La dame en noir – Une bonne vieille trouille

Voila plusieurs mois que nous tapotons impatiemment du pied en attendant de voir ce qui semble être le retour en force du gothique du cultissime studio anglais Hammer.
La Hammer film Productions, porte drapeau de l’horreur gothique du cinéma européen des années 50 à 70 a tant marqué les esprits par son épouvante radicale que bien des cinéastes actuels confessent devoir leurs premiers émoi fantastiques aux films de la Hammer, Tim Burton en tête.
Autant vous dire que quand on nous dit que Daniel Radcliff serait le héros de l’adaptation du classique d’épouvante La dame en noir, on était un tout petit peu comme des dingues!

Synopsis :
Arthur Kipps, jeune notaire à Londres, est obligé de se rendre dans le petit village perdu de Crythin Gifford pour régler la succession d’une cliente récemment décédée. Dans l’impressionnant manoir de la défunte, il ne va pas tarder à découvrir d’étranges signes qui semblent renvoyer à de très sombres secrets. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse femme en noir qui hante les lieux et s’approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars…

Hammer style !
La Hammer film productions était à la base une société de production familiale, qui prit son essor dans les années 50, et explosa littéralement grâce à la série de science fiction Le Monstre (The Quatermass Xperiment), réalisé en 1955 par Val Guest et ses nombreuses suites.

Frankenstein s’est échappé (The Curse of Frankenstein) est réalisé par Terence Fisher en 1957 et réunit les deux acteurs phares du studio, Peter Cushing et Christopher Lee.
Le film sera la matrice des films d’horreur de la Hammer et crée le genre. Un genre qui assume une esthétique victorienne, style accentué par le jeu très british et guindé des acteurs.
Mais c’est surtout l’esthétique des films qui frappe. Des éclairages violets, verts, rose pâle, bleu nuit, qui théâtralisent les films ainsi que la profusion des détails horribles (dissections, sang montré et non plus suggéré filmé dans un technicolor chatoyant qui le rend rouge vif ). Cette originalité des films, renverse les codes de la censure et assure aux films un succès fracassant au Royaume-Uni et en Amérique.

La recette des films d’horreur de la Hammer est née et permet au studio londonien de sortir une longue série de succès revisitant les classiques des films d’horreur d’Universal (Dracula, la momie, le loup-garou, Dr. Jekyll et Mr. Hyde…) et exploitant chaque succès avec de nombreuses suites.

En s’intéressant à chaque grand classique la Hammer crée alors de nouveau classiques, qui soyons très clair sont mortellement cool !
L’adaptation du Chien des Baskerville avec Peter cushing en Sherlock Holmes et Christopher Lee en lord Baskerville est tout simplement la meilleure jamais réalisée.

Le chien des Baskerville de Terence Fisher. A voir sans attendre

Une histoire de famille :
Fidèle à sa ligne de conduite la Hammer, tombée dans l’oubli depuis de  trop longues décennies, renaît de ses cendres en adaptant à sa manière un grand classique de l’horreur La dame en noir .
Adapté d’un roman anglais, The Woman In Black, écrit par Susan Hill et publié en 1983, cette histoire de fantôme est devenue une pièce de théâtre à succès, jouée un peu partout dans le monde. Le roman n’en est pas à sa première adaptation à l’écran, puisqu’un téléfilm du même nom a déjà été produit pour la télévision anglaise en 1989.
Et devinez qui jouait le rôle d’ Arthur Kipps… Adrian Rawlins ! celui là même qui joue le père de Harry Potter dans la saga du même nom.

Papa Potter dans le téléfilm de 1989.

Daniel Radcliff reprend donc le flambeau de l’horreur à l’anglaise dans les pas de son papa de cinéma…que de symboles !
D’autant plus que le travail en famille ne s’arrête pas là. La Hammer c’est une institution, une légende, et nombre des maquilleurs costumiers, techniciens sur le plateau de la dame en noir ne sont autres que les enfants de ceux qui officiaient sur les films de Terence Fisher et qui maquillaient Christopher Lee ou Peter Cushing.
Il en découle un savoir faire maison évident et une touche Hammer indiscutable. On ne va pas faire les blasés c’est tout simplement un grand, grand kiff.

