Obsession- Critique DVD – Vertigo de l’amour

Le 4 Juillet dernier est ressortie en version remastérisée le petit bijou de Brian De Palma : Obsession. Astucieux ré-agencement du mythique Sueurs froides (Vertigo) d’Alfred Hitchcock, ce film de début de carrière de de Palma montre son amour pour le maitre du suspens mais aussi sa maîtrise de la mise en scène, qui donne à cette histoire de kidnapping une atmosphère fantomatique et oppressante . L’occasion pour nous de vous replonger dans ce film obsédant.

Synopsis : Michael Courtland, homme d’affaire américain voit un soir sa femme et sa fille mourir dans un accident de voiture , faute d’avoir payé la rançon exigée par leurs kidnappeurs. 16 ans passent et il ne parvient toujours pas à faire son deuil. Lors d’un voyage d’affaire à Florence avec son associé, il rencontre un jour une femme ressemblant trait pour trait à sa femme. Malgré les avertissements de son entourage, il y voit une seconde chance qu’il ne veut pas laisser passer. Au risque de réveiller un passé douloureux…

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Si De Palma a toujours été influencé par les effets de mises en scène d’Alfred Hitchcock (gros plans sur des objets, manipulation du public en jouant sur les apparences), Obsession est son seul film où le scénario est ouvertement calqué sur un film du maitre.

C’est en sortant d’une projection de Sueurs froides (avec James Stewart et Kim Novak) que Paul Shcrader (scénariste d’Obsession) et de Palma se mettent à discuter et se disent qu’il y a là matière à utiliser les même mécanismes pour aboutir à une version plus moderne sur la même thématique.
Pour ceux qui n’auraient pas vus Sueurs froides, bon déjà c’est mal ! Vous me rattrapez ça dès ce soir, ce n’est pas possible ! Et donc pour ceux-là, rafraichissons-nous la mémoire :
C’est donc l’histoire d’un policier, Scottie, qui atteint d’une phobie des hauteurs se voit demander par un ami d’enfance, de suivre sa femme Madeleine, qu’il prétend possédée par son aïeule, Carlotta Valdes. Tandis qu’il la file, il se rend compte par lui-même qu’il y a une part de vérité dans les dires de son ami. Est-elle un fantôme ou juste folle ? La jeune femme finit par sauter du haut d’un clocher dans un accés de folie, laissant Scottie encore plus perturbé. Un an se passe et Scottie au détour d’une rue croise une femme ressemblant comme deux gouttes d’eaux à Madeleine. Coïncidence, manipulation ? Scottie n’est pas au bout de ses surprises.

Avec ce film Hitchcock voulait faire un film sur la nécrophilie, rien que ça. Un homme amoureux d’un fantôme qui meurt une seconde fois sous ses yeux et qu’il semble retrouver revenue d’entre les morts. C’est aussi et surtout un film sur l’illusion du cinéma. Un exemple parfait que ce qui nous est donné à voir (perruques, maquillages, silhouettes éloignées) n’est pas forcément la réalité. Et ça De Palma il adore.

Un sommet de manipulation du spectateur

Prenez la perruque blonde de Snake Eyes, ce chef d’œuvre où tout ce que vous voyez n’est en fait qu’une vaste illusion, ou Blow Out où la vérité surgit d’une bande son et non des images. Le cinéma de de Palma c’est celui de l’œil qu’il ne faut pas croire. Des détails anodins au coin de l’écran qui en fait disent la vérité. Un cinéaste qui vous dit « toutes les clés sont à l’image, il suffit de ne pas être distrait par le chiffon rouge que j’agite sous vos yeux ».
Une démarche artistique fichtrement intéressante qui est d’autant plus pertinente de nos jours, où les films nous sont prémâchés.

De Palma utilise donc dans ce film une trame identique à celle du traumatisme de Scottie dans Sueurs froides. Un père de famille symbole de l’américain qui a réussi (à l’image du héros Hitchcockien classique), traumatisé par la perte de sa femme et de sa fille. Et puis des années plus tard, vivant toujours dans le passé il croise une personne qui a le visage de sa défunte femme. Un même moule dans lequel il va appliquer son amour pour les mouvements de caméra complexe, des longs plans sans coupures et son talent incroyable à faire naitre le fantastique par des procédés de tournage d’une simplicité mais d’une efficacité incroyable.

