Cannes 2012 – Antiviral – Dans l’ombre du père

Être « fils de » dans le milieu artistique est une arme à double tranchant. Si elle ouvre de nombreuses portes facilement, elle attise aussi une vive curiosité de la part des fans du père, et entraîne fatalement la comparaison du travail père/fils. Une règle qui s’applique à ce premier film, Antiviral, de Brandon Cronenberg (fils de David, donc) qui concourt pour la Caméra d’or dans la catégorie « Un certain regard ». Avec ce pitch très « Cronenbergien », le fiston peine à sortir de l’ombre du père, à cause d’un côté prétentieux et volontairement choquant. Intéressant, mais peut mieux faire…

Synopsis : Syd March est un employé d’une société qui cultive et monnaye l’injection de maladies contractées par des stars, à leurs plus grands fans. Une communion biologique hors de prix. Syd, pour arrondir ses fins de mois, sort clandestinement ces maladies en se les inoculant, puis les cultive dans son labo personnel avant de les revendre. Lorsqu’il apprend qu’il s’est inoculé le virus qui vient de tuer Hanna Geist, star internationale, il est trop tard. Il devient  alors l’échantillon biologique vivant le plus collector qui soit. Une exclusivité qui intéresse plus d’un collectionneur sans scrupules…

Pour qui connaît l’univers de Cronenberg père (Vidéodrome, Faux semblants, La mouche, Dead Zone, ExistenZ, Crash), le sujet d’Antiviral semblera bien familier. On retrouve en effet toutes les obsessions de David dans ce premier film de Brandon.
Il y a là une relation complexe et fétichiste du corps à la matière, où chair et métal ne font plus qu’un, sur un mode de science-fiction critiquant notre société actuelle. Cela rappelle bien sûr La mouche, Crash ou ExistenZ. D’ailleurs, le sujet du scientifique,qui met son propre corps en péril pour le défi scientifique et la gloire, rappelle aussi très fort Faux semblants et La mouche. Par ailleurs, Syd, du fait de la maladie fatale qu’il s’est injecté, se met à avoir besoin d’une canne pour marcher. Là, on retrouve la silhouette bancale de Christopher Walken dans Dead zone. Quant au jeu avec les écrans de télé, on est en plein Vidéodrome.

Cronenberg, père et fils

On est bien conscient que jouer au jeu des 7 différences n’éclaire pas sur la qualité du film lui même, mais sachant que c’est en premier lieu les fans de son père qui iraient voir son film, Brandon Cronenberg aurait dû être plus vigilant à ne pas transformer son film en « maxi best of Papa ». La comparaison est inconsciemment inévitable, et quiconque autre que le fils de Cronenberg aurait fait ce film aurait été taxé de « pâle copieur de l’univers Cronenbergien ».

Alors essayons de nous détacher de cela, et de voir le film pour ce qu’il est : un premier film.
Force est de constater que le réalisateur arrive à créer un univers intéressant, avec de belles trouvailles de science-fiction, mêlé d’anticipation. Un monde où la starification est telle, que l’on veut contracter les mêmes maladies que son idole plutôt que d’en obtenir un autographe ou une photo. Du steak à base de cellule de star, en passant par l’herpès, tout y passe. Intéressant également cette machine qui donne un visage aux maladies, permettant d’en constater l’évolution.
Malheureusement, dans son style, Brandon Cronenberg n’y va pas avec le dos de la cuillère. Grandes salles de labo aux murs blanc immaculés ,ou lits aux linges tout aussi blancs sur lesquels jaillissent des gerbes de sang vermillon… Gros plans sur les plaies saignantes, les glaires sanglantes… Bref, du bien dégueu…

Sur quoi ça ressort mieux le sang ?… Mais c’est bien sûr ! Le blanc !

Ceci n’apporte rien au film, si ce n’est soulever le cœur pour dire « voyez comme j’arrive à faire des images chocs » : l’effet pour l’effet. Le problème, c’est que la mise en scène se résume quasiment à ces seuls effets. Il faut attendre le dernier quart d’heure pour que l’univers, mis en place trop longuement, aboutisse à une séquence qui arrive à nous embarquer.

Le silence du bulot…

La faute sans doute au mauvais choix du réalisateur de faire de son héros un jeunot d’une vingtaine d’année, incarné par Caleb Landry Jones, au charisme proche d’une éponge (et encore Bob l’éponge nous fait marrer lui). S’il avait écrit un personnage plus éloigné de lui-même, Brandon Cronenberg aurait relevé d’avantage son pari. Mais Syd March est trop à l’image du cinéaste : un grand gamin qui essaie de survivre, étouffé dans un univers bio mécanique torturé. Alors que chaque film de Cronenberg père sublime cette ambiance oppressante, en ne se limitant pas juste au côté malsain, Brandon, lui, ne travaille que sur la forme et non le fond. Ceci nous laisse un regret : que le film n’ait pas été réalisé par son père.

Sans être raté, Antiviral reste intéressant mais inabouti. On accorde donc à Brandon Cronenberg notre indulgence pour un scénario gonflé pour un premier film, malgré une réalisation trop proche du film de fin d’étude.

Antiviral de Brandon Cronenberg avec Caleb Landry Jones, Sarah Gadon, Malcom McDowell
Prochainement au cinéma

Pr Wicked

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