Piège de Cristal – Le nouveau Western moderne

Le premier volet des aventures de John Mc Clane est sans doute LE film emblématique des films d’action des années 80. Culte pour quiconque a grandi dans les années 80 et 90. Un modèle d’efficacité, de rythme, d’humour et d’action mis en scène au millimètre par le génial John Mc Tiernan et mené par un prodigieux Bruce Willis venu pourtant de la comédie. Empruntant tant au film catastrophe qu’au serial des années 50, McTiernan en fit surtout un western vertical moderne dans une ère ou l’Amérique reaganienne se cherchait de nouveau héros. « Yipee kay, motherfuckers»,

Synopsis : 1988. Policier à New York, le lieutenant John McClane se rend à Los Angeles afin de passer Noël en compagnie de son épouse Holly et leurs 2 enfants. Mais arrivé à l’immeuble de la multinationale Nakatomi où est employée Holly, John entend des cris ponctués de détonations : un groupe de terroristes a investi l’immeuble et pris les occupants en otages…

On aurait tendance a l’oublier, tant le film est marqué au fer rouge dans nos mémoires mais Piège de cristal n’est pas de ceux qui ont lancé la vague des gros films d’action des années 80. Non, ce mérite reviendrait plutôt à Rambo en 1982. Piège de Cristal lui arrive à la fin des années 80 en 1988. Un délai qui permit à son réalisateur John Mc Tiernan de prendre le contre-pied de ce qui se faisait jusque là.

Bienvenue dans la jungle moderne

A la différence de Rambo, Rambo 2, Predator (aussi de Mc Tiernan) ou encore de Running Man ou même de Total Recall, l’action n’est pas coupée de la réalité (pas de contexte de science fiction ) ni excentrée (jungle, Afghanistan, forêt).  Le héros solitaire, figure récurrente du cinéma d’action américain, ne doit pas faire ses preuves dans un environnement hostile, mais en pleine la réalité moderne, dans le symbole du pic de la puissance américaine. Un gratte ciel.

John Mc Tiernan plonge son héros dans un enfer urbain de manière soudaine. La musique d’ascenseur ambiante est coupée par des coups de feu, les retrouvailles virent à la prise d’otage, sans ménagement aucun. Un plongeon soudain dans une action inattendue qui surprend John Mc Clane et capte l’attention du spectateur pour ne plus le relâcher. Mc Tiernan adore jouer sur l’espace. Ici, il fait de son film un huis clos dans lequel il porte au paroxysme l’utilisation de la verticalité. Cages d’ascenseurs, trappes, échelles, jusqu’à descendre jusqu’au parking sous terrain, l’action se déplace étage par étages, offrant un terrain de chasse ainsi sans cesse renouvelé.

Panique a tous les étages, et même sur le toit

Chaque étage, est un nouveau décor possible, un nouvel espace qu’il faut apprendre à maîtriser. Qu’il s’agissent de ramper sous une table, se cacher dans un faux plafond, lâcher des détonateurs dans une cage d’ascenseur, tirer dans des vitres car l’ennemi est pieds nus, ou échapper à une explosion en s’attachant à un tuyau à incendie, chaque affrontement verra triompher celui qui domptera le mieux cette jungle urbaine. Adieu la Jungle et ses extra-terrestres de Predator, bienvenue dans la jungle américaine moderne. Les terroristes en plastiquant le toit condamne ainsi la seule issue possible de cet enfer vertical  Au final Hans Gruber sera victime de cette loi de la verticalité en chutant de ce gratte ciel, symbole de l’amérique qui précipite ses ennemis dans le vide. Mc Tiernan ou le génie de l’utilisation de l’espace.

Guide de survie en milieu urbain.

Voilà pour ce qui est de la forme. Pour le fond le réalisateur décida ni plus ni moins de faire de son personnage un cow boy. Un solitaire brouillé avec sa femme, loin de chez lui, seul rempart des opprimés contre la folie de l’envahisseur (guerre froide oblige, le méchant est européen, et de préférence allemand). Dans l’adversité il reconquière sa belle.

Le vrai Roy Rodgers…Yipee Kay !

Les allusions au western sont légions et même pas masquées. La preuve par l’exemple avec le dialogue le plus mythique de ce film entre Gruber et Mc Clane :
– « Qui êtes vous ? Encore un américain qui a regardé trop de western et qui se prend pour John Wayne ? »
-« j’ai toujours eu un faible pour Roy Rogers, j’adore les chemises pailletés »
– « et quel est votre nom Mr le cow boy ? »
– « Yipee kay pauvre con »
Voilà, tout est dit. Mc Clane c’est le justicier solitaire, qui dégainera plus vite que son ombre lors d’un face à face final, et qui repartira tel John Wayne dans le soleil couchant avec sa Grace Kelly (« c’est Gary Cooper connard ! » référence au « Train sifflera 3 fois »). John Mc Clane lui repartira dans la nuit  pied de nez final du réalisateur qui s’amuse comme un fou.

Car dire que Piège de cristal est aussi une comédie n’est pas exagéré. Légion d’actioner des années 80 collectionnent les « one liner », ces répliques du style « il a eu chaud » pour un mec qui vient de brûler vif. Une touche de légèreté dans la surenchère d’action. Piège de Cristal est plus que cela. En plus des monologues très drôles de Mc Clane avec lui même, le film cultive un sens du comique visuel décalé jubilatoire. Avouez qu’un terroriste tué affublé post mortem d’un bonnet de père noël ou un autre qui a un faible pour les friandises, c’est cocasse.

« Viens nous voir à Los Angeles, on fera la fête ! »

N’oublions pas non plus le sens de la repartie de John Mc Clane, alter ego de Mc Tiernan (John Mac) au sens de la repartie toujours très ironique jubilatoire. Le rôle de McLane a d’abord été proposé à Stallone ou à des acteurs en pleine gloire comme Richard Gere. Mais Mac Tiernan privilégia le talent comique à celui de l’action pure avec Bruce Willis qui brillait dans la série télévisée comique Clair de lune. Un comique débonnaire très américain qui ressort encore d’avantage face au stoïcisme de l’excellent méchant Hans Gruber, tout en condescendance et culture européenne interprété par Alan Rickman dans son rôle sans doute le plus mémorable, et ne commencez pas avec Harry Potter !

Alan Rickman, LE méchant des années 80 qui restera dans les mémoires. Si classe et si méchant.

C’est tout cela à la fois Piège de cristal. Une réinvention moderne du mythe du cow boy dans une jungle urbaine moderne, matinée de comédie et de film catastrophe (bonjour La tour infernale et ses hélicoptères). Le tout avec un casting au poil sur un scénario captivant. Pas étonnant qu’Hollywood nous en ponde des suites depuis 1988 . La seule qui égale l’originale : Une journée en enfer, toujours de Mc Tiernan (surprise !) qui arrive à se réinventer dans une intrigue cette fois horizontale. Un génie dans l’utilisation de l’espace on vous dit !

Piège de cristal un film de John McTiernan
Avec 
Bruce Willis, AlanRickman, Bonnie Bedelia, Reginald Veljohnson

Pr Wicked

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Une réflexion au sujet de « Piège de Cristal – Le nouveau Western moderne »

  1. Très bonne article j’ai hâte de voir les autres que tu nous prépare sur la expendable week!!!
    Tout a fait d’accord Hans Gruber reste pour moi l’un des meilleurs méchant de ses 30 dernières années.
    Dommage qu’il n’est pas réussi a faire mieux avec le méchant du 3 je le trouve stéréotype.

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