L’odyssée de Pi – L’âme de fond

« L’histoire de Pi », roman à succès de Yann Martel , est de ces ouvrage sous forme de parabole sur la vie dont on se dit, quand on les referme la gorge serrée d’émotion, qu’il faudrait être un sacré cinéaste pour parvenir à retranscrire leur spiritualité à l’écran. C’est pourtant ce que parvient à faire Ang Lee, fort de sa sensibilité et sa délicatesse qui font la beauté de son cinéma (Tigre et dragon, Brokeback Mountain). Même si le film présente une légère longueur en son milieu, la puissance des images reste ahurissante et le propos philosophique vous hante même au lendemain de son visionnage. Attention : Grand film

Synopsis : Après une enfance studieuse et religieuse passée à Pondichéry en Inde, Piscine Molitor Patel, alias Pi, embarque avec sa famille pour le Canada où les attend une nouvelle vie. Mais son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire de leur cargo en pleine mer. Il se retrouve seul survivant à bord d’un canot de sauvetage. Seul, ou presque… Richard Parker, un tigre du Bengale qui le fascine depuis son enfance est aussi du voyage. Entre instinct de survie de chacun et introspection leur odyssée hors du commun commence.

Cette œuvre littéraire est un sacré morceau à porter à l’écran. Sous ses dehors de simple histoire de naufrage, il nous met face à nous même, posant la question « Et vous ? En quoi croyez-vous ? ». Car son héros Pi est un adolescent profondément croyant. Catholique, bouddhiste et musulman à la fois, il croit donc surtout en la spiritualité universelle. Un personnage idéal pour délivrer une réflexion sur la foi en générale . Premier bon point, et piège évité, Ang Lee reste fidèle au roman et ne rend pas son film lourdingue ou moralisateur. Le but ultime du film comme celui du livre est de vous laisser devant une question, pas de donner de leçon.

Ang lee et son jeune héros

Ce divin, il le fait transpirer dans son film non par des dialogues, mais en donnant à chaque image de son film une puissance onirique et mystique absolument incroyable. On le sait depuis Tigre et dragon, le réalisateur est d’un raffinement esthétique rare. Et ce dernier brille de mille feux dans L’Odyssée de Pi où l’on est parfois comme devant une peinture impressionniste, tant les couleurs et le cadre sont travaillés. Esthétiquement il n’est pas exagéré de dire que c’est l’un des films présentant les plus folles images de l’année.

Radeau fantôme perdu dans l’espace, la mer ou le temps. Des images fascinantes

L’autre grand talent de Ang Lee dans ce film, outre la beauté de ses images, c’est aussi qu’il est le seul depuis Martin Scorsese dans Hugo Cabret à utiliser la 3D comme outil de mise en scène et non comme gadget. Dès l’ouverture somptueuse où les titres jouent avec les animaux, l’eau, le vent, il fait montre d’une intelligence avec cet outil qui fait plaisir à voir. De profondeur de champ excellemment utilisée, en transition d’une séquence à l’autre où il joue avec les avant/arrière-plan, Ang Lee use de l’immersion que créé la 3D pour apporter en puissance à son message spirituel, et nous y inclure plus que jamais. Le plan où des barreaux de cage de tigre nous sont collés sous le nez tandis que dans la profondeur s’approche le fauve, est un parfait exemple de cette rare maitrise.

Un travail fou sur la profondeur de champ qui immerge le spectateur au cœur de chaque scène. Impressionnant.

Certes on notera un léger flottement (HAHAHA !) vers le milieu du film pendant environ 15 minutes, mais ces longueurs sont aussi présentes dans le livre, et sont inhérentes à ce genre de récit. Oui, sur un bateau, quand on est naufragé, le temps est long. Mais la cohabitation avec ce tigre ne tombe jamais dans l’entente fraternelle ado/animal sauvage à la Disney. Elle est simplement passionnante. Faut-il dompter, fuir, dominer , parle –t-on d’un animal ou de ses propres peurs à dompter. Chacun naufragé, chacun élevé dans un zoo, unis par l’univers, ils doivent se confronter à la solitude.

A deux mais seuls, ne faire qu’un mais se confronter

S’il est si bouleversant c’est que L’odyssée de Pi n’est pas que beau (Paquebot….oui on est hilarant). Il nous fait aussi sentir tout le poids de la frustration du personnage. Celle de ne pas avoir pu dire adieu à ses parents, de ne pas avoir pu sauver ses proches, de ne pas savoir où il est ou encore de ne pas pouvoir être passager de sa barque. Et pourtant malgré tout ce chagrin , c’est aussi une magnifique illustration de l’espoir que l’on se créé à partir de presque rien. La survit prend le pas, il se créé des repères, des obligations, et l’on se retrouve si impliqué à ses côtés que la conclusion du récit n’en n’est que plus déchirante. Une émotion très proche de celle ressentie lorsqu’on voit  Wilson partir à la dérive tandis que Tom Hanks lui crie qu’il est désolé dans Seul au monde.

Ecrire, tenir. Vivre

L’odyssée de Pi est une fable, un récit, ou une métaphore, à vous de choisir. Sur la vie, le divin, l’humain. Le message spirituel passe par la magie indécente des images oniriques, et une très bonne utilisation de la 3D au service du message du film. L’odyssée de Pi est un vrai film spirituel, qui s’adresse tant à l’âme qu’il faut le temps pour se questionner dessus. Plus on y repense et plus on l’aime. Tel est la marque d’un grand film

L’ odyssée de Pi un film de Ang Lee avec Suraj Sharma, Irrfan Khan, Adil Hussain.
Au cinéma le 19 décembre
Fiche complète du film

Pr Wicked

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