Bel ami – beau gâchis

Avec sa bande annonce qui nous avait laissé dubitatifs (acteurs américains avec accents français…), l’adaptation du roman initiatique de Maupassant arrive sur les écrans. Hollywood toujours dans le rouge au niveau de l’inspiration vient maintenant pomper ses idées dans notre littérature nationale. Et même regardé avec indulgence, cette adaptation, certes esthétique, est un beau gâchis tant l’histoire originale etait puissante et le résultat faussement scandaleux.

Synopsis : A Paris, à la fin du XIXe siècle, Georges Duroy, jeune homme ambitieux, est déterminé à se hisser au sommet d’une société qui le fascine. Des mansardes miteuses aux salons les plus luxueux, usant de son charme et de son intelligence pour passer de la pauvreté à la richesse, il quitte les bras d’une prostituée pour ceux des femmes les plus influentes de la capitale. Dans un univers où la politique et les médias mènent une lutte d’influence acharnée, à une époque où le sexe est synonyme de pouvoir et la célébrité une obsession, Georges Duroy ne reculera devant rien pour réussir.

Cette histoire d’un homme qui pour se sortir de la misère est prêt à coucher ou se marier avec n’importe quelle femme, pourvu qu’elle lui permette d’accéder à l’échelon social supérieur, a quelque chose de très moderne. Un héros ambitieux, des intrigues sulfureuses, le 20éme siècle qui s’annonce, il y a là matière à faire fonctionner l’imagination et les fantasmes. Un roman acide et cynique, idéal pour le cinéma actuel en sommes.

Le problème c’est que la scénariste Rachel Benette n’a rien compris au personnage principal et  a déclaré que Georges Duroy était trop antipathique pour emporter l’ adhésion du public ( comprenez la midinette de base qui veut voir « Robeeeeeert !!! » et n’a jamais ouvert le bouquin ). Plus sympathique que dans le roman, le personnage perd de sa force qui résidait justement dans son caractère impitoyable. Exit donc les passages les plus dérangeants, Duroy sera un petit minet con comme ses pieds (c’est plus touchant), plutôt que le machiavel arriviste du roman.

Ah mais dis donc il les lui faut toutes ! scandale !!

Le côté subversif du roman est réorienté vers l’aspect décadent du personnage. Un traitement qui se veut provocateur, mais qui abouti à un film faussement scandaleux, à la mise en scéne munie de gros sabots . On ne nous épargne aucun gros plan sur des ébats soit disant torrides et tabous, mais qui ne choqueront que les filles de moins de 14 ans, parce qu’elles auront vu Robert faire zizi panpan avec 3 femmes différentes, le coquinou !

L’exemple le plus frappant du ratage qu’est cette adaptation c’est le sabotage pur et simple de la fin puissante du roman. Georges Duroy, dans un ultime mariage qui fera de lui une fortune de Paris sort de l’église de la Madeleine au bras de sa femme fortunée. A ce moment le roman dans une fin révélatrice de l’ambition du personnage dit : « Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu’il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon. ».
Une conclusion ouverte qui prouve que Georges veux toujours plus, et se voit déjà député. Dans ce film Georges/Pattinson relève les yeux, baigné de lumière et…rideau ! Le neuneu est content d’être riche quoi. Merci Hollywood, bonsoir m’sieur dame !

Face à lui se dresse…la caméra. On perd en sens, mais c’est pas grave, on voit Robert en gros plan sur un fondu au blanc, c’est beau !

Cette adaptation on le sent bien se débat ad nauséam pour égaler un autre roman classique sulfureux français adapté avec autrement plus de classe: « Les liaisons dangereuses ». On imagine bien le directeur de casting se dresser et crier « Eureka ! Prenons Uma Thurman !! Elle jouait dedans aussi ! Et puis sur l’affiche on va mettre une citation genre « Les nouvelles liaisons dangereuses », vu qu’Uma est en costume sur l’affiche ils nous croiront  ! »

Une nouvelle publicité pour Prépartion H ? Non, non Pattinson joue le tiraillement interieur.

Oui mais voilà, Uma Thurman n’est bonne que bien dirigée (Kill Bill 1 et 2, Pulp Fiction, Bienvenue à Gattaca). Livrée à elle-même, elle joue mal et son incarnation de Madeleine Forestier est à la limite de nous rappeler sa pathétique pub Schweppes. Mais hey… « What did you expect ? ».
On décernera la palme du jeu étrange à Robert Pattinson qui passe le film dents serrés ou rictus au coin de la bouche, avec une moue bizarre. On ne sait pas s’il tente de développer un nouveau style de jeu basé sur les mouvements de bouche ou s’il confond tourments intérieurs avec dérangements gastriques. Non parce que là on a envie de lui indiquer les toilettes les plus proches très souvent.
Sortent du lot sans peine aucune la toujours craquante Christina Ricci toute en fragilité, et Kristin Scott thomas, la classe anglais incarnée, comme d’habitude. Le contraste avec Thurman et Pattinson en est d’autant plus violent.

Les responsables de ce carnage sont deux illustres inconnus qui à n’en point douter le resteront, Declan Donnellan,et Nick Ormerod , ex avocats, qui n’ont pas lésinés sur le budget déco et costumes de leur premier film. A vrai dire c’est à peu près la seule chose travaillée dans le film. Les rues de Paris sont charmantes, les robes feront rêver les filles, et les intérieurs des appartements sont tout à fait convaincants. Passé ces réussites visuelles, n’attendez rien d’autre de Bel Ami

Au moins c’est joli

Un constat s’impose sans surprise : trop c’est trop ! Et voici donc notre petite lettre ouverte aux pontes américains :
 » Très cher Hollywood ARRETE de nous faire des remake de nos propre films et de nous les renvoyer (genre « Mon père/My father ce héros ») , ARRETE de faire jouer des anglais dans des rôles de français et de nous les vendre à nous Français. Et par pitié si tu n’as plus d’idées, massacre tes propres romans cultes nationaux comme tu l’as fait pour  » Sur la route », et laisse nos romans auxquels tu ne comprends rien tranquilles ! D’avance merci. » Parce que là, c’est à s’étouffer en mangeant les pages du roman de Maupassant.

Bel Ami un film de Declan Donnellan et Nick Ormerod Avec Robert Pattinson, Uma Thurman, Kristin Scott Thomas
Au cinéma le 27 Juin 2012

Pr Wicked

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