Quelle horreur !
Le problème des modèles, c’est qu’ils suscitent au mieux l’hommage, au pire l’imitation.
Et depuis les années 50 ,début des cartons de la Hammer, la figure de la maison hantée, isolée, où les paysans du coin ne veulent pas aller car il s’y est déroulé une histoire sordide est devenu un classique, puis à force d’être utilisée, une caricature.
Cela exaspérera sans doute un public moderne trop exigeant qui demande de la nouveauté. A n’en point douter vous entendrez « mouaif on l’a déjà vu tout ça ! » à la sortie de la séance du vendredi soir peuplée de béotiens qui s’y connaissent plus en Hummer qu’en Hammer.

La très bonne idée du réalisateur James Watkins c’est , conscient de l’héritage qui plane sur le film, de ne pas hésiter à néanmoins y aller franco .
Il réalise un film d’horreur pour la Hammer, et nom de nom, toute l’imagerie d’horreur gothique du studio, il a le droit, le devoir même de l’utiliser !

Qu’importe donc qu’on ait des figures fantomatiques de femmes voilées dans le brouillard, une maison couvertes par les ronces, des jouets mécaniques qui se déclenchent seuls dans une chambre d’enfant, ou un fauteuil à bascule qui se balance seul.

Un cliché de film d'horreur ? Peut être, mais les clichés la Hammer en a fabriqués les originaux, alors y'a marque déposée.

Watkins a signé pour faire un film chez la Hammer et il prend un plaisir évident à nous livrer un film d’horreur gothique dans la veine la plus classique.
Couleurs désaturées proches du sépia, maison hantée couverte de ronces, pierres tombales dans le jardin, toute l’imagerie de l’horreur classique est bien là pour notre plus grand plaisir.
Le top c’est de reconnaître par moment un éclairage violet , Hammer style, qui éclaire les murs de la dite maison. Un petit frisson nous parcours l’échine, le fantôme de Terence Fisher rode non loin, et le cinéphile jubile.

Bienvenue dans la maison Hammer...c'est à mourir !

Le personnage joué par Radcliff aurait très bien put être interprété par Christopher Lee à la grande époque de la Hammer, droit dans ses bottes mais aux prises avec des événements qui le forcent à croire en l’au-delà, lui qui a perdu sa femme récemment .
Une motivation émotionnelle profonde axée sur la famille soulignée le malaise qui nait des morts violentes des enfants du village.
Placer l’horreur dans la famille, faire des enfants des menaces, des fantômes, oui tout cela aussi fait très film d’horreur.
Mais on est chez la Hammer nom de nom, et tout comme Tim Burton avait rendu un vibrant hommage au style du studio avec Sleepy Hollow, Watkins embrasse pleinement son sujet et son esthétique.
Quand on demande à Daniel Radcliff ce qui l’a séduit dans le scenario, il répond:
-« Ce que j’ai adoré, c’était que cela semblait inhabituel pour le genre. C’était un film d’horreur, effrontément ».
On est bien d’accord Dany ! Good Job !

Réalisé par James Watkins  avec Daniel Radcliffe, Ciarán Hinds, Janet McTeer
Sortie cinéma le 14 Mars

Pr. Wicked

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2 réflexions au sujet de « La dame en noir – Une bonne vieille trouille »

  1. Cher canapé, totalement conquise par votre article et toute la culture qui s’en dégage. Vous qui me connaissez si bien, (normal j’étais sur votre canapé le jour d’Halloween pour regarder avec le Pr Wicked et madame, The Fogg de Carpenter et vous me retrouvâme au petit matin découvrant enfin Sleepy Hallow, quelques semaines après un aprem de Scream) Est-ce que vous pensez que mon petit coeur tiendra le choc, parce qu’il me fait très envie, ou alors est-il plus prudent de le voir en bonne compagnie? ^^ Bien à vous MarraineClo

    • Trés chère Roseline, Il ne s’agit pas d’horreur mais d’horreur gothique. Trés stylisé, victorienne. Attendez vous à 4 ou 5 bon gros sursauts, et une atmosphère angoissante.On est dans la veine de sleepy Hollow et de the fog. Vous devriez survivre 🙂
      Bisous intergalactiques
      Pr Wicked

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