Dossier Sherlock BBC – La crème anglaise des séries

Souvenez-vous. Dans notre dossier sur les multiples adaptations de Sherlock Holmes à l’écran, nous vous avions dit que nous reviendrions sur certaines en particulier.
Le moment est venu, actu oblige, de vous parler d’une des meilleures séries qu’il nous ait jamais été données de voir : Sherlock, dont France 4 diffusera la deuxième saison dès ce soir.
A ne manquer sous aucun prétexte si vous ne connaissez pas encore la série. Pourquoi ? Mais c’est élémentaire mes chers !

Pour la modernisation de l’œuvre :
L’ingéniosité qui fait ici la différence avec toutes les autres adaptations, c’est que les intrigues et les personnages de Conan Doyle n’évoluent pas à la fin du XIXème siècle, mais au XXIème siècle.
Une actualisation livrée avec brio par Mark Gatiss et Steven Moffat (scénaristes sur Dr Who, qui travaillèrent aussi sur le Tintin de Spielberg ) inconditionnels de l’œuvre de Conan Doyle.
Les deux scénaristes multi récompensés s’étaient découvert une passion commune pour Holmes en travaillant ensemble sur Doctor Who et revendiquent : « il n’y a pas plus geeks de Sherlock Holmes au monde que nous ».
C’est dire si livré à ces deux auteurs hors pairs, le mythe est entre de bonnes mains.

A Gauche Moffat, à droite Gatiss, ici dans le décor de la série.

Le plaisir qu’ils prennent à jouer avec les codes de la mythologie Holmésienne est évident. Connaissant comme leurs poches les œuvres de Conan Doyle, ils savent exactement ce à quoi s’attend le spectateur et nous perdent malicieusement dans une intrigue qu’on pensait connaître en prenant nos attentes à contre-pied, et en arrivant à retomber sur leurs pattes à la fin.
Du très, très grand art de scénarisation.

Ce talent d’écriture culmine dans les deux derniers épisodes de cette seconde saison : Le chien des Baskerville et Le problème final. Sans doute deux histoires les plus connues de Sherlock Holmes, et pourtant, nul manoir dans Le chien des Baskerville , ni de chutes d’eau dans Le problème final.
Toute la qualité de la série vient de cet équilibre parfait entre remise au goût du jour des intrigues et fidélité aux personnages de Conan Doyle, avec toujours une touche d’humour anglais .

dans Les chiens de Baskerville exit le manoir, Sherlock et Watson enquête dans un laboratoire biologique. mais les Moore terrifiantes sont toujours là.

Watson ne tient pas un journal mais un blog, et pourtant il revient toujours d’Afghanistan, fauché, à la cherche une colocation.
Holmes n’est pas collé à sa loupe mais à son microscope et à son Smartphone, mais il est toujours aussi irrascible, hautain, absolument dépourvu de tact. Un génie autiste.
Bref tout est différent mais rien ne change.

Pour l’interprétation des personnages :
Afin d’incarner un personnage aussi complexe, aux répliques cinglantes et débitées à la vitesse de l’éclair, le choix de l’acteur était crucial.
Benedict Cumberbatch est… comment dire… absolument incroyable.

Le visage anguleux taillé à la serpe, typique de Holmes, des yeux bleus perçant et une voix d’outre-tombe, ce type a une classe folle et présente en même temps juste ce qu’il faut de bizarre pour qu’on le trouve mystérieux.
Sherlock lui a valu d’être nommé au BAFTA Television Award en 2011.

En 2012, il a été à l’affiche de Cheval de Guerre de Steven Spielberg, La Taupe de Tomas Alfredson, et dans Bilbo le Hobbit de Peter Jackson, il sera la voix du dragon Smaug et de Sauron.Il fera également partie du casting de Star Trek 2 de J. J. Abrams.
Bref un acteur qui monte, qui monte, et c’est tant mieux.

Face à lui on retrouve, dans le rôle de Watson, Martin Freeman.

De retour d’Afghanistan, John Watson trouve un appartement... coquet.

Hilarant avec son jeu flegmatique tout en réserve et second degré dans Love Actually, et dans H2G2 : le guide du voyageur galactique (tiens tiens, nous serions nous inspirés du film pour nommer le blog ?), il n’a comme la plupart des Anglais pas lu les romans de Conan Doyle.
Quand il a reçu le scénario, le comédien était sceptique sur l’adaptation moderne du mythe. Pourtant, il confie :
« Au bout de quatre pages, j’étais accroché. C’était superbement écrit. Mon personnage rédige le blog de leurs aventures comme Watson le roman dans l’œuvre de Doyle. »
Son jeu là encore sur la réserve sert à merveille l’humour et le mordant des dialogues biens ciselés .

