Dark Shadows- Point carrière Burton et critique

Les réalisateurs de la trampe de Tim Burton déchaînent forcement les passions. En positif ou en négatif, ce marginal d’Hollywood n’a pourtant pas toujours divisé la communauté cinéphile comme c’est le cas aujourd’hui. A l’aune de la sortie de son 15ème film Dark Shadows, il semble plus que temps de faire le point sur la situation, et bien sûr de vous parler de ce dernier film

Pour zapper le débat Pro/anti Burton qui va suivre et arriver directement sur la critique de Dark Shadows ami internaute impatient, mets ta souris ici et fait « clic ».

Méprisé par ces fans gothique depuis Big Fish, Tim Burton est désormais qualifié bien souvent de commercial, gnangnan, ou encore superficiel, voir radoteur.
Soyons intelligent et ne tombons pas dans le débat stérile pro ou anti Burton, et essayons de comprendre ce qui se passe ici.

Il se passe que ce jeune dessinateur frénétique de Burbank des années 70 est devenu fin 80 réalisateur un peu par hasard, alors qu’il était concepteur de monstres chez Disney. Il avait alors sous le coude déjà tout un bestiaire aussi étrange que sombre qui déboucha sur des courts métrages tels que Vincent et Frankenweenie, fidèles à son esprit baroque. Puis vinrent les longs métrages.
Et avec Beetlejuice, Batman, Edward aux mains d’argent, Batman le retour, Sleepy Hollow, l’Étrange Noël de Mr Jack, Tim Burton construit rapidement un panthéon de personnages profonds, attachants et incompris . L’image du réalisateur gothico-comique était née, faisant de Burton un artiste en marge adulé par un cercle d’initiés de plus en plus large.

Une rencontre séminal, naissance de deux monstres du cinéma. Depp et Burton sur le tournage d’Edward aux mains d’argent

Le tournant de sa carrière intervint au début des années 2000.
Las du piétinement du projet avorté de Superman Lives, auquel il consacra  selon ses dires « un an de travail pour rien »,  il se consacra a un film qui lui vit le jour : Sleepy Hollow. En 1999 sortait ce chef-d’œuvre baroque, hommage insurpassable aux films d’horreur de la Hammer. Avec Sleepy Hollow  Burton devint « hype » : aimer Burton était à la fois arty et cool, alors qu’avant c’était juste être un cinéphile bizarre.
Ce carton critique et public fit revenir les gros studios vers Burton, écarté de Superman, pour lui proposer La planète des singes , autre expérience douloureuse pour un Burton muselé dans sa créativité.
Le grand Tim semble à ce moment voué à être utilisé par les studios comme une vache à lait, ces derniers mettant en avant son nom comme caution qualitative.
C’était sans compter sur le fait que Burton n’est pas une machine mais un être hypersensible. En 2002 après près de 3 ans de confrontation pénible avec les studios, il perd son père, et sa femme donne naissance à son premier enfant.
Croyez-en un vieil ado attardé devenu papa, ce genre d’événements change radicalement votre vision du monde. Burton n’échappe pas à la règle.

L’amour père fils sublimé par Burton dans Big Fish déstabilisa plus d’un fan

Comment continuer de dépeindre un monde certes poétique mais surtout sombre et angoissant alors que  l’on regarde la vie un sourire béat vissé stupidement sur le visage ?
Burton, comme n’importe quel ado un peu dark et gothique devenu papa, perd en cynisme et devient plus optimiste. Un état d’esprit qui aboutira au très largement incompris Big Fish, déclaration d’amour Burtonienne à la famille. Son film le plus émouvant et le plus personnel.
Si Edward aux mains d’argent était le film de Tim l’ado torturé incompris, Big Fish est celui du Burton adulte.

La perte de cette noirceur voilà ce que lui reproche ses anciens fans des heures de l’Étrange noël de Mr Jack et de Sleepy Hollow, qui confonde noirceur avec épaisseur.
C’est évident que le public à qui s’adresse Charlie et la chocolaterie, Les Noces funèbres, Alice au pays des merveilles, n’est plus le même que ceux de ses premiers films. Burton est passé d’un cinéma de l’angoisse à un cinéma de l’amour. Les fans de la première heure qui lui reproche de ne plus avoir la superbe de ces années 90 le font car il ne comprennent pas celle qui réside dans la magie enfantine d’Alice, le romantisme acharné des Noces funèbres, et le profond message d’amour de la famille de Charlie et la chocolaterie. Sans doute car leur vision du monde, elle, n’a pas changée et est toujours plus emprunte de cynisme que d’amour.

condamné pour son côté flashy et sa superficialité, Alice n’a pas pour but d’être sombre. C’est un conte pour enfant. Et le regarder comme tel, sans pensées d’adulte, procure un bien fou

Ces fans qui reprochent à Burton de ne pas arriver à s’adapter au nouveau siècle, en lui demandant contradictoirement de refaire les même films qu’au siècle dernier, ne se trompent-ils pas de problèmes ?  Tim Burton n’a pas vendu son âme ou perdu son talent : il a changé.
Pour Tim, la vie est désormais plus belle, et quiconque ne voit pas la vie ainsi aura du mal a entrer dans son univers tout comme tout optimiste pouvait être réticent à l’univers sombre de ses débuts…
« Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement », ce n’est pas de nous, c’est de Bouddha. Il serait donc naturel d’autoriser Burton à évoluer. Car la vie est ainsi faite.
La preuve de notre objectivité ? Dark Shadows nous à déçu. Pas parce que comme on l’entend trop de manière caricaturale « ce n’est pas un Burton ». Simplement car il est inégal.

