L’armée des 12 singes – La traversée du temps

Après « Bandits, bandits » en 1981 et « Brazil » en 1985, « L’armée des 12 singes » en 1996 est la troisième incursion de Terry Gilliam dans la science-fiction. Le seul américain des Monty pythons au fil de sa carrière a prouvé, avec une filmographie délirante qu’il n’a  jamais perdu son grain de folie si unique . Alors quand Gilliam décide d’adapter le court métrage « La jetée » de Chris marker, monument de la science-fiction des années 60, le résultat est inoubliable. Drôle, fou, angoissant, et très malin. Comme son réalisateur en somme.

Synopsis : Nous sommes en l’an 2035. Les quelques milliers d’habitants qui restent sur notre planète sont contraints de vivre sous terre. La surface du globe est devenue inhabitable à la suite d’un virus ayant décimé 99% de la population. Les survivants mettent tous leurs espoirs dans un voyage à travers le temps pour découvrir les causes de la catastrophe et la prévenir. C’est James Cole, hanté depuis des années par une image incompréhensible, qui est désigné pour cette mission.

Une image marquante. Un rêve. Celui d’un homme qui court, des bips qui résonnent, puis un coup de feu et l’ homme qui tombe. C’est avec cette image qu’il rendra récurrente pendant tout le film que Terry Gilliam nous déconnecte d’emblée de la réalité et nous plonge dans la tête de Cole. C’est là tout le génie de Gilliam dans sa mise en scène. Pendant 2h, le réalisateur ne quittera jamais son objectif des yeux : nous coller dans les chaussures de Cole. Que ce soit par ces images quasi subliminales ou un filmage à l’épaule entrainant un mouvement qui nous fait sentir le côté désorienté de son personnage, nous passons le film à l’intérieur de sa tête. On n’est pas prêt d’oublier la scène dans l’hôpital psychiatrique, avec son image déformée, oscillante filmant un Cole shooté à mort en train d’essayé de fuir. Immersion garantie.

Séquence onirique récurrente, un visage d’enfant, des yeux écarquillés. Comme ceux du spectateur.

Ce qui est incroyable dans L’armée des 12 singes c’est donc la manière dont Terry Gilliam, artiste sans concessions à l’univers foutraque, parvient à prendre ce qui pourrait être un thriller de science-fiction classique et à le plier aux règles de son cinéma. Les scènes illustrants le futur en sont l’exemple le plus flagrant. C’est dans ces segments qu’on retrouve l’inventivité visuelle futuriste que l’on découvrait dans  Brazil. Fourmillements d’écrans, scientifiques caricaturaux, sas de décontaminations, machine à voyager dans le temps improbable. Ce monde créé de bric et de broc, bardé de petits détails géniaux, est brut, cru, oppressant, mais non moins fascinant. Toute la folie de Gilliam peut s’exprimer librement dans ce cadre apocalyptique . Folie qui trouve son écho  direct avec l’asile de fou de notre époque dans lequel Cole atterri.

Big brother is watching you. le futur du multimédia prophétisé par Terry Gilliam

Mais au-delà d’exceller dans la création d’un univers dystopique, le réalisateur n’en cultive pas moins une dimension émouvante. On se surprend par moment à oublier l’histoire de voyage dans le temps, tant Gilliam filme avec justesse et sensibilité l’histoire de cet homme qui rêve d’une vie meilleure. C’est bien là le rôle de cette fantastique séquence onirique récurrente. Elle est un espace poétique, une réspiration pour Cole au milieu de son cauchemar éveillé. Tout comme l’est cette étrange romance avec la psychologue qu’il enlève. L’histoire simple au fond d’un homme qui cherche la rédemption.

A travers le temps et l’apocalypse, au fond seul compte l’amour

L’armée des 12 singes c’est aussi l’intelligence d’un réalisateur à diriger des acteurs dans des directions qui leurs étaient inconnues jusque-là. Bruce Willis y est tout simplement bouleversant, loin de ses rôles de gros bras habituels. Il nous prouve tout le potentiel et le talent qu’il a à jouer la vulnérabilité à l’image de ce qu’il incarnait dans Pulp Fiction en 1994, deux ans avant ce film. Il faudra attendre quasiment 2 décénnies pour le retrouver aussi grand et touchant, dans Looper. Quand à Brad Pitt, alors qu’il émergeait en jeune beau gosse dans Légende d’automne, Thelma et Louise et Seven, Gilliam le transforme en taré de première. Et quelle réussite. L’acteur est si inquiétant et amusant à la fois que sa prestation de roi des cinglés fut largement reconnue comme exceptionnelle. Un des points d’orgue du film.

Deux grands acteurs en plein contre emploi. Terry Gilliam ce génie de la mise en scène

Brillamment mis en scène, bourré d’inventivité visuelle, L’armée des 12 singes est désormais un classique de la science-fiction. Un film à la fois riche et immersif, construit sur une tension qui va crescendo jusqu’à sa dernière sublime scène. Un final si surprenant, et bouleversant qu’il est impossible de détacher ses yeux de l’écran. Même après le 20 ème visionnage, on se laisse encore embarquer par cette intrigue à tiroirs, basée sur des vas et viens temporels fascinants. Un film si bien écrit, et si émouvant qu’il est sans conteste le plus grand Terry Gilliam, avec Brazil

L’armée des douze singes un film de terry Gilliam avec Bruce Willis, Brad Pitt, Madeleine Stowe

Pr Wicked

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4 réflexions au sujet de « L’armée des 12 singes – La traversée du temps »

  1. Je vois que nous sommes d’accord concernant le jeu de Brad Pitt que j’évoquais sur Facebook mais comme tu l’as dit plus haut, quand la qualité est là, c’est dur de ne pas être d’accord. Quand je l’ai découvert, j’étais jeune (dit-elle du haut de ses 24 ans), j’avais 16-17 ans donc je pense que je suis passée à côté de beaucoup de choses. Je l’avais en DVD, je regardais en boucle la scène dans l’asile mais ça s’arrêtait là. Aujourd’hui, je pense que le film et sa richesse de sens me toucheraient différemment. Belle critique en tout cas, tu m’as donné envie de le revoir !

    p.s : grâce à cette critique, j’ai également appris un mot dont j’ignorais l’existence et le sens mais qui colle parfaitement au film : dystopique.

    • Ah oui, tu devrais le revoir. L’ayant découvert à sa sortie en cassette vidéo en 1997, j’avais donc 19 ans, je l’ai revu en boucle pendant facile 2 ans. Puis plus du tout jusqu’à ce que je doive faire l’article. Et la force du propos est toujours là. C’est phénoménal.Ravi d’avoir créer chez toi l’envie de le revoir, et de t’avoir appris un mot. Ma mission de la journée est remplie ^^

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