Le duo fait mouche, on rit, on est intrigué, et comme dans les romans, on s’identifie à Watson qui est toujours un temps derrière Holmes qui lui a déjà tout compris mais n’explique rien à Watson (ce qui est l’origine de dialogues très savoureux).

Qui dit héros dit ennemi et c’est bien sûr au professeur James Moriarty, criminel consultant, que revient le rôle d’arch ennemy de Sherlock.
Là encore superbement écrit (ses répliques sont un délice) il est personnifié par le génial Andrew Scott.
Steven Moffat, le scénariste, ne voulait pas d’un énième super méchant qui sont selon lui tous copiés sur Moriarty depuis sa création par Conan Doyle. Il voulait quelqu’un qui puisse inspirer de la sympathie et la terreur.

Brigand élégant, sans canne à la main, et aussi machiavélique, que sherlock pas toujours le plus malin

Avec un jeu des plus classiques pouvant glissé dans la folie psychopathe en un clin d’œil, le personnage est à la fois fascinant et terrifiant.
Le comédien a été casté pour le rôle en interprétant une réplique qui résume le personnage , où il s’adresse à Holmes avec un ton solennel  :
« La drague est terminée, Sherlock. Le chef en a marre. Je vous ai montré ce dont je suis capable. Petit conseil d’ami, mon cher, barrez-vous… .
Le comédien improvisa la fin, en glissant soudainement vers un regard de psychopathe et une voix hargneuse : « Si vous continuez à fouiner, je vous brûlerai et ferai de votre cœur un tas de cendres. » ,
Cette scène monumentale n’est qu’un exemple de la maestria avec laquelle est écrite et interprété l’opposition Holmes/ Moriarty. Un pur délice qui clôt la saison 1. On ne résiste pas à vous passer un extrait qui montre bien tout l’humour de cette série (Attention spoiler si vous n’avez pas vu la 1ére saison).

Mais la qualité de la série ne s’arrête pas à son écriture exceptionnelle, et à son interprétation parfaite.

Pour la classe et l’originalité de la mise en scène :
Non, tout ceci est appuyé par une mise en scène vraiment novatrice et originale.
L’importance des textos et de nombreux autres supports écrits étant prépondérante dans la narration des épisodes, le réalisateur eut très vite l’idée d’intégrer les textes à l’image, pour ne pas avoir à faire sans arrêt des gros plans sur les téléphones ou les écrans,
Le résultat est une vrai réussite.

Bienvenue dans la tête de Sherlock. Une mise en scène très efficace

Qu’ils apparaissent sur l’écran au fur et à mesures qu’ils soient écrits par un personnage, ou qu’ils s’envolent dans l’air via un texto, les chiffres, les mots, les codes, prennent une vie à part entière dans l’image.

Les séquences de ce type qui sont les plus réussies sont celles détaillant tout ce que remarque Holmes en un regard sur une personne, à la manière d’une liste, tel un terminator spécialisé dans la résolution d’énigmes : ongles, tâches, vêtements, marques, tout y passe .

Watson passé au crible par Holmes

Si la première saison s’attachait à développer la relation Holmes/ Watson, et à montrer le côté mécanique de Holmes , cette seconde saison est définitivement celle de Sherlock fragilisé dans son assurance par son opposition face à Moriarty.

Que ce soit par l’intermédiaire d’une femme ou en face à face direct, le professeur est partout dans cette deuxième saison, et va tisser autour de Holmes une toile incroyable de machiavélisme.

On ne vous en dira pas plus, le bonheur de cette série réside dans sa capacité à surprendre, à vous faire cogiter, et à vous retourner les méninges, pour vous laisser immanquablement perplexe.
Si Holmes est un manipulateur psychologique hors pair, les scénaristes Gattis et Moffat manipulent eux les spectateurs dans des intrigues d’1h30 chacune, qui dépassent de loin les adaptations Hollywoodiennes récentes de Guy Ritchie. Ces dernières étaient des cabotinages de lycéen, les longs métrages de cette série, eux, sont allés à Oxford.
La cours des Grands. Des très Grands. Sherlock c’est à n’en point douter une des meilleures séries de ce début de XXIéme siècle. Elémentaire et indispensable.

Sherlock, une série écrite par Steven Moffat et Mark Gattis, avec Benedict Cumberbatch, Martin Freeman, et Andrew Scott.
Saison 1 disponible en Blu ray et DVD, saison 2 disponible le 24/04/2012

Pr. Wicked

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