Kill List -Critique- Under pressure

Alors que son second film Touristes a été projeté à Cannes cette année, le premier long métrage de Ben Wheatley , Kill List, arrive sur nos écrans. Et autant dire que l’homme avec ce film va faire parler de lui. Il y fait montre d’une maitrise de la mise en scène abrupte, efficace, et inouïe. Canalisant l’attention du spectateur en le plongeant dans des atmosphères très variées, le film dérange et fascine, malgré un final qui vire à la démonstration prétentieuse.

Synopsis : Meurtri dans sa chair et son esprit au cours d’une mission désastreuse à Kiev 8 mois plus tôt, Jay, ancien soldat devenu tueur à gages, se retrouve contraint d’accepter un contrat sous la pression de son partenaire Gal et de sa femme, Shen. Jay et Gal reçoivent de leur étrange nouveau client une liste de personnes à éliminer. À mesure qu’ils s’enfoncent dans l’univers sombre et inquiétant de leur mission, Jay recommence à perdre pied : peur et paranoïa le font plonger irrémédiablement au cœur des ténèbres.

Il n’y a pas à dire, le cinéma des anglais est à l’image de leur séries : incroyablement original et audacieux. Ben Wheatley ne réalise pas ici un mais deux films à partir du même sujet : une chronique sociale et un thriller.

Ça commence comme n’importe quel Ken Loach. Un homme au chômage, dépassé par les événements, dont les problèmes personnels mettent sa famille dans la précarité. Cette première partie expose de manière brutale et pesante la crise conjugale du foyer de Jay. Un diner entre amis qui tourne mal, une réconciliation autour d’un verre, des rires des cris, un enfant perdu au milieu de ces bêtises d’adultes idiots, tout y est.
Puis vient le contrat. Jay a besoin de travailler et on comprend que dans cette famille, retrouver un travail signifie en fait trouver un nouveau contrat à exécuter. Le glissement vers le second film commence.

Papa a retrouvé un travail ! Ouf !

De la chronique sociale on passe au thriller. Un vieil homme étrange, un contrat signé par le sang, et des victimes à l’attitude plus que surprenante. Wheatley distille ainsi petit à petit des éléments assez étranges pour nous déstabiliser et nous emmener dans une réalité dérangeante, mais juste ce qu’il faut pour ne pas basculer dans l’irrationnel.
A mesure que les contrats s’enchainent (5 en tout) le film s’assombrit, les cibles se font de plus en plus étranges. Au terme de ce lent glissement vers l’irrationnel on arrive dans un thriller ultra noir. La scène où nos deux tueurs à gages se retrouvent assaillis par des gens aux masques étranges dans les égouts nous fait carrément basculer dans l’esthétique du film de zombies.

Sous terre, sous pression.

Là où Wheatley nous perd c’est après, à la toute fin du film. Le dernier contrat se fait de nuit, sans un mot, dans un champ peuplé de personnes étranges aux costumes entre Ku Klux Klan et épouvantails, armés de torches. Passés de la chronique sociale pour arriver au thriller de plus en plus noir, nous voilà dans le fantastique.

Le problème c’est que cela tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Continuant à baser son film plus sur l’ambiance que sur la plausibilité, Wheatley fait l’erreur de basculer dans l’ irrationnel et le glauque. Une scène aussi malsaine que complétement coupée du reste du film, tant dans sa forme que dans son histoire . Wheatley nous laisse là, sans aucune clé, donnant l’impression de vouloir  un final choc à n’importe quel prix. Prétentieux et complétement inutile.

la puissance des images, la force de atmosphère, mais dans une scène fantastique sans justification.Juste pour faire du fantastique.

Terminer un si bon film ainsi est dommage car non seulement le ton du reste du film est excellent, mais la mise en scène de Wheatley est tout aussi intéressante. Il adopte un filmage caméra à l’épaule, un montage cut sans concessions, et fait fi des règles de mises en scènes habituelles. Bien souvent les dialogues d’une scène continuent de courir sur les images de la scène d’après, pour revenir à la scène de la discussion précédente. Il s’agit plus d’un cinéma d’ambiance que de narration pure.

Kill List est donc un film qui dans son scénario, son ton et sa mise en scène s’applique à installer une ambiance plus qu’une histoire. Dommage qu’il nous laisse sur un final si stylisé à outrance qui oublie la cohérence de l’histoire pour céder au choc facile. Un final agaçant qui nous laisse sur une mauvaise impression après avoir passé un si bon moment de cinéma.

Kill List un film de Ben Wheatley avec Neil Maskell, Myanna Buring, Harry Simpson
Au cinéma le 11 Juillet 2012

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