DARK SHADOWS – Blood on the discothèque floor


En 1772 Barnabas Collins, un riche héritier la ville de Collinsport, dans le Maineà ses pieds. Riche et puissant séducteur invétéré il brise un jour  le cœur d’Angelique Bouchard, sorcière de son état. Furieuse celle ci lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant.
Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé, bien décidé à restauré la gloire passée de la famille Collins.

A la vue du scénario et de la bande annonce, on s’attendait à ce que Dark Shadows soit à l’horreur ce que Mars Attacks fût à la science fiction. Un hommage insolent et décalé au genre (ici le film de vampire).
Tous les ingrédients étaient pourtant réunis. Un personnage inadapté au monde qui l’entoure typique de Burton (comme Edward, Mr Jack, Ed Wood, Ichabod Crane), et un Johnny Depp de nouveau transformé par un maquillage que seul Burton peut imaginer.

Du vent et des vagues, des larmes et de la douleur.

Le film commence pourtant bien. Burton nous livre une ouverture somptueusement gothique, tragique, au son de la musique grisante de Danny Elfman tandis qu’il nous narre la genèse de la damnation de Barnabas Collins alors que les élément se déchaînent dans un paysage que ne renierai pas les romantiques classiques (falaises, mer déchaînée).

Puis 200 ans passent, Barnabas et déterré par hasard et arrive à l’époque du disco, en 1972. A partir de ce moment Burton semble ne plus savoir quoi faire de cette situation pourtant si prometteuse. Il oscille entre blague évidente tellement vue qu’elle n’est plus drôle (ah les scène du vampire qui s’horrifie devant une télé, ou le « gag » du reflet d’une brosse a dent qui bouge seul devant un miroir…), et faux moment d’horreur

Il semblerait que le scénariste qui ai écrit cette adaptation d’une série anglaise des années 70 se soit dit « tiens je vais faire un scénar pour Burton, je dois être drôle mais aussi faire peur ! ».

Le vampire se brosse les canines… cocasse, mais pas assez drôle pour rire

Le souci c’est que  le film ne sait jamais vers où lorgner, la comédie ou le frisson ? L’humour est trop timide pour être efficace, et la peur n’est pas assez présente pour installer une quelconque angoisse. Du coup quand Barnabas s’énerve vraiment façon « méchant vampire » cela tombe comme un cheveu sur la soupe, vu qu’il faisait des bouffonneries la scène d’avant.
Alors que bien des films de Burton mariait à merveille peur et humour, Dark Shadows ne mêle rien, il alterne les tons et se perd dans son ambition d’être drôle et effrayant pour n’être au final ni l’un ni l’autre.

Non, Burton ne sait décidément que faire de ce vampire. Par contre il sait qu’il veut mettre Johnny Depp en avant. En cela il réussit parfaitement. Barnabas est un personnage grandiose, trop à l’étroit dans cette intrigue sans beaucoup d’enjeux. Il doit restaurer la gloire de la famille…voilà,voilà…

Avec tant de personnages il y avait de quoi mettre en scéne une saga familiale démente. Seul Depp sera exploité. Dommage

D’autant plus dommage qu’une foule de personnages étaient présentés dans la promo du film, laissant espérer une fresque familiale à la famille Adams. Mais tous ces personnages ne seront que survolés.
Le petit garçon qui voit des fantômes est un terreau génial laissé en friche, son père qui quitte la maison aurait put ajouter en tragique mais cela n’apporte rien, la doctoresse veut devenir vampire mais on ne la voit presque pas, et l’ado rebelle…réserve une surprise qui soit fait sourire soit exaspère.

Un échec sur le choix du ton, des enjeux et des personnages cela fait beaucoup. Les cinéphiles pourront toujours passer le temps dans ces longueurs, à jouer à « cherche la référence ». Un peu des « Visiteurs », une grosse dose de « La mort vous va si bien » et une rampe d’escalier qui fait un clin d’œil à Beetlejuice. Ça fait sourire mais ça ne va pas bien loin.

Diantre jacqouille ! une route du démon ! attention voila un cheval de fer !

Reste la bande originale truffée de tubes disco et rock des années 70 et un caméo dément d’Alice Cooper himself, qui n’est pas sans rappeler Wayne’s World.

Bizarrement alors qu’on somnole depuis une heure devant le manque de contenu du film, dans les dernières vingts minutes Burton se réveillent, et nous avec, . Un final d’une puissance folle où on retrouve tout le talent de Burton. Les passions se déchaînent, les murs trembles, les créatures surgissent, et la poésie vient conclure ce morceau de bravoure.
C’est dommage, entre cette sublime ouverture et cette fin géniale qui prouve que Burton sait toujours y faire on s’est ennuyé pendant 1h30. Dark Shadows est a mettre juste à coté de la planète des singes , sous la mention « bien tenté, mais peu mieux faire ».

Dark Shadows de Tim Burton aveJohnny Depp, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter
Sorti au cinéma le 09/05/2012

Pr Wicked

Dans la même Galaxie :
Dossier Tim Burton 1ére Partie, Burton le dessinateur
Dossier Tim Burton 2éme partie les films
Tim Burton, l’exposition à la cinémathèque et l’interview du maitre

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2 réflexions au sujet de « Dark Shadows- Point carrière Burton et critique »

  1. Très bel article. Je déteste l’expression « c’est pas un Machin ». je me demande qui on est pour mieux savoir que la personne qui il est et ce qu’il fait. Mais je pense tout de même que l’attente qu’on a d’un film est lié à la personne qui réalise. On a des standards et des grilles dans nos têtes. Et ce film, comme l’était la planète des Singes ne rentre pas du tout dans ma grille Burton. D’où une certaine déception. Par contre si je supprime ma grille pour voir et juger le film, il passe de bof bof à pas mal.

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