Une femme face à la peinture de son passé. A gauche Obsession, à droite Vertigo. Dans les 2 cas le génie de la manipulation du spectateur.

Faire jouer à la même actrice dans ses délires de régression enfantine le rôle de la mère ET celui de la fille pouvait paraitre risqué mais donne en fait à ces scènes une puissance onirique folle. De même dans une scène finale l’alternance de fenêtre et de mur dans un long travelling donne un effet stroboscopique qui relève la maestria de la mise en scène de De Palma.

Une scène clé reprise.sous différents angles. Brillant

Et puis il y a la musique de Bernard Hermann, le compositeur favori d’Hitchcock (La mort aux trousses, Les oiseaux,Psychose, Sueurs froides). Sa musique est si oppressante qu’elle donne à toutes les scènes un caractère surréaliste et pesant même à celles les plus anodines. Un décalage entre la futilité de ce qui est montré et la musique d’horreur baroque qui l’accompagne. Ceci nous installe d’avantage dans un monde irréel, aux portes du monde des fantômes.

Obsession est au cinéma de De Palma ce que Sueurs froides est à Hitchcock : un incontournable de sa filmographie et une démonstration incroyable de ce que peux faire naitre de magique et de manipulation une mise en scène intelligente. A voir, revoir, encore et encore, ne serait-ce que pour l’un des plus beaux ralenti final de film jamais réalisé. Nous on est obsédés par Obsession.

Bonus DVD :


Alors là les amis chez Wilde side Vidéo, ils ne sont pas foutus de nous ! Jugez plutôt :
Obsession revisité (Laurent Bouzereau, 2000, 0h35) :
Le maitre incontesté du making of a encore frappé.De la première écriture du scénario, à la sortie cinéma, en passant par le tournage et les choix artistiques, les fans du film que nous sommes vont passer 30 minutes les yeux scotchés à l’écran à boire les paroles de De Palma, Paul Schrader le scénariste, ou encore le producteur et même les acteurs. Intéressant, nous faisant grâce des éternels extraits du film, ce documentaire est un vrai bonheur dans lequel on apprendra notamment que le film devait s’appeler Déjà vu , titre non retenu, mais qu’on retrouvera dans Femme fatale, 20 ans plus tard , titre d’un film placardé sur tout les murs de la ville. Sacré Brian, le roi de l’auto-citation..
Entretien avec Samuel Blumenfeld (Eric Paccoud 2012, 0h26) :
Les néophytes comme les plus connaisseurs trouveront dans cette interview toutes les clés pour appréhender le cinéma de De palma, bien sûr en ce qui concerne Obsession, mais aussi sur les autres films de sa période Hitchcockienne  jusqu’aux plus récents. Une vraie leçon de cinéma juste passionnante, avec par moment des interventions de de Palma lui-même qui explique avec sa légendaire suffisance ce qu’il y a d’ Hitchockien dans son cinéma. Un bonhomme prétentieux mais un propos très intéressant.

Ce Samuel Blumenfeld du Monde est un mec captivant. Quand à Brian, il devrait arrêter la condescendance et changer de styliste !

Courts métrages :
Woton’s wake (Brian de Palma, 1962, 0h27). Et The responsive eye (Brian de Palma, 1966, 0h25).
Pas forcement faciles d’ accès mais historiquement très intéressants voilà deux des premiers travaux filmiques de de Palma. Une belle idée originale qui ravira les fans les plus motivés.

Vous l’aurez compris, après avoir passé 1h30 devant le film, nous envoyer 1h de documentaire ultra informatif fut un vrai plaisir. Si vous aimez De palma, cette nouvelle édition d’Obsession bardée de bonus vous est indispensable, c’est une évidence.

Obsession un film de Brian de Palma avec Cliff Robertson, Geneviéve Bujold, John Lithgow
Disponible en DVD et Blu ray

Pr. Wicked

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