Looper – Naissance d’un classique de la S.F.

Dans un climat cinématographique déprimant les « nouveaux » film de S.F. s’appellent « Total Recall »et bientôt » Robocop », et le fan de S.F. originale est peu souvent à la fête. Se pointe alors mine de rien un film comme « Looper ». Pas une superproduction portée par un gros studio, mais avec deux têtes d’affiches « bankables » et un pitch simplement brillant. Si en plus de cela le réalisateur est un geek fan de S.F comme nous et qu’il à l’intelligence de tenir un propos philosophique sur la vie, nous sommes au nirvana. Rian Johnson, notre héros.

Synopsis : En 2074 le voyage dans le temps a été inventé. A cette époque où la science a tant progressée, se débarrasser d’un corps est impossible pour la Mafia. Mais celle-ci a mis au point un système infaillible pour faire disparaître tous les témoins gênants. Elle expédie ses victimes dans le passé, à notre époque, où des tueurs d’un genre nouveau (les « Loopers ») les éliminent en 2044. Joe, un Looper parmi tant d’autre, découvre que la victime qu’il doit exécuter n’est autre que… lui-même, avec 30 ans de plus. La machine si bien huilée déraille…

Voir arriver un film avec Bruce Willis dans une histoire de chasse à l’homme à travers le temps, assurément on pense d’emblée au chef d’œuvre de Terry Gilliam L’armée des 12 singes. On peut alors être aussi excité que craindre l’hommage maladroit. Ami fan d’aventures de l’étrange, rassures toi, Looper est une (très grande) réussite. Aux commandes, Rian Johnson (Brick, une arnaque presque parfaite), réalisateur jusque-là assez confidentiel qui ne va pas le rester longtemps.

Bruce Willis à travers le temps. » L’armée des douze singes », référence évidente de « Looper »

Ce grand geek de 39 ans pourrait trés bien être un de nos potes. Amoureux des films cultes de la S.F. des années 80/90 (Terminator, L’armée des douzes singes, Alien, Blade runner, Akira) il chérie tant ces films que ces références son magnifiquement digérées et réinterprétés avec une grande intelligence
Là où l’homme fait preuve de génie c’est que jamais il n’évoque consciemment ni directement ces films et leurs imageries. On les sent là, palpiter sous la surface de la pellicule, sans jamais avoir l’impression d’une succession de clins d’œil lourdingues. Looper est l’héritier, le digne successeur des plus grands films de S.F de ces deux dernières décennies, non pas un hommage à ceux-ci.

Protéger un femme et son enfant. « Terminator » n’est pas loin.

Ce qui rend uniques ces grands films de science-fiction, c’est leur capacité à remplir le rôle premier qu’a toujours eu la S.F. : questionner notre monde actuel. L’armée des 12 singes traitait de l’écologie, et du danger des expérimentations de virus . Terminator posait la question de la mécanisation et de l’automatisation extrême de notre société tout comme le faisait Blade Runner avec sa thématique de la responsabilité de l’homme face à ses créations. Looper , lui, est un grand film de science-fiction car il pose une question, plus morale que sociétale, mais très intéressante néanmoins. Changer le passé pour faire le bien (l’éternel question « tueriez-vous Hitler si vous pouviez remonter le temps ? ») voilà la question que pose le film. Toute action ayant un effet ricoché sur le futur, tuer quelqu’un ne risque-il pas de créer un autre mal encore pire ? Ne vaut il mieux pas laisser les choses en l’état ?

Lutter contre son propre futur. Erreur ou solution ? Joli questionnement

Avec un scénario brillant qui vous fait adopter tout les points de vue, Rian Johnson parvient à vous faire passer d’un camp à l’autre, abolissant le schéma gentil qui a raison/méchant qui a tort. Ici personne n’a vraiment raison, tous ont leurs raisons.  Et Johnson vous laisse libre d’embrasser votre propre choix. A sa manière il vous demande « Et vous que feriez vous ? »

Ce questionnement n’est pas le seul enjeu de Looper. Le film contient une vraie réflexion sur la violence . C’est en fait le sujet central du film. Looper est dans son essence centré sur la question « peut on résoudre un problème quel qu’il soit par la violence ?  » Trouver le méchant et le tuer, a-t-il jamais un jour résolu vraiment un problème, plutôt que de créer juste un effet boule de neige de violence de vengeance qui en entraîne une autre, etc.
Voilà pourquoi Looper contient des pics soudain de violence choc. Pas nécessairement de sang, mais des vrais chocs visuels consciemment mis là par le réalisateur pour vous scotcher d’un coup à votre fauteuil et vous faire ressentir l’anormalité de la chose. Vous faire sentir la violence de cette violence et tout ce que cela a d’anormal

Des pics de violence soudains qui surprennent, toujours au service du message du film

L’énorme qualité du film est également sa multitude de tons, le mélange des genres qu’il constitue. Autant film noir, que course poursuite ou que film de science fiction pure,aux allures de série B,  Rian Johnson utilise sa thématique très S.F. de voyage dans le temps comme prétexte pour allumer la mèche de son intrigue puis s’en débarrasse pour arriver sur une chasse à l’homme classique. Le côté temporel de l’intrigue ne se fera alors sentir plus qu’a travers les conséquences sur le futur Joe des décisions présentes du Joe actuel (les trouvailles scénaristiques sur ce sujet sont simplement formidables)

Enfin mais non des moindres, les deux acteurs, Joseph Gordon Levitt et Bruce Willis sont phénoménaux. Rian Johnson nous rend le Bruce Willis de L’armée des 12 singes et de Pulp Fiction. Celui qu’on aimait tant et qu’on avait perdu. Vulnérable, paumé, mais castagneur et déterminé. Définitivement le choix en or pour un rôle si complexe. Assumer ainsi son âge en prouvant qu’il ne perd rien de sa superbe, voilà bien une donnée nouvelle qu’on espère le voir réitérer à l’avenir.

Merci Rian Johnson de nous avoir rendu un Bruce comme on l’aime !

Quand à Joseph Gordon Levitt sa « transformation » en jeune Bruce Willis est bluffante. Le maquillage n’est pas poussé au point qu’il ressemble réellement au jeune Bruce, juste ce qu’il faut au niveau des yeux, de la mâchoire ou de la bouche pour nous rappeler les traits dominants du visage de Willis. Mais 90% de sa prouesse à nous rendre crédible qu’il est Bruce jeune, vient de ses manières, sa moue, son œil en coin. Gordon Levitt donne ici une leçon de travail d’acteur tant par moment on se surprend à apercevoir le vrai Bruce Willis avec 30 ans de moins. Un seul mot : impressionnant.

Non vous ne rêvez pas il y a bien un Bruce Willis par dessus cette tête de Gordon Levitt. Excellent !

Pour toutes ces raisons, Looper est sans exagérer et tout à fait objectivement un des meilleurs films de science fiction de ces 10 dernières années. Un film aux remarquables références si bien digérées et si savamment distillées dans un propos critique et intelligent qu’il en devient un classique instantané du genre. Croyez nous, Rian Johnson est un nouveau très grand nom du cinéma et Looper est la première brique d’un merveilleux édifice qu’on à hâte de regarder se construire.

N’oubliez pas d’allez lire notre interview avec le réalisateur du film Rian Johnson ici

Looper un film de Rian Johnson, avec Joseph Gordon-Levitt, Bruce Willis, Emily Blunt
Au cinema le 31 Octobre 2012

Pr. Wicked

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