Rocky – Cogner le drapeau

Rocky est de ces rares films que l’on connaît même si on ne l’a pas vu. Avant même de le voir on sait que Stallone le visage en vrac va hurler « Adrieeenne ! ». Et pourtant Rocky est tout sauf l’idée d’une brute décérébrée qu’on s’en fait. C’est l’histoire d’un brave type bourré de problème de confiance en lui, qui vit sa vie comme un loser, et s’en contente, jusqu’au jour où la chance lui sourit. Rocky Balboa, c’est vous, c’est moi. L’histoire d’un mec normal qui fait ce qu’il peut avec ce qu’il a pour s’en sortir. Un film sur la puissance de la volonté, et le panache des belles âmes .

Synopsis : Dans les quartiers populaires de Philadelphie, Rocky Balboa collecte des dettes non payées pour Tony Gazzo, un usurier, et dispute de temps à autre, pour quelques dizaines de dollars, des combats de boxe sous l’appellation de « l’étalon italien ». Cependant, son vieil entraîneur, le laisse tomber. Pendant ce temps, Apollo Creed, le champion du monde de boxe catégorie poids lourd, recherche un nouvel adversaire pour remettre son titre en jeu. Son choix se portera sur Rocky.

Le film est du sur mesure pour Sylvester Stallone qui à l’époque vivotait de petits jobs en essais d’actorat infructueux. C’est acculé par le besoin d’argent qu’il écrira en trois jours les grandes lignes de Rocky. Sa success story fantasmée, écrite par lui, pour lui, sur lui , le gamin qui fut renvoyé de 14 collèges en 11 ans, et ne parvint à décrocher une bourse que pour ses qualités physiques.

Stallone calque donc son script sur sa vie. Un pauvre loser fauché sympathique mais sans avenir. L’entendre dire dans la bouche de son personnage « on m’a toujours dit que je n’avais pas de cervelle alors autant me servir de mon corps » en dit long sur l’état d’esprit de l’acteur et du personnage. On est à des années lumières de l’âne bâté souvent caricaturé par beaucoup (qui souvent n’ont pas vus le film).
C’est là la première grande force du film. Sa capacité à ce que le spectateur s’identifie à son personnage principal, se retrouve en ses faiblesses et le prenne en sympathie. Le combat à venir devient alors indirectement le notre. Et cette chance qu’on lui donne de briller est celle dont on rêve tous à un moment ou l’autre de notre vie.

Rocky tente de séduire maladroitement une Adrienne aussi peu à l’aise que lui. Un duo tellement attachant.

La grande intelligence de Stallone dans son script est de ne pas faire de son film une success story franche. Rocky perd son combat. Dans le choix de ne pas faire gagner Rocky, Stallone vise juste, car il offre au spectateur plus qu’une victoire sportive. Il lui donne une victoire morale.Et de ce fait, pour nous, pour le public de la salle de boxe, et pour Adrianne, il gagne. Une victoire sur lui même. La réussite du type normal qui à la fin du combat n’écoutes même pas si il a gagné mais cri le nom de sa compagne. Et là, le fameux « Ardiaaaanne » prend tellement plus d’épaisseur. Jamais on a été aussi heureux de voir un héros perdre. Tout simplement parce qu’il ne perd pas.

« Adrienne » ou le cri d’un homme qui atteint son but et veux le partager

Sur le papier, le script à tout d’une mauvaise collection de clichés patriotiques, portant en gloire ce beau pays que sont les Etats Unis où quiconque à force de volonté et de coups de poings peut espérer un brillant avenir.
Mais jamais Rocky ne tombe dans ce travers. Le personnage est si fragile et attachant que ce genre de procès d’intention n’effleure même pas l’esprit.

L’habit de suffisance de l’oncle Sam, qui ne va pas tarder à le regretter

Mieux encore, c’est Appollo Creed, le champion en titre qui parade en Georges Washington, en oncle sam, habillé du drapeau américain et ne cesse de parler de « Land of opportunity », qui finit par s’en prendre plein la tronche, trahi par son excès de confiance.
C’est aussi ça Rocky. Un immigré italien (Stallone et son alter ego Balboa) laissé sur la touche par le système qui cogne le drapeau et refuse de se coucher. Le Drapeau gagne mais chancelle dans son habit de suffisance. Une suffisance mise en exergue dans la scène où Rocky passe à la télévision filmé en train de cogner des carcasses de viandes, dans une pièce ou Creed est trop occupé à se pavaner pour le remarquer.

A ce titre l’évolution des séances d’entraînement, notamment celle des marches est très bien vue. Alors qu’il commence ces derniers de nuits, s’essoufle rentre fourbu au petit matin, il finira par commencer ses exercices au grand jour. Finit la fatigue, on lui donne des fruits au passage, et il avale les marches dans le soleil levant. De la nuit à la lumière, Rocky ne s’entraîne plus en cachette, et assume sa transformation.

Gravir les marches de la réussite, l’entraînement en plein jour. L’image symbolique du dépassement de soi même qui reste indélébile dans l’histoire du cinéma

Rocky transforme une réalité sociale amer et le désespoir de son personnage en une célébration de la volonté individuelle et de la détermination. Et il le fait sans jamais sombrer dans un sentimentalisme douteux. Fort d’un capital sympathie énorme, dû aux failles de son personnage, Rocky est à la fois l’un des meilleurs film sur le rêve américain jamais réalisé, mais aussi le cri de rage d’une minorité ethnique qi revendique son droit à exister.

Rocky un film de John G. Avildsen
Avec 
Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young

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