Vous n’avez encore rien vu (et vous devrez encore attendre…)

Un titre pareil pour le nouveau film d’un cinéaste de 90 ans avec 45 films à son actif, voila qui attise la curiosité. Un titre clairement adressé au public sous forme de boutade, mais aussi un risque puisque cela peut se transformer en effet boomerang si le résultat n’est pas à la hauteur. En filmant cette adaptation d’Eurydice, Resnais signe un film testamentaire qui est un formidable cadeau aux acteurs qu’il aime tant. Le spectateur, lui, a de grandes chances de rester en dehors de la fête.


Synopsis : Antoine D’Anthac, célèbre auteur dramatique, convoque par delà sa mort tout ses amis comédiens qui ont interprétés sa pièce « Eurydice ». Il leur demande de visionner une captation de la pièce jouée par une jeune troupe ,qui a besoin de savoir si leur travail mérite d’être monté au théâtre. A mesure que se déroule  la pièce, les souvenir refont surface…

Le film a de quoi décontenancer. Après une ouverture à la mise en scène maline, qui présente chaque comédien dans son propre rôle d’acteur convoqué par un metteur en scène alter ego de Resnais, on sent que l’on va basculer de l’autre côté du rideau rouge pour notre plus grand plaisir.

Car c’est bien au théâtre et non au cinéma que nous convie Alain Resnais. Il adopte une mise en scène par tableaux, cartons annonçant les actes, et avec des intertitres à la manière de films muets (tel que « en passant le pont, les fantômes vinrent à leur rencontre » tiré du Nosferatu de Murnau) .
Visionnant l’écran sur lequel est diffusée la prestation de la jeune troupe, les comédiens reprennent machinalement leur rôle d’antan et se mettent à interagir entre eux par réplqiues interposées, puis avec l’écran. Une belle idée qui confirme, si besoin en était, le talent de metteur en scène de Resnais.

Non, ils ne jouent pas au petit train, c’est juste Sabine Azema qui souuuuuuffre (de manière theatrale donc)

Mais cette trouvaille est aussi la faiblesse du film. Bien vite, on comprend qu’on est en présence de théâtre filmé. Certes, c’était en quelque sorte le cas pour Smoking/ No smoking, écrit par Bacri et Jaoui, et filmé par Resnais dans des décors intérieurs devant des toiles peintes. Mais ces films avaient un côté novateur séduisant, et un humour très efficace. Ici, on nous donne à voir une tragédie dans le plus pur sens du terme (sur l’amour, la mort, la vie), ce qui n’a plus rien d’original car des tragédies de théâtre filmées, il y en a tous les mois sur Arte (et on les évite soigneusement).
Autant dire qu’on ne se fend pas du tout la poire. Lorsque Sabine Azéma se met à jouer la tragédie à outrance, le résultat est loin d’être convaincant. Au cinéma, pas la peine d’en faire des caisses, ce n’est pas le même jeu d’acteur.

Le jeu des acteurs n’est cela dit pas à remettre en cause, chacun est absolument parfait (surtout Mathieu Amalric et Lambert Wilson, particulièrement ténébreux ) et la mise en perspective du temps qui passe, en faisant jouer quasiment simultanément la même scène d’amour à des adolescents, des adultes, et des plus vieux, est très intéressante dans ce contexte de mise en abîme du théâtre.

Lambert Wilson, y’a pas à dire il a la classe !

 « Viens voir les comédiens », nous disait le teaser du film, nous montrant tous ces grands acteurs français réunis et dont les visages, emplis d’émotions, nous laissaient présager un grand film. On est venus les voir et on les a vu se faire plaisir dans ce beau cadeau que Resnais fait à ces acteurs, tandis que nous on s’ennuyait.
Un film testament sous forme de réunion de famille, à laquelle on à l’impression d’être une pièce rapportée. Comme ces soirées où on reste dans un coin car on ne connaît personne. Si nous n’avions encore rien vu, espérons que Resnais nous donnera autre chose à voir, même si le mot FIN, qui clôt le film, nous laisse présager du contraire.
Quoi qu’il en soit, la critique Intellectuelle française ne manquera pas de crier au génie de la mise en scène, et gageons que la longévité de Resnais devrait entraîner un prix. Pour la mise en scène, on est d’accord. Pour la palme d’or il faudra revenir.

Vous n’avez encore rien vu un film d’ Alain Resnais avec Pierre arditi, Sabine Azema, Lambert Wilson, Mathieu Amalric, Michel Piccoli, et plein d’autres.
Au cinéma le 26 septembre 2012

Pr Wicked

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