires, bref encore et toujours des alter égo de sa personne.
A propos de ses esquisses il précise :
– «  Ce ne sont pas forcement des dessins précis à prendre littéralement au pied de la lettre, mais la traduction d’une idée, d’un sentiment. C’est pour ça que je travaille toujours avec la même équipe artistique, je sais qu’ils comprennent ce que mes dessins traduisent. »

Avec cette passion farouche pour un dessin plus proche des émotions que de la réalité, Burton assure à ses univers un onirisme permanent, encore jamais démenti.
Un univers peuplé de petits être disgracieux, de jardins magiques, d’aventures irréelles, et de ténèbres maléfiques. Un monde du rêve que l’on retrouve dans tous ses films, animés ou non et que l’on retrouvera avec le prochain retour aux sources du maître qui a adapté son court métrage Frankenweenie en long métrage d’animation .
Mais ça on vous en parlera dans le deuxième partie de notre dossier

Pr.Wicked

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2 réflexions au sujet de « Dossier Tim Burton – 1ére partie- Burton le dessinateur »

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